Donald Trump a déclaré lundi que la guerre contre l’Iran était presque terminée. Puis non. L’assaut se poursuivra. À travers déclarations virulentes et signaux contradictoires, le président américain a donné l’impression de mener un orchestre sans partition, en cette deuxième semaine de guerre.
« Je pense que la guerre est quasiment terminée. » Voilà ce que le président Trump affirmait dans un entretien téléphonique avec CBS News, en après-midi, faisant valoir que l’Iran n’avait plus de « marine » ni de « communications » ou de « force aérienne ».
« L’occupant de la Maison-Blanche a ajouté que le conflit était « très en avance » sur le calendrier de quatre à cinq semaines qu’il avait précédemment évoqué.
« Puis, quelques heures plus tard, le républicain parlait plutôt d’une guerre à poursuivre sans relâche, devant des membres de son parti en Floride. « Nous l’avons emporté de plusieurs manières, mais pas assez. […] Nous ne céderons pas tant que l’ennemi n’aura pas été vaincu de manière totale et définitive. »
« Selon le président Trump, les États-Unis ont atteint plus de 5000 cibles jusqu’à maintenant, conservant d’autres « cibles importantes pour plus tard », y compris des sites de production d’électricité. Il prétend que 90 % des lanceurs de missiles et 80 % des lanceurs de drones iraniens sont maintenant détruits.
« C’est nous qui déciderons de la fin de la guerre », ont répliqué mardi les Gardiens de la révolution, armée idéologique de la République islamique.
« Aucun autre président ne peut faire les choses que je fais », a avancé M. Trump dans son discours, entre menaces et remarques sur les progrès américains.
« En s’exprimant ainsi, le leader américain « donne l’impression de se considérer affranchi des règles », commente Miriam Cohen, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les droits humains et la justice réparatrice internationale.
« Il n’a jamais caché son mépris pour le droit international et les lois de la guerre. Du principe qui interdit l’usage de la force sans mandat du Conseil de sécurité ou en cas de légitime défense, jusqu’à la conduite des hostilités, il viole les normes fondamentales du droit international », explique Mme Cohen, aussi professeure à l’Université de Montréal.
« Bouger les lignes du droit international »
« Selon une nouvelle vidéo qui circule depuis dimanche, c’est un missile Tomahawk américain qui aurait frappé l’école primaire Shajarah Tayyiba, près d’un complexe naval du Corps des gardiens de la révolution. La frappe, qui a causé le plus grand nombre de pertes civiles depuis le début de cette guerre, aurait fait 175 morts dans la ville de Minab, dans le sud du pays, selon les autorités iraniennes.
« Je n’ai pas vu ça », a répondu le président, refusant de se prononcer sur la potentielle responsabilité américaine, soutenant qu’« un Tomahawk est très générique » et qu’une « enquête est en cours ».
« Je pensais qu’ils allaient nous attaquer », a soutenu Donald Trump en s’adressant aux élus républicains lundi, hypothèse non fondée selon les agences de renseignement américaines. Selon le président, Israël allait aussi être « décimé » si les États-Unis n’intervenaient pas en Iran, et qu’il n’avait donc « pas le choix ».
« Ce discours, que M. Trump ne tenait pas au début du conflit ouvert, « s’inscrit dans une tentative de faire bouger les lignes du droit international sur la légitime défense », selon Charles-Emmanuel Côté, professeur à la faculté de droit de l’Université Laval.
« Selon l’armée américaine, une cinquantaine de navires iraniens ont été vaincus jusqu’à maintenant. Lorsqu’on lui a demandé pourquoi ses forces militaires ne pouvaient pas seulement les capturer, M. Trump a répondu qu’il était « plus amusant de les couler ».
« Le fait d’attaquer des forces militaires, que ce soit sur leur territoire ou dans les eaux internationales, c’est un acte de guerre. Mais on n’est pas en légitime défense. Les États-Unis n’étaient pas menacés », ajoute M. Côté, qui est aussi président du Conseil canadien de droit international. »
« À cet effet, il sera critique d’observer les réactions internationales, poursuit-il. Ne pas dénoncer ces actes, même si on ne les endosse pas publiquement, peut contribuer à modifier ce qui est considéré comme acceptable au nom de la légitime défense.
Les frappes font bondir le prix du pétrole
« En raison du conflit, qui paralyse depuis une semaine certains points capitaux du globe pour la distribution de pétrole, le prix de l’or noir connaît une pointe historique. L’indice mondial du baril de Brent a varié en montagnes russes lundi, montant temporairement jusqu’à 119,50 $, sa première au-dessus de 100 $ depuis 2022, avant de rechuter à près de 92 $ en soirée.
« Dans ce contexte, le président russe, Vladimir Poutine, a assuré être prêt à fournir les pays européens en pétrole et en gaz s’ils se déclarent en faveur d’une « collaboration durable et stable » avec Moscou. Celui-ci s’est d’ailleurs entretenu au téléphone avec son homologue de Washington au sujet des guerres en Iran et en Ukraine, dans un échange « franc et constructif » aux yeux du Kremlin.
« En Iran, l’armée israélienne a annoncé avoir mené dans la nuit de lundi à ce mardi une vague de frappes contre six bases aériennes. Celles-ci servaient, selon elle, à « armer et financer » des alliés de Téhéran, dont le Hezbollah libanais ou les rebelles houthis au Yémen. Une puissante explosion a été entendue lundi soir à Téhéran, la capitale iranienne, alors qu’elle était survolée par des avions militaires.
« Le ministère iranien de la Santé a indiqué lundi que plus de 1200 personnes avaient été tuées, dont environ 200 femmes et 200 enfants de moins de 12 ans, et que plus de 10 000 civils avaient été blessés depuis le début du conflit.
« Le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a d’ailleurs été qualifié de « tyran qui va perpétuer la brutalité du régime » par le ministère des Affaires étrangères israélien. Il est le fils de l’ayatollah Ali Khamenei, tué le 28 février au début des hostilités.
« Ailleurs dans la région, l’OTAN a intercepté un missile se dirigeant vers la Turquie. Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a mis l’Iran en garde contre toute « action provocatrice […] mettant en péril l’amitié » entre les deux puissances régionales. En réaction, le président iranien, Massoud Pezeshkian, a proposé lundi la création d’une « équipe commune » avec Ankara pour enquêter sur les « prétendues attaques de missiles iraniens ».
« L’émir du Koweït a aussi condamné les attaques de l’Iran contre son pays, où 12 personnes ont été tuées jusqu’à présent. Puis Bahreïn a fait état de deux morts et de plusieurs blessés tôt ce mardi matin dans une attaque iranienne qui a touché un immeuble résidentiel à Manama, la capitale.
« Le ministère de la Santé du Liban a annoncé lundi que les frappes israéliennes sur le pays ont fait 486 morts et 1313 blessés depuis leur déclenchement il y a une semaine.
« Quant au Liban, l’Union européenne estime qu’un cessez-le-feu est « la meilleure chance » pour « éviter le chaos ». La cheffe de la diplomatie de l’Union européenne (UE), Kaja Kallas, martèle que les attaques du Hezbollah et les représailles d’Israël doivent cesser. Au total, 486 personnes ont été tuées et 1313 blessées par des frappes israéliennes depuis le 2 mars, selon des chiffres du ministère de la Santé.»
Article intitulé
Où s’en va Trump ?
William Thériault
Avec l’Agence France-Presse, le New York Times, le Washington Post et CBS
La Presse
le 10 mars 2026








