17 mars 2026

Regard sur le monde - L’enfant à la fenêtre




« Il pourrait s’agir d’un tableau impressionniste, d’un poème naïf ou d’une thèse ésotérique. Ce n’est pas le cas. C’est le titre que m’a inspiré un article paru cette semaine à la une d’un quotidien. On y voit un petit garçon iranien debout à la fenêtre d’un immeuble de logements dans un quartier frappé par un bombardement auquel il a survécu. L’enfant est seul. On ne voit pas de trace de ses parents, de sa famille. Il n’y a pas de vie dans la pièce. Cette image, qui aurait pu être banale dans un autre contexte, m’a bouleversé.


« L’enfant est là qui observe. Et ce qu’il voit semble au-delà de ce qu’il peut capter, au-delà de toute compréhension. Contrairement à la célèbre Petite fille au napalm qui hurlait de souffrance et d’horreur en s’enfuyant, le visage du petit garçon, immobile, n’exprime rien. Il semble fixé sur un horizon qui n’est nulle part. Son regard ne traduit ni effroi ni désespoir : c’est un regard vide. Et c’est encore plus troublant. Il est pénible de songer que notre époque produit des milliers et peut-être des millions d’enfants comme ça à travers le monde.


« On pense alors au vers d’Aragon : « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » On reste suspendu à cette interrogation. Et on se demande : comment désormais inculquer à nos successeurs la dose de candeur et de foi qui permet d’espérer, de nous unir, de rêver et d’agir ? Illusions que tout cela ? Ou impuissance devant un monde qui n’offre plus de prise à l’action des honnêtes gens ?


« Quand on songe à la façon dont notre siècle va, on a peine à repousser l’idée que nos sociétés tournent le dos aux vertus les plus élémentaires, qu’elles sont menacées de sombrer dans la fuite qu’offrent la frivolité, le simulacre, l’insignifiance, quand ce n’est pas la tromperie, la bêtise, la violence.


« Comment refonder le règne de la sagesse et de la raison dans un monde où les libertés se contractent, où la méfiance et le mensonge prospèrent, où les démocraties vacillent, où les puissants se menacent ou s’affrontent et forcent les autres nations à s’armer elles aussi, où la planète elle-même est menacée ? L’humain serait-il une espèce inférieure et prétentieuse inapte à réguler sa vie et sa survie ? Inapte à l’atteinte du bonheur auquel il continue néanmoins d’aspirer ?


« Je suis un homme âgé, engagé dans sa dernière ligne droite. Je me surprends à exprimer ici une vision aussi sombre. Elle est très éloignée de mon caractère et en profonde rupture avec tout ce que j’ai pensé et écrit durant mon parcours de sociologue et d’historien. Mais on avouera que l’état du monde est très angoissant. Ce qui prédomine, encore une fois, c’est le sentiment d’être voués à l’inaction comme citoyens, je veux dire : une incapacité à se mobiliser et à se rebeller pour retrouver la maîtrise du changement.


« Nous nous sommes émerveillés avec raison des dernières avancées technologiques ; elles sont sur le point de subjuguer et de désordonner nos vies. Pour plusieurs d’entre nous, la mondialisation, sous la garde des États, allait ouvrir des horizons inespérés d’émancipation ; confisquée par le mauvais génie d’un capitalisme débridé, elle est devenue un puissant filet qui nous entrave. Da Empoli, ce désinvolte marchand de malheur, aurait donc raison ?


« Tout cela conduira-t-il à une catastrophe qui va nous libérer et ramener le monde à la raison, mais à prix fort, comme il est arrivé déjà dans l’histoire ? Je pense aux quelques décennies de repentance, d’accalmie et de progrès qui ont suivi les deux guerres mondiales. Mais on conviendra que ce n’est pas le scénario idéal.


« Est-il trop tard pour en concevoir d’autres qui réconcilieraient le rêve et la réalité, le sens de la grandeur et de la mesure, de l’équité et de l’honneur ? Qui permettraient à tous les petits garçons du monde de grandir en paix ? Et de sourire devant leur fenêtre ?»


Chronique intitulée

L’enfant à la fenêtre

Gérard Bouchard

Le Devoir

Le 14 mars 2026

16 mars 2026

Renversé choco-mangue aux framboises, version 2026 +

J’ai réalisé plusieurs versions dans un plat carré de ce plat savoureux, mais cette version est la plus intéressante autant visuellement qu’au goût, j’y ai ajouté un peu plus de sucre et de pépites de chocolat. 

Ingrédients pour neuf portions raisonnables 

1 tasse de petits cubes de mangue décongelés

1 poignée de framboises surgelées 

2 c. à soupe de sucre pour saupoudrer les fruits 

1/2 tasse de farine tout usage 

1 c. à thé de levure chimique (poudre à lever) 

1/2 c. à thé de bicarbonate de soude 

1 pincée de sel 

3 c. à soupe combles de cacao 

2 gros œufs 

1/3 tasse d’huile au goût neutre, pépins de raisin pour moi 

1/3 tasse de sucre 

1/3 tasse de pépites de chocolat 

3 c. à soupe de yogourt nature 


La cuisson se fait dans un four à 375 °F. 


1. Beurrer un moule à tarte profond et couvrir le fond de mangue et de framboises. Si on y pense, ajouter une pépite de chocolat dans chacune des framboises, j’en n’y ai pensé qu’après le démoulage. Saupoudrer avec 2 c. à soupe de sucre. 


2. Dans un petit bol, réunir la farine, la levure, le bicarbonate, le cacao et le sel, et bien mélanger au fouet, on saute ainsi l’étape du tamisage. 


3. Dans un bol plus grand, battre les œufs avec l’huile et le sucre jusqu’à ce que le mélange soit homogène. Ajouter les pépites de chocolat. 


4. Ajouter les ingrédients secs au mélange d’oeufs en alternant avec le yogourt.


5. Verser sur les cubes de mangue et les framboises et cuire de 35 à 40 minutes ou jusqu’à ce que le centre de la pâte soit ferme au toucher. 


6. Attendre une trentaine de minutes avant de renverser sur une assiette.


Inspiré d’une recette de clafoutis

https://lacuisinedemessidor.blogspot.com/2015/01/clafoutis-choco-mangue.html

 


Une incompétence aux conséquences irréparables

« Le degré d’amateurisme et d’impréparation de Donald Trump et de ses acolytes en Iran est inouï. Ils ne s’attendaient sincèrement pas à ce que l’armée iranienne, ou les Gardiens de la révolution, réplique « contre des pays qui ne les ont pas attaqués » (les pays du golfe Persique environnant).


« Bouche bée, également, devant le blocage, presque sans coup férir, de la quasi-totalité du trafic commercial dans le détroit d’Ormuz. Les experts militaires soulignent depuis des décennies que cette voie maritime, par laquelle transitent d’immenses quantités de pétrole et de gaz naturel liquéfié, sans compter les engrais et d’autres éléments vitaux des chaînes de production, est extrêmement vulnérable aux attaques iraniennes.


« Deux conséquences ultra-prévisibles, annoncées par les premiers intéressés, comprises intuitivement par le moindre spectateur moyennement informé… Mais, mais : surprise à Washington ! Une vraie surprise, non feinte.


« La chaîne CNN, puis le magazine The Atlantic ont révélé jeudi et vendredi l’ampleur de l’impéritie et de l’improvisation à Washington. Hormis la maîtrise technique et tactique de la salve d’ouverture, qui a tué Ali Khamenei et doit beaucoup aux Israéliens, c’est le désert complet en matière de pensée stratégique.


«The Atlantic écrit qu’ils ont été « pris au dépourvu par le blocus effectif du détroit d’Ormuz […] même si certains planificateurs militaires avaient mis en garde contre ce risque ». Mais les hauts responsables n’ont rien voulu entendre, et n’ont pas répercuté ces objections au niveau politique.


« Depuis le retour de Trump, il y a eu une purge féroce aux échelons supérieurs de l’armée américaine. Toute pensée critique y a été éliminée, au profit de la loyauté envers le régime. On voit aujourd’hui le résultat.


« Phillips O’Brien, professeur d’études stratégiques basé en Écosse, spécialiste des forces aériennes, déclare dans une interview au blogue Substack de Paul Krugman : « C’est une situation que le gouvernement Trump a contribué à provoquer en étouffant toute indépendance d’esprit au sein de l’armée américaine. C’est pourquoi ils sont aujourd’hui complètement désemparés » devant l’Iran « qui mène une guerre asymétrique en étendant le conflit de façon horizontale ».


«Selon M. O’Brien, « ils ne savent pas ce qu’ils font. Je ne crois pas qu’ils aient eu de plan. Trump a agi comme le font les dirigeants mégalomanes : sous-estimer l’ennemi, et croire que tout tombera rapidement ». Comme Poutine en Ukraine en 2022.


***

« Donc : incompétence crasse en matière militaire. On lance une guerre sans motifs ni stratégies préétablis, sous impulsion du chef, pour le plaisir de tuer un tyran, croyant naïvement à la répétition d’un « scénario Venezuela » (lui-même totalement idéalisé).


« Ledit tyran est remplacé par pire encore, sur fond de misère sociale aggravée, sans aucun souci (même hypocrite, façon George W. Bush en Irak) pour l’extension de la liberté et de la démocratie. Avec le possible effet pervers d’un « ralliement autour du drapeau » qui pourrait profiter à la dictature.


« Voilà pourquoi tous ne se réjouissent pas automatiquement de la chute d’un tyran aussi détestable qu’Ali Khamenei. Et ce, sans être, une seule seconde, complaisants envers l’islam politique, fléau durable d’une époque dont l’Iran fut en effet l’annonciateur historique. Ou encore, sans être « aveuglés par l’antitrumpisme ».


« Critiquer ces bombardements et leurs effets pervers, ce n’est pas de l’aveuglement ou de la petite idéologie. C’est un impératif intellectuel, de l’analyse stratégique 101.


« Le trumpisme a étouffé toute voix critique, au Pentagone, qui aurait pu appuyer sur les freins. Cette incompétence aux conséquences sanglantes est le pire exemple, mais non le seul, d’un régime où la loyauté prime tout. Où les talents, la vision, les institutions autonomes sont systématiquement expulsés ou broyés.


« Ce qui indique — mais ce sera pour une autre chronique — que la droite radicale au pouvoir, aux États-Unis mais aussi en Amérique latine ou en Europe, s’avère à l’usage, et même avant d’être « facho » ou « raciste »… largement incompétente. Au Brésil avec Jair Bolsonaro, aux Pays-Bas avec Geert Wilders, en Pologne avec Karol Nawrocki, en Italie avec Matteo Salvini… Peut-être demain avec Le Pen-Bardella en France. »


À suivre.


Chronique intitulée

Incompétence au sommet

François Brousseau

Le Devoir

le 16 mars 2026

15 mars 2026

L’art d’expliquer un conflit en peu de mots



Les commentaires aux éditoriaux des journaux québécois sont souvent des résumés écrits par des passionnés de politique et passionnants à lire pour la lectrice que je suis. En voici un commentant l’éditorial du Devoir signé Brian Myles publié hier et intitulé Pétrole contre mollahs.


Foi, famille et football maintenant remplacé par gloire, cercueils et pétrole

«L’administration Trump, fidèle à sa stratégie de « pression maximale », a opté pour une rupture brutale avec le régime de Téhéran, espérant le contraindre rapidement. Mais cette approche s’est retournée contre elle : le conflit s’annonce long et difficile, et les États-désUnis pourraient en sortir affaiblis, à l’instar du Vietnam, de l’Irak, de l’Afghanistan, et désormais de l’Iran. Disons aussi que la Libye et la Syrie ne sont pas des chefs-d’œuvre américains.

« Ce qui reste à calculer désormais, c’est le nombre de soldats américains qui reviendront dans des cercueils, illustrant le coût humain de cette politique. Les Américains vont attaquer la région du détroit d’Ormuz et là, attachez votre tuque avec de la broche. Le détroit d’Ormuz, sera le boulevard des illusions américaines.

« Deux semaines supplémentaires de ce même scénario et la dépendance économique se fera cruellement sentir. Les perturbations toucheront l’ensemble de la société, mais ce sont les plus pauvres qui en subiront le plus lourd fardeau. Hausse des prix, inflation et pénuries fragiliseront les ménages modestes, révélant combien la guerre, même lointaine, frappe d’abord ceux qui ont le moins de moyens pour y faire face.

« Nos niveaux de vie ont toujours été soutenus par l’énergie, et ce sont les hydrocarbures qui font véritablement tourner l’économie moderne. Sans eux, nos infrastructures, nos transports et notre production industrielle s’effondreraient, nous replongeant dans des conditions proches du Moyen Âge. La prospérité contemporaine dépend donc intimement de cette énergie, et toute rupture dans son approvisionnement menace directement notre confort et notre développement.

« La guerre reste une aberration, au coût humain et matériel exorbitant. Elle nourrit l’illusion de la victoire et révèle l’échec du dialogue. La violence détruit plus qu’elle ne construit, les promesses de gloire cachent la souffrance, et l’abandon de la diplomatie ouvre la voie à la tragédie et au chaos.»


Cyril Dionne

abonné au Devoir

le 14 mars 2026, 00h38

...


 


14 mars 2026

Crevettes papillons exquises - Un secret à partager ♥

Les crevettes dégustées hier étaient vraiment réussies, grâce à notre précieux travail d’équipe. Je les fais ordinairement au four, recouvertes d’une beurre à l’ail, mon goûteur a suggéré de les griller sur la cuisinière. Pourquoi pas les deux ? Ainsi, fut fait. Après les avoir soigneusement asséchées, mon goûteur a badigeonné les 13 crevettes déjà saupoudrées de paprika d’une fine couche d’huile. Elles ont cuit durant 3 minutes dans un poêlon à rainures préchauffé durant 2 minutes. Je les ai ensuite tartinées de beurre à l’ail et les ai étalées sur une plaque recouverte de papier parchemin dans un four à 400 °F (200 °C) en mode convection durant 3 autres minutes.  C’est le secret: grillées puis beurrées et passées au four, elles étaient succulentes, bonnes à s’en lécher les doigts ! Servies sur un riz à la courgette et aux épinards.

Ingrédients pour deux

1 paquet de crevettes papillons 16-20, décongelées et asséchées

1 c. à soupe d’huile d’olive

Poivre, paprika au goût


Beurre à l’ail

3 c. à soupe raisonnablement bombées de beurre

2 gousses d’ail, pressées

1 ou 2 bouquets de coriandre ou de persil

Zeste de 1/2 citron

Sel et poivre


Riz 

1 tasse de riz cuit

1/2 courgette en dés revenues au beurre

1 tasse d’épinards équeutés et émincés, ajoutés au riz à la courgette


Relisez l’introduction, tout y est, je pense, pour réussir ce plat succulent ! 


Chut ! Les crevettes papillons sont en promotion chez Métro jusqu’au 18 mars 2026.





Lettre à La Presse - Il ne devrait plus y avoir de guerres

« Depuis le début de son second mandat, Donald Trump ne fait que tirer sur tout ce qui bouge et il a la fâcheuse tendance à ne pas terminer ce qu’il a commencé. Son plus grand problème : il est sourd et n’écoute pas ses électeurs. J’ose croire que les Américains ne seront pas dupes de la diversion créée et surtout du prix humain d’une guerre. D’ailleurs, personnellement je suis convaincue qu’il ne devrait plus y avoir de guerres. Avec des personnes intelligentes, la négociation devrait toujours aboutir à des compromis acceptables pour tous les intervenants. »


Lettre d’une lectrice intitulée

Il ne devrait plus y avoir de guerres

Louise Joncas, Québec

La Presse

le 6 mars 2026

13 mars 2026

Sauce express aux saucisses italiennes +

Une sauce que je refais souvent quand il reste de pâtes pour deux. D’une consistance épaisse, elle rappelle la sauce bolognaise, mais ne prend que quelques minutes à cuire, et je l’enrichis parfois d’une lichette de crème. Toujours savoureuse !

Ingrédients pour deux

4 saucisses italiennes, leurs membranes retirées, bien défaites

1 échalote sèche, hachée finement

1 c. à soupe d’huile d’olive + 1 c. à thé de beurre

2 gousses d’ail, pressées

3 carottes nantaises, en rondelles

1 petite courgette, en quart-de-rondelles

2 c. à soupe de concentré de tomate (tomato paste)

1 c. à thé de sauce barbecue du commerce, facultatif

1/2 c. à thé de chacune: basilic, thym, origan séchés, menthe si on aime

1/4 c. à thé de piment de Cayenne (si les saucisses italiennes sont douces)

1 1/2 tasse de bouillon de boeuf réduit en sel

Sel et poivre au goût


1. Chauffer un poêlon de type wok avec la matière grasse et y attendrir l’échalote 1 minute. Ajouter la chair des saucisses émiettée à l’aide un coupe-pâte. Cuire 7 ou 8 minutes jusqu’à ce qu’elles soient bien dorées. Ajouter l’ail et cuire 1 minute.


2. Incorporer les légumes, carottes et courgette, puis le concentré de tomate, la sauce barbecue, les herbes séchées, le piment de Cayenne au besoin et, enfin, le bouillon de boeuf.


3. Porter à ébullition, réduire le feu à moyen, et laisser mijoter et réduire un tantinet, le couvercle entrouvert, une dizaine de minutes, en remuant de temps en temps.


4. Goûter, rectifier l’assaisonnement au besoin et servir sur des pâtes, hier des nouilles aux oeufs. 




Un livre pour survivre à « un monde en péril »

 


Le plus récent ouvrage de Charles-Philippe David décortique les assauts répétés du président contre la «Pax americana».


« Plus d’un an après le retour de Donald Trump derrière le Resolute Desk, l’ordre international retraite devant la montée d’un grand chaos mondial fomenté depuis la Maison-Blanche. C’est ce rapide basculement de l’échiquier mondial que Charles-Philippe David, observateur de la politique américaine depuis 42 ans, décortique dans Le monde en péril, un livre lucide sur l’effondrement de la Pax americana et son impact sur la suite du monde.


« Le brouhaha incessant d’une actualité frénétiquement alimentée par le président américain lui-même fait perdre de vue l’ampleur des bouleversements que cette Maison-Blanche a infligés, et continue d’asséner, à la planète.


« Afin d’y remédier, le président de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal propose un condensé de la dernière année, aussi percutant qu’éclairant, sur la portée d’une présidence dont les foudres n’épargnent personne. Le titre l’indique d’emblée : le dynamitage en règle de l’ordre hérité de la Deuxième Guerre mondiale, entrepris par un chef d’État « qui conçoit la géopolitique internationale tel un gangster jouant une partie de poker », constitue un danger sans équivalent dans l’histoire moderne.


« Je voulais alerter tout le monde [sur le fait] que nous sommes dans un changement profond du système international, explique l’éminent chercheur. Le président des États-Unis — comme il le dit lui-même — n’a rien à faire de l’ordre international que les États-Unis ont construit pendant 80 ans. Au fond, il souhaite presque le liquider — c’est du jamais vu dans l’histoire moderne. »


Le suicide d’une toute-puissance

« Un an a suffi au porte-étendard MAGA pour faire sortir l’histoire du lit qu’elle suivait depuis huit décennies. Il s’agit « presque d’un suicide hégémonique », affirme Charles-Philippe David, où une grande puissance fracasse « par choix, et non par nécessité », les colonnes de son propre temple.


« Les anciennes certitudes n’existent déjà plus, la coopération entre États cède rapidement le pas à la loi du plus fort et les sirènes de l’autoritarisme répondent au bruit des sabres que la Chine, la Russie et d’autres affûtent en silence, le regard tourné vers Taïwan, l’Europe de l’Est ou ailleurs.


« Nous jouons avec le feu », ajoute-t-il en entrevue avec Le Devoir, car, dans un contexte où « les États-Unis ne sont plus la superpuissance fiable », les nations du monde se jettent dans un réarmement à tous crins, convaincues « qu’une guerre majeure entre grandes puissances est de plus en plus […] inévitable ».


« Même « le tabou nucléaire s’efface avec le souvenir de son utilisation il y a 80 ans », observe Charles-Philippe David.


« Le monde se transforme petit à petit en une jungle menée par un roi, Donald Trump, qui s’avère le plus vorace — et irréfléchi — des prédateurs.


Un président ignare et sans contrainte

« Ce président, constate l’auteur, s’avère impulsif, narcissique à l’extrême. C’est un menteur compulsif et un autocrate en herbe qui, de surcroît, est mal informé, rageur et vindicatif. Charles-Philippe David ne peint pas seul ce portrait peu flatteur de l’homme le plus puissant sur Terre : il invoque l’opinion de dizaines de sommités en la matière, qui dessinent, trait par trait, un Bureau ovale où plus rien ne tourne rondement sous Donald Trump.

« Les personnalités s’avèrent déterminantes dans le cours de l’histoire des relations internationales, expose Charles-Philippe David. C’est incroyable que nous vivions ce moment-là avec Donald Trump, qui n’a rien de l’intellect ni de la puissance des idées d’autres grands leaders qui ont transformé le monde. »


« Contrairement à ce qui s’est passé dans son premier mandat, plus rien ni personne, exception faite de la Cour suprême — « et encore », soupire le chercheur —, ne contrecarre les volontés du président. Son entourage, explique Charles-Philippe David, pouvait encore contenir ses pires instincts entre 2016 et 2020. Désormais, c’est une coterie de fayots dociles, voire complètement rampants, qui entoure Donald Trump.


« Son administration lui est totalement inféodée et, en l’absence de contre-pouvoirs réels, surtout au Congrès, il a complètement personnalisé la conduite des affaires internationales. C’est presque comme une dictature en politique étrangère », analyse le chercheur. Le « POTUS » a rompu des alliances, malmené des partenaires, mis à genoux des institutions multilatérales, comme l’UNESCO, l’Organisation mondiale de la santé — et même l’union postale universelle — sans même faire broncher le Capitole.


« Les dommages qui sont faits, déplore l’observateur aguerri de la scène américaine, seront très difficiles à cicatriser. »


« La tempête ne passera pas »

« Avec une Maison-Blanche de plus en plus va-t-en-guerre et impérialiste, nul n’est à l’abri — le Canada y compris.


« Nous pourrions être les prochains, signale Charles-Philippe David. Si Donald Trump décide, un matin, de s’emparer des ressources de l’Arctique ou de décréter la mainmise américaine sur notre passage du Nord-Ouest, qu’est-ce que nous allons faire ? Rester à la maison et attendre que la tempête passe ? J’ai des nouvelles pour vous : elle ne passera pas. 


« L’espoir viendra, selon l’auteur, si « les pays qui nous ressemblent » se solidarisent pour imaginer un ordre international capable de graviter autour d’un autre soleil que les États-Unis.


« Arrêtons de toujours déterminer nos politiques en fonction de ce que pense Washington. Nous n’avons pas les armées de Napoléon, mais les mots sont gratuits et les discours, comme celui que Mark Carney a fait à Davos, ne coûtent pas cher. Il n’y a pas que la force de l’arme, il y a aussi la force du porte-voix, conclut le chercheur. Et jusqu’à présent, je trouve que le Canada n’a pas suffisamment utilisé ce dernier. »

Compte rendu intitulé

Le monde en péril : Donald Trump, le fossoyeur en chef de l’ordre mondial

Sébastien Tanguay

Le Devoir

1e 13 mars 2026


Le monde en péril : La fin de la Pax americana

Charles-Philippe David 

Éditions Somme toute/Le Devoir 

Montréal, 2026, 288 pages 

En librairie le 17 mars