08 juin 2026

Pâté de viande sans croûte, version 6,26 +



Adapté librement d’une recette publiée dans les mini-livres Bon appétit, un délicieux pain de viande qui ne contient ni fruits sucrés ni farine, mais qui se tient bien et compose un menu savoureux et équilibré quand on le sert avec une bonne salade.


Ingrédients pour deux

Pâté

454 g de porc haché maigre

1/2 barquette de champignons, hachés 

1 tasse de chapelure Panko

1 petit oignon, haché finement

2 c. à soupe de concentré de tomate

2 c. à thé d’herbes salées du commerce (Bas-du-Fleuve) 

1 c. à thé d’origan + 1 c. à thé de thym, séchés

1/3 tasse de noix de Grenoble, hachées

1/3 tasse de graines de tournesol non salées

1 oeuf gros, battu légèrement

Sauce au piment ou poivre de Cayenne au goût

Sel léger (herbes salées en contiennent beaucoup) poivre au goût


Sauce umami pour garnir

1 c. à soupe de marmelade d’orange

1 c. à soupe de sauce tamari ou soya légère

1 c. à soupe d’eau

1 c. à thé de miso (facultatif mais délicieux)


La cuisson se fait dans une assiette à tarte profonde beurrée que l’on place dans un four préchauffé à 350 °F (180 °C) et qui dure 45 minutes, que l’on arrose d’une sauce légère et cuit encore 15 minutes.


1. Dans un grand bol, réunir les ingrédients du pâté, en commençant de préférence par l’oeuf et en remontant vers la viande, ce qui permette de mieux intégrer les aliments. Masser la préparation avec les mains pour obtenir un mélange lisse avant de le presser dans l’assiette à tarte beurrée.


2. Enfourner et cuire 45 minutes. 


3. Retirer du four, le temps de badigeonner de la petite sauce, et remettre au four pour 15 minutes.






Nouvelles frappes au Moyen-Orient - Un tournant dans la guerre ?

Les frappes échangées dimanche entre plusieurs pays du Moyen-Orient vont-elles mener à une nouvelle escalade de la violence dans la région ? Pas nécessairement, selon un expert, qui voit se dessiner plusieurs scénarios dans la suite du conflit qui implique également les États-Unis.

L’histoire jusqu’ici

. 28 février 2026 : Début des bombardements américains et israéliens en Iran.


. 2 mars 2026 : Le Hezbollah entraîne le Liban dans la guerre en attaquant Israël pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué dans une offensive israélo-américaine.


. 8 avril 2026 : Les États-Unis acceptent, de concert avec Israël, de mettre fin à leur offensive contre l’Iran pendant deux semaines en contrepartie d’une réouverture temporaire du détroit d’Ormuz. Mais depuis, l’Iran et les États-Unis s’accusent régulièrement de violer ce fragile cessez-le-feu, et Israël continue ouvertement de vouloir intensifier ses attaques au Liban contre le Hezbollah.


Que s’est-il passé, dimanche et lundi matin (heure locale) ?

« Dimanche, au 100e jour de la guerre au Moyen-Orient, le ton est monté entre Israël et l’Iran après une frappe israélienne dirigée vers le Liban, qui a touché la banlieue sud de Beyrouth – un bastion du Hezbollah. Deux personnes ont été tuées et 20 autres ont été blessées, dont quatre enfants, selon le ministère de la Santé libanais.


« En réponse, pour la première fois depuis le cessez-le-feu du 8 avril dernier, l’Iran a tiré plusieurs missiles contre Israël, qui dit les avoir interceptés. Téhéran a qualifié ces tirs d’« avertissement », soutenant qu’Israël avait « franchi toutes les lignes rouges » en attaquant Beyrouth et prévenant que toute nouvelle agression ferait l’objet d’une « riposte plus forte ».


« Un porte-parole de l’armée israélienne, le général de brigade Effie Defrin, a qualifié l’acte de Téhéran de « grave erreur ». L’armée va poursuivre « dans tout le Liban » ses opérations et « intensifier la pression » sur le Hezbollah, a-t-il promis.


« Lundi, l’armée israélienne a annoncé avoir mené des frappes aériennes contre des « cibles militaires » dans l’ouest et le centre de l’Iran, puis que le pays était frappé par un nouveau barrage de missiles iraniens. En parallèle, l’Iran a également déclaré avoir ciblé des « groupes terroristes » dans le Kurdistan irakien et Israël a indiqué avoir été visé par un tir lancé du Yémen, où les rebelles houthis appuient l’Iran.


« La veille, l’Iran avait annoncé fermer son espace aérien dans l’Ouest. D’autres pays de la région avaient également annoncé faire de même, comme l’Irak et la Syrie.


En quoi les États-Unis sont-ils concernés ?

« Ces nouvelles frappes se déroulent dans un contexte tendu, alors que des négociations pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient sont engagées entre les États-Unis et l’Iran, mais également entre le gouvernement libanais et Israël – sous l’égide des États-Unis.


« Même si ces négociations sont menées de façon distincte, elles sont étroitement liées, indique Thomas Juneau, spécialiste du Moyen-Orient rattaché à l’Université d’Ottawa, Téhéran exigeant que tout accord avec Washington englobe la fin des hostilités sur le front libanais. « L’Iran considère que ces deux fronts sont unis, souligne-t-il. En termes simples, l’Iran insiste pour qu’Israël cesse de frapper le Hezbollah. »


« Mais de son côté, Israël est plutôt « marginalisé » dans les négociations entre Téhéran et Washington, indique-t-il. « C’est un élément sous-jacent à la situation dans les dernières heures », mentionne le professeur Juneau.

« Il y a beaucoup de cette angoisse, en Israël, que les États-Unis arrivent à une entente avec l’Iran qui mettrait un terme à la guerre, mais qui ne ferait pas l’affaire d’Israël. On ne parle que de ça dans les médias israéliens depuis plusieurs semaines. »


Comment a réagi Donald Trump ?

« C’est dans ce contexte que dimanche, le président américain, Donald Trump, a appelé l’Iran et Israël à calmer le jeu, craignant que ces nouvelles attaques ne mettent à mal ses négociations avec Téhéran. Il a déclaré n’être « pas très content » de cette frappe israélienne contre Beyrouth et a incité l’Iran à « revenir à la table des négociations », d’après le média Axios.


« Nous sommes sur le point de conclure un accord définitif avec l’Iran. Ce sera un bon accord. Je ne veux pas qu’il tombe à l’eau à cause de ce qui se passe actuellement », a-t-il déclaré selon le journaliste Barak Ravid, du média Axios, qui dit l’avoir eu au téléphone.


« Il a également affirmé vouloir convaincre le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, avec qui il devait s’entretenir de manière imminente, de ne pas riposter. Il a finalement plaidé, dans une interview diffusée dimanche, pour des frappes plus « chirurgicales » contre le Hezbollah.


« Les frappes israéliennes sur le Liban ont fait plus de 3560 morts depuis le début de la guerre le 2 mars, selon les autorités libanaises.


Est-ce que ces nouvelles attaques sont surprenantes ?

« Pas vraiment, selon Thomas Juneau. « Le cessez-le-feu était évidemment très fragile. Et de “petites” escalades de violence, il y en avait déjà eu plusieurs depuis début avril. »


« Depuis le cessez-le-feu, l’armée israélienne avait déjà mené de larges frappes dans le sud du Liban.


« Après des attaques américaines contre l’Iran, Téhéran avait aussi répliqué en ciblant le Koweït et Bahreïn, de même qu’un centre de commandement américain. Le premier ministre Nétanyahou avait indiqué mercredi dans une entrevue à la chaîne CNBC que « l’Iran jouait avec le feu » avec ces frappes.


« Malgré tout, Washington et Téhéran avaient réitéré vouloir poursuivre la recherche d’une solution négociée.


S’agit-il d’un tournant dans la guerre au Moyen-Orient ?

« Tout dépendra de l’intensité de la réponse d’Israël », indique le professeur Juneau. «Une réponse « forte » entraînerait une nouvelle escalade de la violence, mais mettrait aussi « toutes les négociations sous une pression énorme », note-t-il.


« Pour lui, le scénario « le plus probable » serait donc qu’Israël mène des frappes contre l’Iran, et éventuellement contre le Liban, mais qui seraient « très limitées » pour envoyer un message de désescalade. « Mais je ne parierais pas mon hypothèque là-dessus », souligne-t-il.


Article intitulé

Nouvelles frappes au Moyen-Orient - La situation pourrait-elle s’envenimer ?

Chloé Bourquin

avec l’Agence France-Presse

La Presse

le 8 juin 2026

...

07 juin 2026

Poulet au cari et au lait de coco, version simplifiée +

Parmi les nombreuses recettes de poulet en morceaux, l’une des préférées de mon  goûteur, hier dans une version simplifiée qui ne requiert que peu d’ingrédients pour être succulente et qui se cuit sur la cuisinière.

Ingrédients pour quatre

1 poulet de 1,6 kg, en 8 morceaux, la peau retirée sauf celle des ailes

1 c. à soupe d’huile d’olive

1  oignon rouge, en lamelles

1/2 poivron jaune, en lanières

2 carottes moyennes, en rondelles

2  gousses d’ail entières dans leur enveloppe + 1 râpée

2/3 tasse de vin blanc

2 c. à thé de pâte de cari doux

2/3 tasse de bouillon de poulet

1 1/2 c. à thé de fécule de maïs délayée dans 2/3 tasse de lait de coco

1 herbe fraîche, hier de la ciboulette

Sel, poivre et paprika


1. Assaisonner les morceaux de poulet de sel, de poivre et de paprika. Dans un grand poêlon ou un wok ayant un couvercle, verser l’huile et, sur feu moyennement élevé, y faire dorer les morceaux de poulet, entre 3 et 5 minutes de chaque côté. 


2. Transférer quelques morceaux de poulet dans une assiette, tasser le reste et incorporer l’oignon, le poivron et les carottes. Cuire sur feu moyen, en remuant souvent, jusqu’à ce que les oignons soient dorés environ 3 minutes. Remettre les morceaux de poulet dans la poêle avec l’ail et bien mélanger.


3. Verser le vin blanc, puis la pâte de cari et laisser bouillonner quelques minutes, puis ajouter le bouillon en remuant. Couvrir et cuire en ajustant le feu pour que la préparation bouillonne légèrement durant 45 minutes.


4. Ne reste plus qu’à ajouter le lait de coco et la fécule délayée, la sauce épaissira, la cuire encore une dizaine de minutes et c’est prêt.


Servie hier avec des pâtes courtes semblables à des petites coquilles. 






Cuba dans la tourmente - À quoi s’attendre de Washington ?

 Jamais, dans l’histoire récente du pays, Cuba n’avait subi une pression américaine aussi importante. Alors que la population est à bout de souffle, l’administration de Donald Trump lorgne l’occasion d’instaurer un changement de régime. Comment et pourquoi ? Deux experts établis aux États-Unis répondent.

La situation a-t-elle déjà été aussi grave ?

« L’île subit toute une série de pressions économiques et psychologiques d’une ampleur sans précédent », répond Christopher Hernandez-Roy, directeur du programme des Amériques au Center for Strategic and International Studies (CSIS) de Washington, en entrevue avec La Presse. « On n’a rien vu de tel dans l’histoire récente. C’est, de loin, le maximum de pression que les États-Unis ont exercée sur Cuba. »


« La situation, déjà alarmante, s’est considérablement détériorée depuis une semaine. Devant une pénurie de carburant qui se poursuit, les grands transporteurs aériens ont suspendu indéfiniment leurs vols vers l’île des Caraïbes. Les paiements par carte de crédit des géants américains Visa et Mastercard sont désormais bloqués. Des chaînes d’hôtels, comme la canadienne Blue Diamond ou l’espagnole Iberostar, ont annoncé la fermeture immédiate de plus de 70 établissements.


« De plus, quiconque ose faire affaire avec le Groupe d’administration d’entreprises (GAESA) – conglomérat militaire qui gère les secteurs clés du pays – s’expose à des sanctions du gouvernement américain, qui survole actuellement Cuba avec des drones et des avions de surveillance.


Quelles sont les conditions de vie des Cubains ?

« Les 11 millions de Cubains vivent aujourd’hui dans un contexte « probablement pire » que lors de la « Période spéciale » (Período especial) de 1990, quand l’effondrement de l’Union soviétique avait plongé le pays communiste dans la crise, selon M. Hernandez-Roy.


« Pannes de courant de 20 heures par jour, pénuries de nourriture, ordures qui s’accumulent dans les rues… Le manque de pétrole entraîne bon nombre d’effets néfastes sur le quotidien de la population. Les écoles ferment régulièrement et les transports sont à l’arrêt. Sur place, les habitants peinent à réfrigérer leur nourriture, recharger leur téléphone ou se procurer des médicaments.


« Cuba n’a jamais eu un système économique qui pouvait fonctionner sans le soutien financier d’autres pays. Mais ces nouvelles sanctions ont approfondi la crise humanitaire », note Renata Segura, directrice du programme Amérique latine et Caraïbes à l’International Crisis Group, au téléphone.


« Si l’on excepte Haïti, Cuba constitue le cas le plus critique du continent américain. Le fait que la crise étrangle tout le pays, et pas seulement une région, est particulièrement alarmant, remarque Mme Segura.


Pourquoi Donald Trump se comporte-t-il ainsi avec Cuba maintenant ? 

«D’abord, l’administration Trump a explicitement placé l’hémisphère occidental au sommet de ses priorités en politique étrangère, dans sa Stratégie de sécurité nationale (NSS) publiée en décembre 2025. « À l’évidence, on veut revitaliser la doctrine Monroe, observe Christopher Hernandez-Roy. Les États-Unis sont l’hégémon de leur région du monde, et les autres pays autour doivent s’y conformer. »


« Ensuite, pour le président, Cuba, qui représente un antagoniste de Washington, a valeur de symbole. « Ce serait une victoire pour lui de forcer un changement de leadership qui remet tranquillement Cuba dans l’orbite économique des États-Unis », poursuit l’expert.


« Trump est manifestement obsédé par son héritage. S’il force un changement de régime à Cuba, on se souviendra de lui », ajoute-t-il.


« Le président Miguel Díaz-Canel, en fonction depuis 2018, succède à Raúl Castro (2008-2018), qui est lui-même le frère du révolutionnaire Fidel Castro. Celui-ci dirigeait à La Havane depuis la révolution, près de 50 ans auparavant.


Il n’y a pas que Trump dans cette histoire, non ?

« Effectivement. Pour le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, qui est d’origine cubaine, « ramener la démocratie à Cuba est le projet de sa vie », affirme M. Hernandez-Roy. Ce potentiel candidat à la présidence désire un changement « plus structurel » que son patron, à qui une simple victoire transactionnelle qui soit favorable aux États-Unis suffirait, ajoute Mme Segura.


« Les deux experts consultés par La Presse se rallient par ailleurs au consensus international : Cuba est un régime autoritaire qui a tué des opposants, commis des actes de torture et des entorses importantes au droit humanitaire. « Personne ne devrait pleurer s’il est renversé. Ce n’est pas un régime amical, même si beaucoup de Canadiens y vont en vacances », prévient Christopher Hernandez-Roy.


Qu’en pense le public américain ?

« Début mai, un sondage de la firme YouGov révélait que 64 % des Américains sont opposés à une guerre avec Cuba, idée soutenue par seulement 15 % de la population.


« Après le Venezuela et l’Iran, s’il y avait une troisième intervention militaire, je pense qu’il y aurait un très faible soutien, hormis chez quelques tenants de la ligne dure dans la diaspora cubaine », estime Christopher Hernandez-Roy.


« De nombreux Cubains sont fiers de la révolution et opposés à une intervention des États-Unis, mais les gens sont dans un état si vulnérable qu’ils pourraient se résigner à accepter une forme de changement, enchaîne Renata Segura, de l’International Crisis Group. Particulièrement les plus jeunes, qui ont vécu toute leur vie en crise et qui n’ont vu aucun avantage à ce régime. »


À quoi s’attendre pour la suite ?

« Tant une chute soudaine du régime communiste du président Miguel Díaz-Canel que son renforcement sont possibles. Les experts n’excluent pas une action militaire américaine dans les prochains mois, mais ne s’attendent pas à une invasion à grande échelle. Donald Trump a dit souhaiter mettre un terme à son conflit en Iran avant de s’occuper activement de Cuba.


« Ce sont les détails d’un éventuel changement de régime qui demeurent « la question à un million de dollars ». L’opposition est interdite, alors qui jouerait son rôle ? La société civile est réprimée, alors qui parlerait ? « Voilà le plus gros problème » dans la tête des figures d’autorité à Washington, illustre Renata Segura.


Article intitulé

Emprise américaine sur Cuba - À quoi joue Donald Trump ?

William Thériault

La Presse

le 7 juin 2026

06 juin 2026

Entrevue avec Vladimir Kara-Mourza - Pour ne pas devenir fou

 

« Chtcharanski jouait des parties d’échecs contre lui-même. Boukovski construisait des châteaux imaginaires dans les moindres détails architecturaux.


« Moi, même si je suis russe, je suis nul aux échecs et je ne sais pas faire de construction, alors j’ai appris l’espagnol », me dit Vladimir Kara-Mourza, de passage à Ottawa la semaine dernière.


« L’homme de 44 ans est probablement l’opposant au régime de Vladimir Poutine le plus célèbre. Je veux dire : parmi ceux qui ne sont pas morts. Comme Alexeï Navalny, mort emprisonné en 2024. Ou Boris Nemtsov, politicien libéral assassiné en 2015 tout près du Kremlin, et pour qui Kara-Mourza avait travaillé.


« Ils ont été tués par ordre direct de Poutine », dit Kara-Mourza, lui-même victime de deux tentatives d’assassinat par empoisonnement qui l’ont plongé dans le coma, en 2015 et en 2017. Après un bref exil à Washington, il est malgré tout retourné héroïquement en Russie après l’invasion de l’Ukraine, en 2022, pour poursuivre sa lutte contre le régime. Cette fois, il a été condamné à 25 ans de pénitencier pour « haute trahison ».


« On a l’impression que votre emprisonnement en Sibérie ressemble aux descriptions du goulag soviétique…


— Ça ne ressemble pas, c’est exactement la même chose. Comme historien, j’ai étudié l’histoire des dissidents pendant l’Union soviétique. Je relisais les mémoires des dissidents, Vladimir Boukovski, Nathan Chtcharanski, Soljenitsyne, d’autres, et c’est fou comment rien n’a changé. J’avais l’impression d’habiter dans leurs livres. Tout est pareil. Les cellules. L’horaire de la journée. Le froid. La chaleur. À Omsk, on vit sous le climat continental extrême. C’est -40 °C en hiver et 40 °C en été. Au moins, l’hiver, on peut s’abriter.

« Le pire, toutefois, c’est l’isolement. J’ai compris pourquoi les règles Nelson Mandela de l’ONU considèrent qu’après 15 jours, l’isolement est considéré comme une forme de torture. »


Sur les deux ans et demi de détention, il a passé un an complet en isolement.


« On commence à devenir fou. Vous êtes dans une cellule de trois mètres sur quatre, avec de petites fenêtres, il n’y a rien à faire, vous n’avez aucun contact. J’avais droit à un livre dans la cellule de confinement et à deux dans la cellule ordinaire. Je pouvais les changer. Pendant le carême, je lisais la Bible. Je lisais Dostoïevski, lui aussi a été emprisonné. Soljenitsyne. Beaucoup de littérature russe…


« Mais aussi, j’ai pu acheter un livre d’espagnol de niveau universitaire, dit-il dans un français impeccable. Je le mémorisais. Ce n’était pas pour parler espagnol, mais pour ne pas devenir fou. Ce n’est pas une métaphore. On devient fou. On ne sait plus où est la frontière du réel. On commence à oublier les mots, les noms, on parle avec les murs. Si j’étais vraiment devenu fou, j’aurais pu hurler aux gardes dans un castillan parfait. »


« Seul changement depuis le goulag, dit-il : la permission de correspondre. Une heure et demie par jour, il avait droit à du papier et un stylo. C’est ainsi que, dans ses lettres à sa femme, il écrivait des chroniques pour le Washington Post.


« Le 1er août 2024, un échange de prisonniers impliquant huit pays lui a permis d’être libéré avec 26 autres personnes et de retrouver sa femme et ses enfants aux États-Unis.


« Depuis, il a repris des forces et se consacre à deux tâches : plaider pour libérer les prisonniers politiques en Russie et préparer le retour à la démocratie dans son pays.


« Selon les données publiques, il y a plus de 2000 prisonniers politiques en Russie. C’est une catastrophe. Dans les années 1980, pour l’ensemble des 15 républiques soviétiques, il y en avait 750.

- Vladimir Kara-Mourza 


« C’est une question de liberté, bien sûr, mais aussi de vie ou de mort. Depuis ma libération, 42 d’entre eux sont morts en prison. Sept cette année seulement. »


S’il s’est déplacé au Parlement canadien, c’était pour témoigner en faveur d’un élargissement des sanctions contre les dirigeants russes. Le projet de loi C-219, présenté par le député conservateur James Bezan et appuyé par d’autres députés, vise à étendre les sanctions « Magnitski », du nom d’un avocat russe anticorruption mort emprisonné.


« Sous l’impulsion de Kara-Mourza et d’autres, les États-Unis, le Canada et l’Union européenne ont adopté depuis 14 ans une loi visant les hauts dirigeants et oligarques russes, les interdisant de territoire, d’accès au système bancaire ou de toute propriété. Cela n’empêche pas les membres de leurs familles de voyager, d’étudier ou de s’installer dans ces pays. « Ils se cachent derrière leur famille, dit-il. Il faut augmenter la pression. »


« La politique de l’administration Trump est honteuse. C’est une politique de normalisation des relations avec un dictateur, un usurpateur, un meurtrier. Et on l’a vu marcher sur le tapis rouge avec le président des États-Unis en Alaska. Beaucoup de présidents des deux partis ont fait la même chose. George Bush a regardé Poutine dans les yeux et dit avoir vu son âme, Barack Obama a appuyé la réinitialisation et l’apaisement… Mais avec Trump, ça va plus loin. Trump aime vraiment Vladimir Poutine. Il veut être comme lui, avec un système sans élections, sans justice indépendante, sans médias indépendants. Quand Poutine est arrivé au pouvoir, la Russie avait connu seulement 10 ans de démocratie. Elle était jeune et faible, c’était facile de la détruire. Aux États-Unis, cela fait 250 ans, c’est plus difficile… »


« Mais où se situe l’opinion publique russe ?

« Il faut se méfier des sondages en Russie, un homme a été condamné à cinq ans de prison, seulement pour avoir critiqué la guerre au téléphone. Malgré tout, le seul institut indépendant, Levada, indique que 62 % des Russes veulent un traité de paix avec l’Ukraine. On peut seulement imaginer quel est le vrai portrait. »


La meilleure lecture de l’opinion, cela dit, est dans le comportement répressif du régime. Tous les opposants à la guerre sont classés comme « agents de l’étranger » ou « extrémistes ».


« C’est faux de dire que les Russes soutiennent la guerre, sinon ils les laisseraient. Ils ont peur. »


***


Le régime semble pourtant inamovible…


« Je repense souvent au titre d’un ouvrage sur la fin du régime soviétique : « C’était éternel jusqu’à ce que ça disparaisse.» Il est tombé en trois jours en août 1991. Comme le régime impérial tsariste en 1917. Je suis profondément convaincu que les changements arriveront de manière aussi soudaine. Poutine est devenu paranoïaque, il se cache dans ses bunkers, n’apparaît presque plus en public. Ce sera peut-être dans deux semaines ou dans trois ans. Mais il faut être prêt. On ne peut pas répéter l’erreur des années 1990. Les fenêtres historiques sont toujours très courtes. Il faut préparer cette feuille de route des changements démocratiques immédiatement. »


« Quand Poutine partira, ce ne sera pas la démocratie, mais il y aura une occasion de l’installer. »

- Vladimir Kara-Mourza 


Pour cela, une sorte d’école parlementaire russe existe au Conseil de l’Europe, où une vingtaine de dissidents russes de toutes tendances se réunissent.


« Il y a un stéréotype cultivé par Poutine. C’est vrai que la tradition démocratique a été plus faible que la tradition autoritaire, mais elle existe et peut s’installer. Il y a eu des débats dans l’Église orthodoxe russe remontant au XVe siècle. La Russie a connu une sorte de Magna Carta en 1550 qui créait des garanties judiciaires. Au XVIIe siècle, une première tentative de monarchie constitutionnelle a été entreprise. Il y a eu le soulèvement des décembristes en 1825. De 1905 à 1917, la Russie était une démocratie constitutionnelle. Et dans les années 1990, il y avait de graves problèmes économiques, mais des élections libres et des médias indépendants.


« L’installation d’une démocratie n’est pas seulement dans notre intérêt, mais dans celui du monde entier. La répression interne et les agressions à l’extérieur du pays sont les deux faces de la même médaille. Le gouvernement qui ne respecte pas les droits de ses citoyens ne respecte pas les frontières de ses voisins. La paix et la sécurité en Europe dépendent de la démocratie en Russie.


En plus de prendre des sanctions, il faut saisir les biens russes gelés en Occident [300 milliards]. « C’est Poutine qui détruit l’Ukraine, ce devrait être lui qui paie pour reconstruire l’Ukraine. »

-Vladimir Kara-Mourza 


« À vivre tout ce qu’il a vécu, et la menace constante qui pèse sur lui-même à l’étranger, on pourrait comprendre qu’il abdique.


« Tout ce qui m’est arrivé a renforcé ma conviction que ce que je fais est juste. Pas un seul moment je n’ai douté. J’ai peur, comme tout le monde. Mais il faut agir malgré cela. Si on ne fait rien, les dictatures ne tombent pas d’elles-mêmes. Le but de toute ma vie est de transformer la Russie en un pays démocratique. Il y a 50 ans, la moitié de l’Europe était sous dictature. Maintenant, il en reste seulement deux, la Russie et la Biélorussie. »


Entrevue intitulée

«Les dictatures ne tombent pas d’elles-mêmes »

Yves Boisvert

La Presse

le 6 juin 2026