«Le Canada traverse l’une des saisons d’incendies de forêt « les plus intenses » de son histoire, selon le premier ministre Mark Carney. Des centaines de Canadiens évacués de leur domicile vivent dans l’angoisse en attendant de voir ce qu’il en restera.
« On dénombre près de 960 incendies actifs à l’échelle du pays, dont 35 se sont déclarés dimanche. Plus de 5000 pompiers et 300 avions-citernes participent à la lutte d’un océan à l’autre.
« Ces incendies ravageurs s’expliquent par une vague de chaleur extrême et de sécheresse, particulièrement intense cet été, a indiqué Mark Carney, dimanche, après avoir rencontré les fonctionnaires fédéraux au front contre les incendies en Ontario.
« En soirée, le premier ministre a assisté à la finale de la Coupe du monde de soccer, auprès du président américain, Donald Trump. La qualité de l’air était au cœur de la conversation des élus.
« Je lui ai dit : “Tu dois éteindre ces feux qui viennent empoisonner notre air” », a indiqué Donald Trump sur le tarmac, dimanche soir, quelques minutes avant de quitter le New Jersey.
« M. Trump a ensuite suggéré que le Canada « devrait peut-être payer des dommages » aux États-Unis, ou que des droits de douane supplémentaires devraient être imposés, citant notamment la fermeture forcée d’usines de l’industrie automobile au Michigan.
Chagrin et espoir
« L’heure est particulièrement grave en Ontario, où les incendies de forêt ont déjà ravagé une superficie supérieure à celle de l’ensemble des incendies de l’année dernière.
« Dans la région de Fort Frances, près de la frontière américaine, un incendie de 51 000 hectares, l’équivalent de près de 71 500 terrains de soccer, fait rage.
« De nombreuses communautés reçoivent des ordres d’évacuation. Plus de 500 personnes ont trouvé refuge à Thunder Bay, dont Daniel Nodin, membre de la Première Nation de Whitesand, dans le nord de l’Ontario.
« En se rendant à Thunder Bay, il ne voyait que de la fumée et une lueur rouge dans le ciel. Il y avait de longues files d’attente à une station-service devant laquelle il est passé.« C’était la pagaille, les gens étaient en pleine panique », a raconté M. Nodin à La Presse Canadienne.
« Des cendres brûlantes tombaient sur mon nouveau pick-up. Des cendres chaudes et froides tombaient du ciel », a indiqué son frère, Andrew Nodin. Avec sa famille, il a réussi à fuir avec seulement quelques vêtements, laissant derrière leur berger allemand, « comme un fils » pour eux.
« Devant le Superior Inn de Thunder Bay, La Presse Canadienne décrit des scènes de chagrin et d’espoir. Des habitants déposaient des dons, notamment des vêtements, de la nourriture et des couches pour bébés, tandis que les évacués discutaient de ce qui les attendrait à leur retour chez eux. Dans l’hôtel, une grande salle était remplie de dons disposés sur des tables, tandis que les personnes évacuées choisissaient des vêtements et des chaussures.
« Le premier ministre de l’Ontario a prié les citoyens exilés à Thunder Bay d’y rester, de ne pas retourner chez eux. « Nous vous trouverons un endroit où loger, une chambre d’hôtel, nous vous fournirons de quoi manger, nous veillerons à ce que vous soyez bien pris en charge », a-t-il promis samedi.
« Les récentes pluies dans le nord de la province ont contribué à ralentir certains incendies, mais des précipitations soutenues seront nécessaires pour les éteindre, a indiqué le ministre des Ressources naturelles, Mike Harris.
Mal invisible
« Au Québec, 148 incendies sévissaient dimanche, soit 12 de moins que la veille. La grande majorité d’entre eux se trouvent au nord du 51e parallèle.
«Environ une vingtaine d’interventions sont en cours dans la province, notamment dans la région de Val-d’Or, Matagami et Nemaska.
«On ne combat pas tous les feux, seulement ceux qui menacent une communauté ou des infrastructures stratégiques.»
- Léa Bédard-Beaulieu, porte-parole de la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU)
« De forts vents sont attendus au cours des prochains jours, ce qui pourrait compliquer la lutte contre les incendies au Québec, pour laquelle près de 1000 personnes sont mobilisées, note-t-elle.
« Plusieurs provinces prêtent main-forte au Québec dans ces opérations, dont le Nouveau-Brunswick, l’Île-du-Prince-Édouard et l’Alberta. Une quarantaine de Français issus de l’Unité internationale des sapeurs forestiers (UISF) sont aussi débarqués samedi, de même qu’une vingtaine de pompiers du Maine, du Connecticut et du New Hampshire.
« Des panaches de fumée issus du nord-ouest de l’Ontario pourraient continuer d’atteindre l’ensemble du Québec au cours des prochains jours, prévient la SOPFEU.
« En Outaouais, dans Lanaudière, les Laurentides, le Nord-du-Québec et l’Abitibi-Témiscamingue, il est présentement interdit de faire des feux à ciel ouvert. »
Article intitulé
«Une des saisons « les plus intenses » de l’histoire»
Éric Martel
La Presse
le 19 juillet 2026







