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| Avez-vous regardé le ciel hier ? La victoire démocrate y était inscrite de façon spectaculaire ! |
« Enfin une victoire pour les opposants à Donald Trump. Le triomphe des démocrates aux élections de mi-mandat, dû notamment à la percée de l’aile gauche du parti, redonne espoir aux progressistes américains. Mais la course informelle à la présidentielle de 2028 est lancée, et le scrutin de mardi a mis en lumière de profondes divisions au sein du Parti démocrate.
La vague bleue a atteint une ampleur inespérée grâce à des candidats relativement jeunes ou issus de la diversité. Les démocrates ont arraché plusieurs sièges, y compris dans des bastions républicains, leur valant ainsi la majorité au Sénat et à la Chambre des représentants, ainsi que des postes de gouverneur d’États importants.
« Ces résultats n’ont été possibles que parce que des candidats exceptionnels se sont présentés dans toutes les régions du pays, y compris dans des secteurs où la victoire paraissait improbable », a réagi Barack Obama tard mardi soir. Ces nouveaux élus « venaient d’horizons différents et représentaient un éventail de perspectives politiques, mais étaient unis par des valeurs communes, une foi dans le service public et l’engagement d’accorder la priorité aux habitants de leurs districts et de leurs États », a ajouté l’ancien président démocrate.
Sans être décrits d’emblée comme des aspirants à l’investiture démocrate à la présidentielle de 2028, de nouveaux élus issus de la vague bleue viennent renforcer le mouvement progressiste, estiment des analystes.
Le vent dans les voiles
La victoire d’Abdul El-Sayed, premier sénateur musulman de l’histoire des États-Unis, est considérée comme un gain majeur pour l’aile gauche du parti. Ce médecin de 42 ans, né au Michigan de parents égyptiens, a fait campagne contre le financement politique par les milliardaires — qu’il souhaite par ailleurs taxer davantage.
James Talarico a réalisé un autre coup d’éclat en devenant le premier démocrate du Texas à remporter un siège au Sénat depuis 38 ans. Ce petit-fils de pasteur baptiste, qui se réclame du « christianisme biblique », n’était pas né lorsque le dernier sénateur démocrate du Texas a été élu. Talarico a battu le républicain Ken Paxton, un fidèle de Donald Trump qui traîne un lourd bilan en matière d’éthique.
Réélu sénateur en Géorgie, Jon Ossoff est aussi pressenti comme un candidat potentiel pour l’élection présidentielle de 2028. Ce diplômé en sciences politiques de la London School of Economics est devenu en 2021 le plus jeune sénateur des États-Unis, à 34 ans, en battant son adversaire républicain.
Ray La Raja, professeur de science politique à l’Université du Massachusetts, estime que la victoire de candidats démocrates ayant un profil national, comme Abdul El-Sayed, renforce l’aile progressiste du parti en vue de l’élection présidentielle de 2028. « Une socialiste démocrate comme AOC [Alexandria Ocasio-Cortez, élue de New York à la Chambre des représentants] est susceptible de se présenter à la présidence, parce que ses partisans vont sentir que le mouvement a le vent dans le dos », dit-il.
Les élus de la nouvelle vague progressiste se joignent à des vétérans réélus mardi, comme les gouverneurs JB Pritzker (Illinois) ou Josh Shapiro (Pennsylvanie), pressentis pour une éventuelle candidature à la présidence. L’ex-gouverneur de Californie, Gavin Newsom, se positionne aussi comme un aspirant aux plus hautes fonctions. Kamala Harris, défaite par Donald Trump en 2024, est également perçue comme une candidate plausible à une nouvelle tentative, dans deux ans.
Débats déchirants à l’horizon
La percée des « socialistes » entraîne toutefois une fracture au sein du Parti démocrate. Ainsi, le soutien indéfectible à Israël s’effrite au sein de la relève progressiste du parti. Une frange importante des sympathisants démocrates du Michigan s’était d’ailleurs abstenue de voter à l’élection présidentielle de 2024 en raison de l’appui de Joe Biden à Israël malgré la campagne de destruction massive du pays à Gaza.
En campagne, Abdul El-Sayed a vivement critiqué le financement américain de la guerre que mène Israël à Gaza. Cette prise de position en faveur de la Palestine avait provoqué une volte-face spectaculaire de la représentante démocrate Haley Stevens, qui a alors appuyé l’adversaire républicain d’El-Sayed. Le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, avait qualifié ce geste de « trahison abjecte ».
Signe des temps, un autre candidat démocrate critique envers Israël a été élu mardi. Adam Hamawy, un chirurgien et vétéran de l’armée américaine, est allé soigner bénévolement des victimes palestiniennes de la guerre à Gaza en 2024 et 2025. Il est devenu le premier musulman du New Jersey à la Chambre des représentants.
L’aile progressiste démocrate se distingue de l’establishment du parti en prônant une intervention de l’État plus assumée. Comment ? Notamment en taxant les ultrariches, en soutenant le réseau public d’éducation ou en offrant des soins de santé universels.
La montée de l’aile gauche annonce des débats houleux au sein du Parti démocrate d’ici à la présidentielle de 2028, estime Rafaël Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. « Si l’aile plus à gauche tire l’ensemble du caucus trop loin du centre, où se jouent les élections américaines, il y a un risque », a-t-il dit à l’émission Midi info de Radio-Canada.
« Si l’aile plus à gauche tire l’ensemble du caucus trop loin du centre, où se jouent les élections américaines, il y a un risque »
- Rafaël Jacob
Des raisons de célébrer
Mercredi, au lendemain de la vague bleue qui a submergé le mouvement MAGA (Make America Great Again) de Donald Trump, les démocrates avaient surtout envie de célébrer.
Le pasteur Adam Hamilton a été le premier démocrate du Kansas élu au Sénat depuis 1932. En Caroline du Sud, la pédiatre Annie Andrews a créé la surprise en battant la républicaine Darline Graham. Dans le Maine, Troy Jackson a vaincu l’indélogeable sénatrice républicaine Susan Collins.
En Géorgie, Keisha Lance Bottoms, ancienne mairesse d’Atlanta, est devenue la première femme noire élue gouverneure d’un État. Gina Hinojosa, elle, a arraché la direction du Texas, État pivot traditionnellement républicain. En Ohio, la médecin Amy Acton a vaincu l’entrepreneur de la tech Vivek Ramaswamy. Deux États ont aussi élu mardi leur premier gouverneur noir : Aaron Ford, au Nevada, et David Crowley, au Wisconsin.
Article intitulé
Aux États-Unis, les démocrates se remettent à rêver
Marco Fortier avec Magdaline Boutros
Le Devoir
le 5 novembre 2026
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