17 février 2026

Lutte contre le changement climatique, Washington fait sauter les garde-fous


« L’abandon par le gouvernement fédéral de toute autorité dans la lutte contre le changement climatique est désormais officiel. Depuis jeudi, les États-Unis n’ont pratiquement plus aucune loi imposant des normes d’efficacité énergétique aux véhicules américains.


« C’est le résultat de la série de reculs par l’administration Trump depuis un an, qui a culminé jeudi avec l’annulation du « constat de mise en danger », une détermination basée sur une décision scientifique et qui obligeait l’Agence de protection de l’environnement (EPA) à réglementer les gaz à effet de serre (GES) en raison de la menace qu’ils représentent pour la santé humaine.


« Les États-Unis n’ont plus aucune norme d’émission significative », constate Margo Oge, qui a occupé le poste de responsable de la réglementation des émissions des véhicules à l’EPA sous trois présidents et qui conseille depuis lors les constructeurs automobiles et les groupes environnementaux.


« Rien. Zéro. Peu de pays ont zéro.»

Margo Oge, ancienne responsable de la réglementation des émissions des véhicules à l’EPA 

« Les transports sont la principale source de GES aux États-Unis.»


« Les acheteurs pourraient encore voter avec leur portefeuille en achetant des voitures plus économes en carburant. La Californie s’est engagée à intenter une action en justice pour maintenir des normes plus strictes. Le département des Transports continue de réglementer la consommation de carburant en vertu de règles visant à préserver les ressources pétrolières, et l’EPA continue de réglementer les autres émissions d’échappement, telles que les oxydes d’azote, qui nuisent à la santé humaine.


« Mais l’an dernier, l’administration Trump a proposé d’assouplir les normes de consommation de carburant à des niveaux insignifiants. Le Congrès, contrôlé par les républicains, a fixé à 0 $ les amendes en cas d’infraction, les rendant ainsi facultatives pour les constructeurs. Le Congrès a aussi bloqué l’an dernier les règles californiennes en ce sens.


« Bref, les États-Unis sont en passe de se démarquer de la majorité des pays industrialisés, qui imposent des règles en matière de consommation d’essence ou d’émissions de GES.


« L’administration Biden avait resserré les limites d’émissions pour encourager l’adoption de la voiture électrique.


Fin d’une époque

« La suppression par l’administration Trump du constat de mise en danger sera sans doute contestée en cour, notamment par des groupes environnementaux. Elle résultait d’une conclusion scientifique de 2009 qui établissait que les GES sont un danger pour la santé et le bien-être des Américains. Elle justifie les réglementations fédérales qui limitent le dioxyde de carbone, le méthane et d’autres polluants, y compris ceux provenant des voitures.


« Si la décision de l’EPA est maintenue, elle pourrait entraîner une augmentation de 10 % des émissions de GES du pays au cours des 30 prochaines années, selon l’Environmental Defense Fund, un groupe de défense de l’environnement.


« Les émissions de gaz à effet de serre sont le principal facteur du changement climatique, qui à son tour intensifie canicules, sécheresses, ouragans et inondations, tout en faisant fondre les glaciers, ce qui entraîne une élévation du niveau des mers.


Les républicains célèbrent

«Lee Zeldin, directeur de l’EPA, a célébré l’abolition de cette clause et salué la « plus grande mesure de déréglementation de l’histoire des États-Unis ». Il a accusé les démocrates d’avoir lancé une « croisade idéologique » sur le changement climatique qui a « étranglé des secteurs entiers de l’économie américaine », en particulier l’industrie automobile, qui a du mal à vendre des véhicules électriques.


« Mis à part les considérations climatiques, il n’est pas certain que l’industrie automobile américaine profite à long terme de l’abolition des normes environnementales. Selon des experts, ce laxisme pourrait renforcer la domination des grosses camionnettes (pick-ups) et des VUS énergivores sur le marché américain, alors que d’autres pays, dont la Chine, poursuivent leur virage électrique. Ils se retrouveraient bientôt désavantagés face à la concurrence.


« Nos constructeurs ne survivront pas », prédit Mme Oge.


« John Bozzella, président de l’Alliance for Automotive Innovation, qui représente les constructeurs automobiles aux États-Unis, a refusé de dire s’il soutenait la décision de l’administration Trump. Mais cette mesure « corrigerait certaines des réglementations d’émissions irréalisables adoptées sous l’administration précédente ».


« Donald Trump a changé plusieurs fois d’avis sur les véhicules électriques. Ceux-ci allaient « tuer » l’industrie automobile américaine, disait-il durant la campagne présidentielle de 2024. 

« Puis, en mars 2025, il a déclaré qu’il achèterait une Tesla, ayant alors assoupli sa position sous la pression d’Elon Musk, PDG de Tesla et ancien proche conseiller.


« À l’échelle mondiale, la tendance va exactement dans le sens opposé, vers l’électrification des véhicules », souligne Ann Carlson, professeure à la faculté de droit de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) qui a occupé sous la présidence de Joe Biden le poste d’administratrice par intérim de la National Highway Traffic Safety Administration, l’agence du ministère des Transports chargée de fixer les normes d’efficacité énergétique. Mais aujourd’hui, « ils disent qu’il n’y aura aucune norme », déplore-t-elle.


« Pendant 17 ans, l’EPA a travaillé de concert avec le ministère des Transports. L’EPA réglementait les émissions de dioxyde de carbone (pour protéger la santé) et le ministère des Transports régissait la quantité de carburant qu’une voiture peut consommer (pour économiser le carburant).


« Ces dernières années, le constat de mise en danger a permis à l’EPA d’imposer des normes plus strictes que celles qui régissent la consommation de carburant. Les objectifs étaient si bas qu’ils allaient progressivement devenir impossibles à atteindre avec des moteurs à essence. L’EPA s’était aussi dotée du pouvoir d’interdire la vente des modèles qui n’auraient pas respecté les normes jusqu’à ce que le problème soit résolu.»


Article d’abord publié dans le New York Times

Hiroko Tabuchi 

The New York Times 

La Presse

le 17 février 2026

16 février 2026

Potage express aux champignons +



Si vous aimez les champignons, vous apprécierez sûrement ce potage léger et bien goûteux qui ne prend que quinze minutes de cuisson. Le concentré de tomate et le cari ajoutent leurs saveurs à cette fine improvisation publiée il y a douze ans et qui fait encore nos délices aujourd'hui.

Ingrédients pour deux

1 c. à soupe de beurre ou de margarine non hydrogénée

1 courgette moyenne, pelée et en dés

1/2 barquette de champignons blancs moyens, tranchés

1 gousse d’ail, pressée

1 c. à thé comble de concentré de tomate (pâte de tomate)

1/4 c. à thé de cari en poudre

1 1/4 tasse de bouillon de bœuf réduit en sel

Sel et poivre au goût


1. Dans une casserole, attendrir la courgette 3 minutes dans la matière grasse. Ajouter les champignons, cuire 3 minutes, puis l’ail et cuire 1 minute.


2. Incorporer le concentré de tomate, le cari et mouiller avec le bouillon.


3. Couvrir, porter à ébullition et laisser mijoter une douzaine de minutes.  Mixer au mélangeur à main et déguster.


Touche gourmande

Ajoutez une lichette de crème 15 %. 


Bon à savoir

La courgette, un des légumes qui cuisent le plus rapidement et qui apporte une onctuosité appréciable, entre dans la composition de toutes sortes de plats délicieux, entrées, gratins, salades, gâteaux ou muffins. Plus digeste et moins calorique que la pomme de terre, elle la remplace avantageusement dans les potages tout en fournissant des fibres et des vitamines A et C.


https://lacuisinedemessidor.blogspot.com/2014/03/potage-savoureux-aux-champignons.html

La marchandisation des illusions



« Pourquoi courir, encore et toujours, avant d’aller enfin dormir ? Le sommeil est-il devenu une ligne d’arrivée qu’il faut mériter ?

« Une marque de chaussures connue développe, pour l’horizon 2028, un modèle de course alimenté par batterie. Les tests initiaux laissent entendre qu’il faciliterait grandement la progression en montée, au point de rendre la foulée aussi aisée que sur le plat. Sur un parcours vallonné, le temps au kilomètre pourrait de la sorte diminuer de plusieurs minutes.


« Ces godasses de grand prix sont conçues, affirme la marque, pour optimiser « les mouvements naturels ». Il est pourtant moins question ici de nature que de robotisation. Bientôt, nos chevilles exigeront-elles leur mise à jour logicielle ?


« Avez-vous remarqué ? Dès qu’un produit se drape d’un vocabulaire bien précis — dans ce cas-ci le mot « naturel » —, c’est presque toujours pour détourner votre regard de ce qu’il fait réellement.


« Prenez ces produits industriels désormais affublés de mots comme « paysan » ou d’« antan ». On célèbre des simulacres alimentaires au nom d’un terroir mythifié dont les agriculteurs eux-mêmes sont dépossédés. Jamais on n’aura tant certifié « à l’ancienne » qu’à l’heure où les allées d’épicerie se parent partout des emblèmes d’une paysannerie réinventée par la publicité. Pourtant, il est devenu rare de goûter une chose aussi élémentaire que du bon pain sans qu’on vous fasse payer, au prix fort, la mise en scène de sa rusticité. Au rayon de la consommation, la nostalgie s’habille de plastique comme tout le reste.


« Pardonnez ce pas de côté : j’ai peu dormi, la nuit passée. J’en reviens à ces chaussures robotisées. Elles promettent de vous propulser comme sur un vélo électrique : plus vite, plus loin, avec moins d’effort. Marcheurs et coureurs progresseraient désormais grâce à un moteur, à une courroie motrice, à une batterie rechargeable. Inutile de forcir ses mollets. Il suffit de s’en acheter des électrifiés. Tout est désormais prêt à consommer, même les illusions de la performance.


« L’illusion est devenue la matière première de toutes les marchandisations. La méritocratie de la performance pour la performance en étant un des plus illustres produits dérivés.


« La même logique s’opère pour le repos : il vous suffit d’acheter un forfait tout compris sous le soleil, à condition de vous en tenir, pour bronzer, à la fenêtre temporelle autorisée par les employeurs, tout en vous faisant croire que vous répondez de la sorte, au nom de votre liberté, à une nécessité fondamentale, presque biologique.


« La notion même de vacances est devenue quelque chose de profondément anxiogène : nous voici poussés à nous déplacer, dans un créneau du calendrier dicté par les besoins du marché, au nom d’une obligation à souffler, à nous reposer pour pouvoir ensuite mieux travailler. Pour y arriver, il faut travailler, souvent davantage encore, pour ne pas suffoquer à l’heure de rembourser le coût du « repos que vous avez mérité ».


« On travaille pour partir. On part pour oublier qu’on travaille. Puis, l’on travaille pour payer le prix d’être parti.


« Dans ce rapport désormais standardisé au royaume des voyages tout inclus, très peu d’attention est consentie à la situation réelle des pays parasités par des marchands de soleil. Les paysages et les populations des pays visités deviennent de simples décors interchangeables, selon les meilleures offres de la saison. Tout se vaut, pourvu que ce soit beau. Et chaud. Et pas cher.


« Prenez Cuba. Pendant que les touristes photographient des voitures américaines colorées des années 1950, sirotent des mojitos et se plaignent de la qualité du buffet, beaucoup de Cubains peinent à se nourrir décemment. On regrette que la population manque de tout, mais on s’inquiète surtout de ne pas pouvoir rentrer à temps chez soi, faute de carburant. L’étendue actuelle du désastre social à Cuba ne semble pas déranger tellement les habitués du soleil au rabais.


« Le tourisme de masse est devenu une forme de colonialisme bon marché. On s’imagine même que voyager à Cuba serait une manière de boycotter la Floride. Quelques vieux mythes tenaces nous vendent l’île comme du bon pain : elle serait restée « authentique », comme « d’antan ». Une sorte de paradis sur terre. Rien de moins. Entre la fierté d’un pouvoir figé et la voracité tenace d’un embargo américain, l’île étouffe pendant que nous venons y chercher le calme et la volupté dont rêvent les plaisanciers. Pendant ce temps, les gens qui y vivent n’ont même pas les moyens, eux, de choisir leurs fatigues.


« Né à Cuba, gendre de Karl Marx, Paul Lafargue opposait, avec une douce dérision, le « droit au travail » — dont on a tiré plus tard le « droit aux vacances » — à la simple paresse au lit.


 En 1880, dans Le droit à la paresse, conçu dans la tradition de l’Éloge de la folie d’Érasme, il s’attaquait déjà à l’adoration du travail et à l’allongement infini des journées de labeur par la multiplication des entourloupettes censées doper la productivité.


« La paresse chez Lafargue n’est pas inertie, mais résistance à la tyrannie productive. Une insoumission horizontale.


« Notre société, tout au contraire, mène une guerre permanente contre toute forme de somnolence, sauf, peut-être, celle induite par des psychotropes, licites ou non, pourvu qu’ils engraissent les coffres de quelques-uns. Dormir et se reposer suppose désormais, bien souvent, que l’on anesthésie les causes mêmes de l’épuisement. Ce doit être ça, le progrès…


« Si Lafargue défendait le lit comme espace de retrait, notre époque l’a transformé en simple borne de recharge. Un point de ravitaillement destiné à ragaillardir nos batteries, dans un laps de temps de plus en plus étroit et monitoré. Chaque matin, le réveil sonne pour que la course reprenne. Ainsi repartons-nous de plus belle sur une route usée dont la plupart d’entre nous, à l’heure de la retraite légale, ne reviendront jamais.


« Sur ce chemin, l’ajout de batteries à nos chaussures ne changera rien. »


Chronique intitulée

Courir pour dormir

Jean-François Nadeau

Le Devoir

le 16 février 2026

15 février 2026

Jour après jour, la guerre se poursuit en Ukraine

 



On ne peut ressentir 

la douceur de cette vie 

sans en même temps concevoir 

une colère absolue 

contre le mal qui la serre 

de toutes parts.


Christian Bobin

écrivain et poète français

1951-2022

14 février 2026

Gâteau aux épices, version 14-2-26 +



La recette originale de Patrice Demers comprenait deux gâteaux, j’ai fait la demi-recette comme en 2013, mais procédé hier à quelques substitutions. Avec pour résultat un petit gâteau moelleux et suave que j’ai glacé en m’inspirant du gâteau reine-élizabeth. Je le referai bientôt dans un moule rond.


Ingrédients pour six ou 8

1/3 tasse de mélasse (moi, mélasse de dattes trouvée chez Adonis)

1/4 tasse de sucre 

1 c. à soupe de marmelade d’orange (pas indispensable mais ajoute sa saveur)

1/3 tasse d'huile de pépins de raisin

3/4 tasse de farine tout usage

1/4 tasse de farine de sarrasin (mon ajout)

1 c. à thé de gingembre moulu

1/2  c. à thé de cannelle 

1/4 c. à thé de clou de girofle moulu

1/2 tasse d'eau

1 c. à thé de bicarbonate de soude

1 gros œuf battu


Glaçage craquant 

2 c. à soupe de beurre

5 c. à soupe de crème à cuisson légère

4 c. à soupe de cassonade

1/2 tasse de flocons de noix de coco


La cuisson du gâteau se fait dans un four à 350 °F (180 °C) et dure un peu plus de 30 minutes, hier 35 minutes.


1. Beurrer un moule carré de 8 po (20 cm), puis déposer un rectangle de papier parchemin au fond du moule en laissant dépasser deux des bords se faisant face. Le moule rond ferait meilleur effet.


2. Dans un bol moyen, à l'aide d'un fouet, combiner la mélasse, le sucre, la marmelade et l'huile.


3 Dans un bol plus petit, tamiser les farines, le gingembre, la cannelle et le clou de girofle.


4. Dans une casserole, amener l'eau à ébullition, retirer du feu et ajouter le bicarbonate. Verser cette préparation sur celle de la mélasse et, au fouet, bien mélanger.


5. Incorporer les ingrédients secs à la préparation de mélasse.


6. Ajouter l’œuf, et fouetter jusqu'à l'obtention d'une pâte homogène.


7. Verser dans le moule préparé et mettre au four pendant environ 35 minutes, jusqu'à ce qu'un cure-dents inséré au centre du gâteau en ressorte propre.


8. Laisser tempérer le gâteau.


Pour le glaçage

Dans une petite casserole, mélanger le beurre avec la crème et la cassonade. Chauffer 1 minute. 


Retirer du feu et laisser tiédir avant d’en recouvrir le gâteau. Allumer le gril (broil) et remettre le gâteau au four sur la grille du centre et laisser colorer 2 ou 3 minutes en surveillant.

La bonne façon d’aimer

 



L’art d’aimer, c’est savoir joindre 

à un tempérament de vampire 

la discrétion d’une anémone.


Emil Cioran

philosophe et écrivain roumain 

1911-1995