« (New York) Dans la tête de Donald Trump, dont les prétentions et les goûts tendent vers ceux de Louis XIV, y compris la propension à confondre l’État avec sa personne, il n’y avait pas de cadre plus propice que le château de Versailles pour signer un document diplomatique.
« Le 17 juin dernier, au beau milieu d’un dîner offert par Emmanuel Macron dans ce palais aux dorures somptueuses, le président des États-Unis a donc annoncé aux convives qu’il allait signer devant eux le protocole d’accord conclu entre son pays et l’Iran.
« Et les convives étonnés se sont mis à applaudir après l’avoir vu, stylo Sharpie à la main, apposer sa griffe au bas du document qui devait ouvrir la voie à des pourparlers au cours d’un cessez-le-feu de 60 jours.
« C’est signé », a annoncé Donald Trump aux journalistes en quittant le château symbolisant la monarchie absolue française. « Nous l’avons signé à Versailles. »
« L’histoire n’étant pas son fort, il ne savait peut-être pas que le château symbolisait également un échec diplomatique. Signé en 1919, le traité de Versailles a mis fin à la Première Guerre mondiale et semé les germes de la Seconde en raison de ses conditions punitives envers l’Allemagne.
« Devra-t-on ajouter à cet échec la signature du protocole d’accord ? Peut-être.
Des personnes « très rationnelles »
« Ces jours-ci, Donald Trump répète que le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran est « terminé », tout en laissant la porte ouverte à des « pourparlers ». Mais que vaut sa parole dans ce conflit ?
« Ce même 17 juin, Donald Trump n’avait-il pas vanté les dirigeants iraniens ?« Nous avons affaire à des personnes qui, selon moi, sont très rationnelles », avait-il dit avant de quitter Évian-les-Bains, site du Sommet du G7. Et d’ajouter : « C’était un plaisir de traiter avec elles. Ce sont des personnes fortes et intelligentes. »
« Or, la semaine dernière, au sujet des dirigeants iraniens, il a dit : « Je ne veux plus avoir affaire à eux. Ce sont des ordures. »
« Donald Trump exprimait alors sa frustration après les attaques iraniennes contre trois navires commerciaux qui transitaient par le détroit d’Ormuz. Attaques qui ont entraîné des frappes américaines contre 170 sites militaires iraniens mercredi et jeudi derniers, selon l’armée américaine.
« Et les hostilités se sont poursuivies dans la nuit de samedi à dimanche, les forces américaines ayant ciblé 140 autres sites militaires iraniens après une nouvelle attaque iranienne contre un navire transitant par le détroit d’Ormuz. L’Iran a riposté en annonçant la fermeture du passage maritime stratégique et en attaquant plusieurs de ses voisins du Golfe.
Un scénario « grotesque »
« Ce même 17 juin, à Évian-les-Bains, Donald Trump avait également déclaré qu’il n’avait jamais été intéressé par un changement de régime à Téhéran. Le jour où il avait lancé l’opération « Epic Fury », il avait pourtant tenu un tout autre discours sur le sujet.
« Enfin, au grand peuple iranien, si fier, je dis ce soir que l’heure de votre liberté a sonné. Restez à l’abri. Ne quittez pas votre domicile. C’est très dangereux dehors. Des bombes vont tomber un peu partout. Une fois que nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Ce sera à vous de le faire », avait-il dit.
« C’est exactement le scénario que Benyamin Nétanyahou lui avait fait miroiter, le 11 février dernier, lors d’une réunion extraordinaire dans la Situation Room de la Maison-Blanche, selon Regime Change, le best-seller de Maggie Haberman et Jonathan Swan sur le mandat en cours de Donald Trump.
« Après la réunion, en s’adressant au président américain, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, avait résumé en un mot ce qu’il pensait du scénario évoqué par le premier ministre israélien : « Grotesque. »
« Marco Rubio avait ajouté : « Autrement dit, ce sont des conneries. »
« Mais le secrétaire d’État n’a jamais tenté de sortir le président de son labyrinthe d’idées contradictoires ou illusoires sur l’Iran.
Vers une double défaite ?
« De sorte que Donald Trump est aujourd’hui confronté à la possibilité d’une double défaite : un détroit d’Ormuz qui ne sera jamais « ouvert » comme avant et un programme nucléaire iranien qui restera une menace.
« Les options qui se présentent à lui comportent toutes des risques élevés : reprendre la guerre totale pour empêcher l’Iran d’acquérir une bombe nucléaire ; négocier un accord qui ne satisferait qu’une partie de ses exigences ; tourner le dos complètement au conflit, au risque de céder à l’Iran le contrôle du détroit d’Ormuz.
« Pour l’heure, Donald Trump rappelle avec insistance qu’il est « en tête de la liste des personnes à abattre en Iran », ce qui est en fait le cas depuis qu’il a commandé l’assassinat du général Qassem Soleimani, le 3 janvier 2020.
« Vendredi soir, il a affirmé sur Truth Social que 1000 missiles étaient armés et pointés sur l’Iran, « avec des milliers d’autres qui suivront immédiatement si le gouvernement iranien met à exécution sa menace, proférée aux quatre coins du monde, d’assassiner ou de tenter d’assassiner le président des États-Unis en exercice, à savoir MOI ! »
« Dans le labyrinthe de Donald Trump, tout le ramène à sa personne. Un peu plus et il avouerait : « La guerre en Iran, c’est moi. »
Chronique intitulée
Le président dans son labyrinthe
Richard Hétu
collaboration spéciale
La Presse
le 13 juillet 2026
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