26 avril 2026

Dîner des représentants aux É.-U. - « Une formidable dose d’amour dans la salle.»





Donald Trump ne cessera vraiment jamais de nous étonner. Tout juste évacué de la salle de réception du dîner des correspondants à Washington pour cause d’attentat armé, il s’est présenté devant les journalistes calme, serein et même, oui, gracieux.


« Lui qui avait boycotté cet évènement annuel tout au long de son premier mandat, puis l’an dernier, y faisait une apparition remarquée avec tout son cabinet et la première dame.


« La rumeur voulait qu’il prononce un discours hargneux contre la presse, comme il a l’habitude de le faire. On sait l’hostilité qu’il entretient envers les médias d’information. On connaît ses attaques répétées (fake news, « ennemis du peuple », etc.). Ses poursuites. Ses menaces. Ses pressions. Ses nominations à la direction de l’organisme de réglementation des ondes. Etc.


« J’allais être très dur et ç’aurait été le discours le plus inapproprié jamais prononcé, vu les circonstances », a-t-il dit avec le sourire, après avoir félicité les médias d’avoir été « très responsables dans leurs reportages » sur cet attentat.


« Mais, forcé d’annuler sa prestation par ordre du Secret Service, le président était maintenant tout miel avec les journalistes, dont la plupart sortaient eux aussi de la grande salle du Hilton et étaient en habit de gala.


« J’ai senti une formidable dose d’amour dans la salle, a-t-il dit. Il y avait des républicains, des démocrates, des indépendants, des conservateurs, des progressistes, des libéraux, et nous étions tous réunis. Je demande à tous les Américains de travailler à résoudre nos différences », a dit le 47e président, dans un rarissime appel à l’unité.


« C’est terrible à dire, mais d’une certaine manière c’est magnifique », a-t-il ajouté.


« Il a fait l’éloge de la présidente de l’association des correspondants, Weijia Jiang, de CBS, avec qui il a eu des passes d’armes célèbres pendant la pandémie – le fameux « Vous demanderez à la Chine ! »


« Il a immédiatement passé la parole à Kaitlan Collins, de CNN, qu’il insulte régulièrement, mais pas cette fois.


« L’évènement l’a montré comme on ne le voit à peu près jamais : maître de ses émotions, sans expression agressive, presque sans vantardise exagérée (mais un peu quand même).


« Il s’agit pourtant du troisième incident violent le concernant (on ne sait pas encore si l’homme arrêté le visait ou visait les journalistes ou un peu tout le monde).


« Une semaine après avoir échappé à la mort par un millimètre en campagne électorale à Butler, en Pennsylvanie, il avait tenté un appel à l’unité, lors de son discours à la convention républicaine. Mais le cœur n’y était qu’à moitié, sinon pas du tout, et ça paraissait. Le deuxième complot d’assassinat le visant, à son terrain de golf, déjoué, n’a pas donné lieu à un changement de ton.


« Samedi soir, la sobriété et presque l’élégance du propos étaient remarquables pour quiconque l’a un peu écouté au fil des ans.


« Bien sûr, personne ne semble se demander comment autant de « fous » se procurent autant d’armes aussi facilement, il semble que ce ne soit même pas un sujet pertinent.


« Comment expliquer cette espèce de détente, ce ton momentanément conciliant ?


« Donald Trump a répondu indirectement à cette question, quand un reporter lui a demandé comment il se fait qu’il ait été l’objet d’autant d’attentats.


« J’ai beaucoup étudié les assassinats de présidents, a-t-il dit. Et ce sont les gens qui ont de l’impact qui sont les plus visés. Si vous ne faites rien, ils ne vous embêteront pas. Je n’aime pas dire ça, mais j’en suis honoré. »


« Il se trouve donc non seulement encore une fois au centre de l’attention, ce qui le réjouit au plus haut point, mais ce « fou » vient signifier qu’il est un président dans la lignée des Lincoln, des Kennedy (en plus de James Garfield, injustement oublié, et William McKinley, une de ses idoles, grand amateur de droits de douane). C’est une sorte de consécration, en somme.


« Il a ensuite dit, sans broncher, que c’est un métier dangereux, plus encore que celui de dompteur de taureau. En effet, 8,5 % des 45 hommes à avoir été présidents des États-Unis ont été tués par balle. Presque tous les autres depuis un siècle et demi ont été l’objet d’un complot ayant donné lieu à des arrestations.


« Bien sûr, le président n’a pas tellement eu le temps d’avoir peur. Le tireur n’a jamais été près de lui, ni même de l’entrée de la salle. Il a été intercepté immédiatement.


« Ce Hilton est archi-connu à Washington. J’y ai vu Donald Trump faire un discours à la convention du Parti libertarien, en mai 2024, pour tenter de convaincre ses membres de voter pour lui. On se demande comment le tireur a pu se rendre aussi loin dans un lieu si hautement sécurisé. Certains émettent l’hypothèse qu’il aurait caché les pièces de l’arme à l’avance et les auraient assemblées sur place.


« Mais quelles qu’en soient les causes, on a eu droit à un rare moment de dignité présidentielle, pendant ces quelques minutes. Minutes au cours desquelles le directeur du FBI, Kash Patel, regardait dans la salle avec des yeux de hibou inquiet, lui qui se demande s’il va finir la semaine à son poste. Un autre qui n’a pas un historique très harmonieux avec les journalistes, lui qui vient de déposer une poursuite de 250 millions contre The Atlantic, pour la description qu’a faite le magazine de sa vie dissolue et de son manque de sérieux au travail.


« Le président annonce déjà une reprise du dîner avant un mois. Va-t-il, comme il l’a dit samedi soir, prononcer une version modifiée de son discours pour le rendre si conciliant qu’il en sera ennuyant ?


« D’habitude, le naturel revient au galop. On aura tout de même eu droit quelques minutes à cette rare version de lui…»


Chronique intitulée

Un rare moment de dignité

Yves Boisvert

La Presse

le 26 avril 2026

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25 avril 2026

Poulet braisé au pineau des Charentes +




Le pineau des Charentes est un apéritif français composé de jus de raisin frais et de cognac. Je m’en passais depuis des mois, mais ma cuisine manquait de ses arômes délicats de fruits et de fleurs. Il transforme un poulet aux légumes tout simple en un mets raffiné au goût subtil. 


Ingrédients pour deux avec restes

1 poulet de 1, 4 kg, séparé en 6 morceaux, la peau retirée sauf celle des ailes

1 c. à soupe d’huile d’olive + 1 c. à soupe de beurre

1 oignon rouge, en lamelles

8 carottes nantaises entières

8 petites pommes de terre, en moitiés

1 ou 2 petits panais en petits cubes

1/3 tasse de pineau des Charentes

1 tasse de bouillon de poulet et un peu plus pour la sauce

1 c. à souple de fécule de maïs délayée dans un peu d’eau

1 ou 2 branches de romarin

Sel,  poivre et paprika au goût


1. Saler et poivrer les morceaux de poulet et les saupoudrer de paprika. Chauffer un grand poêlon muni d’un couvercle, verser l’huile et y faire fondre le beurre avant d’y déposer les morceaux de poulet assaisonnés. Faire dorer entre 2 et 3 minutes sur chaque face, puis incorporer les légumes en les plaçant un peu partout sur les morceaux de poulet.


2. Verser le pineau dans le poêlon, laisser réduire 2 minutes. Saler et poivrer  et mélanger 2 ou 3 minutes avant d’y verser le bouillon de poulet.  


3. Couvrir et cuire à faible ébullition durant 45 minutes. Vérifier alors la cuisson des légumes, s’ils sont cuits, le poulet sera cuit aussi. Sinon, prolonger la cuisson d’une quinzaine de minutes en ajoutant au besoin 1/3 tasse de bouillon chaud. 


4. Pour faire la sauce, recueillir 1 tasse de jus de cuisson et verser dans une petite casserole avec la fécule délayée. Porter doucement à ébullition et laisser cuire 1 ou 2 minutes en remuant. 






La citation de la semaine : Bons débarras !


« Ironiquement, ce sont peut-être les mollahs qui, finalement, nous débarrasseront de l’administration Trump. Rêvons: la guerre en Iran fonctionne et nous débarrasse des mollahs, mais est tellement coûteuse et insatisfaisante pour la population états-unienne qu’elle nous débarrasse de l’administration Trump du même coup. Deux pestes nuisibles de moins...»


Jean-Marc Gélineau - 

abonné au Devoir

le  22 avril 2026 à 17 h 43 

commentaire sur la lettre d’opinion intitulée

Le problème avec le mouvement No Kings 

24 avril 2026

Moyen-Orient - Navires coincés dans le détroit d’Ormuz

Du stress, de la fatigue, de la peur : alors que le cessez-le-feu se prolonge au Moyen-Orient, 20 000 marins et 2000 navires sont toujours coincés dans le golfe Persique, dans un contexte extrêmement tendu et volatil.


« Une fois de plus cette semaine, l’Organisation maritime internationale (OMI) a tiré la sonnette d’alarme, évoquant des conditions « inacceptables » pour ces milliers d’hommes pris en otage par le conflit et plaidant pour la libération immédiate de « tous les navires et marins innocents ».


« L’agence onusienne dénombre 21 attaques contre des cargos depuis le début du conflit, fin février, ainsi qu’une dizaine de morts et de nombreux blessés parmi les marins. Des appels de panique d’un pétrolier indien, craignant d’être pris pour cible par les forces iraniennes, ont été largement diffusés cette semaine, pour illustrer l’impuissance de ces équipages, tiraillés entre la peur et l’inquiétude.


« Les marins sont toujours les boucs-émissaires », déplore Yoss Leclerc, directeur de la firme de consultation Logistro et membre de la Société internationale des marins du Canada. « Non seulement ils sont isolés, mais il y a des risques de bombardements autour d’eux. C’est doublement stressant. »


« Les nombreux appels à l’aide reçus par la Fédération internationale des transports (ITF) témoignent bien de cette détresse. Selon Mohamed Arrachedi, coordonnateur de l’ITF pour le monde arabe et l’Iran, le groupe syndical aurait géré près de 2000 « consultations » depuis le début du conflit, un nombre anormalement élevé.


« Et quand je dis “consultations”, je veux dire des demandes d’aide et de rapatriement, explique-t-il. Beaucoup nous demandent expressément : “S’il vous plaît, aidez-moi, je veux partir, on ne veut pas mourir ici.” »


« Ces communications sont « extraordinaires », ajoute Mohamed Arrachedi, en ce sens qu’elles sont en dehors de la normalité. Victimes collatérales de cette crise, les marins ne sont pas des militaires et n’ont pas été préparés à ce genre de scénario. Comme ils sont privés d’options, leur stress grandit à mesure que le conflit s’enlise et que l’instabilité perdure.


« Il y a une connotation d’urgence. Parce qu’il y a une grande charge psychologique, mentale. Il y a la peur, il y a la panique.»

- Mohamed Arrachedi, coordonnateur de l’ITF pour le monde arabe et l’Iran 


« Mais le risque d’être touchés par des roquettes ou des missiles n’est pas leur seul souci. Selon Mohamed Arrachedi, beaucoup de messages adressés à l’ITF concernent aussi la crainte du manque de provisions à bord, l’accès au WiFi (limité dans certains cas), à l’électricité, à l’eau potable, ou des questions sur d’hypothétiques « primes de guerre », voire des salaires non payés.


« Sans parler des incertitudes liées au prolongement du conflit. Comme le fait remarquer David Rozeboom, aumônier à la Maison des marins de Montréal, certains de ces marins ont techniquement terminé leur contrat, mais sont forcés de rester à bord. « Ils pensaient qu’ils seraient rentrés à la maison. Mais la plupart sont pris dans le Golfe depuis deux mois et ne peuvent pas s’en aller… »


Évacuer ? Pas si simple

« Évacuer un navire n’est pas chose impossible. En mars, trois jeunes stagiaires de l’Institut maritime du Québec (IMQ) ont été rapatriés après avoir été bloqués trois semaines dans le golfe Persique sur les navires de l’armateur Desgagnés, de Québec (voir autre texte). L’ITF affirme pour sa part avoir évacué 400 marins depuis le début de la guerre.


« Mais pour beaucoup d’armateurs, ce genre d’opération s’avère très compliquée sur le plan des réglementations portuaires et douanières, sans oublier les énormes dépenses qui y sont liées.


« Il faut se mettre à la place des compagnies maritimes », explique Sylvain Domergue, professeur et expert en sécurité maritime à Sciences Po Bordeaux.


« Engager une évacuation des marins et leur remplacement par de nouvelles équipes, ça coûterait extrêmement cher. 


Il faudrait faire venir des avions, il faudrait payer des billets à tout le monde, ajoute M. Domergue. Vous imaginez 20 000 personnes ? Ça fait quand même des sommes importantes. »


« M. Domergue suggère que les plus gros armateurs, soucieux de leur image, procéderont plus volontiers à des rapatriements. Mais dans un grand nombre de cas, les marins restent désavantagés par les structures complexes et opaques du secteur maritime, où l’exploitation de la main-d’œuvre est une réalité.


« Certains armateurs « traitent leurs marins très mal », dit-il. « Ils les sous-paient et créent des conditions d’emploi catastrophiques. Je ne les imagine pas du tout lever le petit doigt pour évacuer leurs marins. » D’autant plus que remplacer un équipage n’est pas évident dans un contexte de guerre, précise Yoss Leclerc : « Honnêtement, qui voudrait aller travailler là-bas à l’heure actuelle ? demande cet ancien capitaine, qui se trouvait à Dubaï quand le conflit a éclaté. Est-ce que vous iriez, vous ? »


« L’Organisation maritime internationale dit avoir établi un cadre pour l’évacuation des navires par le détroit d’Ormuz… ajoutant qu’elle était conditionnelle à la fin des hostilités. En attendant, 20 000 hommes restent à l’arrêt, dans une totale incertitude. Interviewée à l’émission Times Radio Breakfast, la journaliste anglaise Rose George, autrice du livre Inside Shipping sur l’industrie maritime invisible, compare la situation à la pandémie de COVID-19, quand les marins étaient restés « prisonniers » à bord pendant des mois.


« La seule différence, ajoute-t-elle, c’est que pendant la COVID-19, il n’y avait pas de drones et de missiles au-dessus de leur tête… »


Article intitulé

Coincés dans le brouillard de la guerre

Jean-Christophe Laurence

La Presse

le 24 avril 2026

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23 avril 2026

Gâteau choco-cantaloup à la bonne franquette +


On aime bien le cantaloup chez nous, on l’ajoute à des céréales au petit déjeuner ou à des salades le midi. J’en ai fait un petit dessert qui se rapproche de mes tartes sans croûte par sa facilité et son bon goût. Pour plus de sucre, on pourrait glacer le gâteau avec une lichette de chocolat ou avec une compote de cantaloup. C'est mon goûteur amoureux du chocolat qui a gagné, j'ai garni d'une fine couche de tartinade au chocolat et aux noisettes...! (voir la dernière photo ci-dessous)

Ingrédients pour huit portions

3/4 tasse de farine

1/4 tasse de flocons d’avoine à cuisson rapide

1 c. à thé de levure chimique (poudre à lever)

1/4 c. à thé de bicarbonate de soude

1 touche de muscade + 1 pincé de sel

1 oeuf battu

1/2 tasse de cassonade

1/3 de tasse d’huile neutre, moi de pépins de raisin

1/4 tasse de lait ou de boisson végétale à la vanille ou sans sucre

1 tasse de dés de cantaloup

1/2 tasse de pépites de chocolat noir mi-sucrées


La cuisson se fait dans un four préchauffé à 350 °F (180 °C) et dure une trentaine de minutes, 35 minutes pour moi.


1. Dans un bol plutôt petit, réunir les ingrédients secs, farine, flocons d’avoine, levure, bicarbonate, muscade et sel.


2. Dans un bol moyen, battre l’oeuf avec la cassonade, puis ajouter l’huile et mélanger. 


3. Incorporer les ingrédients secs en trois fois en alternant avec le lait ou la boisson végétale. Ajouter les dés de cantaloup et les pépites de chocolat.


4. Verser dans un moule à gâteau bien beurré et enfourner.


5. Cuire une trentaine de minutes ou jusqu’à ce que le contour du gâteau se détache du moule. Laisser refroidir avant de couper.






La stratégie de la patience : observer, attendre

« Les négociations pour le renouvellement de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique doivent commencer cet été : elles n’augurent pas très bien, avec un président qui considère le commerce international comme un jeu à somme nulle (ce que tu gagnes, je le perds, et vice-versa) et qui délire sur le mauvais sort que son pauvre pays subirait de la part du Canada. Le secrétaire au Commerce américain, Howard Lutnick, a d’ailleurs tenu récemment des propos méprisants sur la position du Canada et de son premier ministre (« It’s nuts ») qui, comme chacun le sait, serait un parfait crétin. Sans surprise, les discussions préliminaires plutôt discrètes qui ont cours depuis des mois ne mènent à rien avec un interlocuteur qui impose des tarifs à l’emporte-pièce, que les tribunaux viennent justement d’invalider. En général, le protectionnisme, c’est bien connu, protège des intérêts particuliers plutôt que le bien commun.

« Nous sommes pour le moment les spectateurs impuissants d’une relation difficile entre le Canada et « les » États-Unis. Mais le gouvernement actuellement aux commandes chez nos voisins est loin de représenter le point de vue et les intérêts de l’ensemble des acteurs économiques américains — une réalité capitale, un peu sous-estimée, dont il faudrait tenir compte, comme le suggérait dans une excellente entrevue à 24/60 (20 avril 2026) le professeur Richard Ouellet, de la Chaire sur les nouveaux enjeux de la mondialisation économique : dans ces conditions, la meilleure stratégie serait sans doute d’y aller bien lentement, de laisser traîner les choses, bref de faire le gros dos en attendant de pouvoir discuter plus sérieusement et plus civilement avec un nouveau gouvernement.» 


Lettre d’opinion intitulée

Faire le gros dos

François Thérien

Le Devoir

le 21 avril 2026