09 septembre 2026

La démocratie étatsunienne en déroute ? Oui mais il y a de l’espoir!



« La démocratie se détériore à une vitesse fulgurante aux États-Unis, rapporte Ian Bassin, directeur général de l’organisation américaine Protect Democracy, qui est de passage à Montréal. Il a cependant expliqué à notre chroniqueur que l’optimisme demeure permis… et même encouragé !


Lorsqu’on demande à Ian Bassin d’évaluer l’état de la démocratie aux États-Unis, ce juriste répond comme un médecin.


Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle, affirme le cofondateur et directeur général de l’organisation américaine Protect Democracy, qui a été conseiller juridique adjoint de la Maison-Blanche il y a une quinzaine d’années, sous Barack Obama.


Attachez vos tuques, car la mauvaise nouvelle est… très mauvaise.


Donald Trump est de retour au pouvoir depuis environ 20 mois. Ian Bassin signale qu’au cours de cette période, la démocratie s’est érodée plus rapidement aux États-Unis qu’en Russie pendant les 20 mois qui ont suivi l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir. Et plus vite qu’en Turquie, pendant une période comparable, après la première victoire électorale du président Recep Tayyip Erdoǧan.


Autrement dit, la vitesse à laquelle la démocratie se dégrade chez nos voisins est spectaculaire.


La bonne nouvelle, en revanche, est très encourageante.


« C’est que le peuple américain se rebelle politiquement contre tout cela et s’en détourne avec horreur », affirme cet expert, que j’ai interviewé par visioconférence avant son arrivée à Montréal, où il prononcera une conférence dans le cadre du Sommet québécois pour l’état de droit. L’évènement est organisé cette semaine par le Barreau du Québec.


L’autre lueur au tableau, c’est que le président républicain a commis une erreur colossale depuis qu’il a été réélu.


« L’échec fondamental de Donald Trump réside dans le fait qu’il est devenu impopulaire avant d’avoir fini de consolider son pouvoir », explique-t-il.


« Comme on l’enseigne à l’école des autocrates, il faut procéder dans l’ordre inverse : consolider le pouvoir avant de devenir impopulaire, de sorte que lorsque vous prenez des mesures contestées, le peuple n’a plus aucun recours contre vous. Donald Trump a dû rater ce cours », lance le juriste en souriant.


« En conséquence, je pense qu’il va subir un retour de bâton politique de la part du peuple américain pour sa corruption, ses abus et son incompétence. »


Ian Bassin estime que les républicains vont perdre des plumes lors des élections de mi-mandat du 3 novembre prochain et que Donald Trump va en ressortir affaibli.


« Nous sommes à 60 jours du scrutin et il est très révélateur qu’il ne cherche pas à convaincre les gens de voter pour son programme, son bilan ou son parti, mais qu’il cherche plutôt à empêcher les gens de voter. C’est un aveu de faiblesse. Il est profondément impopulaire, alors il cherche à rendre le vote plus difficile pour ceux qui n’approuvent pas sa gestion », fait-il remarquer.


Je pense que les gens vont aller voter en très grand nombre, parce que lorsque quelqu’un tente de vous retirer votre droit de voter, ça vous incite à y tenir encore plus fermement. Si les sondages disent vrai, les électeurs rendront un verdict très négatif sur ses deux années depuis son retour au pouvoir.

- Ian Bassin


Je lui pose alors la question à 1 million de dollars : qu’en est-il de l’intégrité du scrutin à venir ? Sera-t-elle respectée ?


« L’environnement électoral » n’est déjà pas « entièrement libre et équitable », reconnaît-il.


Il cite le redécoupage électoral partisan sauvage qui s’est déroulé récemment dans plusieurs États et le fait que la Cour suprême a invalidé une section de la loi sur le droit de vote (Voting Rights Act). Celle-ci « protégeait le droit de vote des Noirs dans le Sud depuis 1965 ».


Ian Bassin juge néanmoins que cet environnement est « suffisamment » libre et équitable « pour permettre une élection qui reflétera assez fidèlement la volonté du peuple américain ».


Là encore, son espoir repose sur le fait que l’insatisfaction à l’égard du président républicain est à son comble.


« Si le président était actuellement plus populaire, et donc plus puissant, il pourrait avoir suffisamment de leviers pour contraindre certains acteurs [des institutions démocratiques] à devenir ses complices pour miner davantage l’intégrité du système électoral. Mais le fait qu’il ne soit pas très populaire à l’heure actuelle signifie qu’il va être très difficile de persuader ou de forcer ces gens à faire quelque chose qu’ils ne seraient pas naturellement portés à faire », ajoute cet expert.


« Ainsi, je pense que si tous les groupes de la société civile, tous les autres contre-pouvoirs de notre système et, plus important encore, le peuple américain s’engagent dans ce que j’appelle une citoyenneté active, au bout du compte, l’élection se déroulera dans l’ensemble comme prévu. Avec certes quelques turbulences en chemin, mais l’avion atterrira en toute 

sécurité. »


Son optimisme à ce sujet est réconfortant. Mais il reste que pour l’instant, « les choses ne vont pas bien du tout » aux États-Unis, rappelle-t-il.


« C’est d’ailleurs ce dont je vais parler ce mercredi [à Montréal]. Au XXIe siècle, nous traversons une récession démocratique mondiale », précise Ian Bassin.


Il rappelle que des politologues comme Steven Levitsky (qui enseigne à l’Université Harvard) ont démontré que les démocraties ne s’effondrent généralement plus à la suite de coups d’État militaires. Désormais, souvent, des dirigeants élus démocratiquement les démantèlent de l’intérieur.


Et c’est exactement ce qui est en train de se passer sur le sol américain.


Ian Bassin a identifié les sept étapes de la dégradation démocratique. C’est ce qu’il qualifie de « manuel de 

l’autocrate ».


. La politisation des institutions indépendantes (comme la fonction publique, les forces de l’ordre et l’armée)

. La propagation de la désinformation à partir du gouvernement

. La croissance du pouvoir exécutif aux dépens des contre-pouvoirs

. La répression de la dissidence

. La désignation de boucs émissaires parmi les groupes vulnérables

. La corruption des élections

. L’incitation à la violence


« Nous avons vu toutes ces choses se manifester aux États-Unis ces dernières années », résume cet expert.


Il insiste toutefois sur le fait qu’il importe de rester optimiste. Premièrement, parce qu’il estime que son pays a « franchi un cap crucial et que, aussi sombre que soit la situation, il existe une voie pour éviter le pire ».


Deuxièmement, parce que continuer à faire preuve d’optimisme est un choix stratégique, explique-t-il.


« Les autocrates se nourrissent du désespoir et du sentiment d’impuissance. Ils ont besoin que les citoyens sentent qu’il ne sert à rien de participer, qu’ils soient effrayés et isolés les uns des autres. La démocratie, elle, se nourrit du sentiment de capacité d’action des gens et de l’espoir que nous pouvons réellement influer sur notre avenir. Je pense donc qu’il existe une issue pour sortir de l’obscurité dans laquelle nous sommes, et qu’il est essentiel de nous le rappeler chaque jour. »


Il est bien difficile, à ce sujet, de lui donner tort.»


Chronique intitulée

Trump aurait-il échoué à son brevet d’autocrate ?

Alexandre Sirois

La Presse

Le 9 septembre 2026

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08 septembre 2026

Guerre tarifaire États-Unis-Canada - Un enjeu pour les élections de mi-mandat

 


« Alors que les États-Unis se préparent à des élections de mi-mandat décisives en novembre prochain, un nouvel enjeu inattendu occupe l’esprit des électeurs dans de nombreux États : l’escalade de la guerre commerciale entre le président Donald Trump et le Canada.


« Le Canada est notre ami, notre plus proche allié et notre premier partenaire commercial », a déclaré la sénatrice républicaine du Maine, Susan Collins, à Politico, dans une entrevue publiée la semaine dernière.


« Ce n’est pas de la Chine que nous parlons. Ce n’est pas un pays hostile. Et… nos économies sont tellement liées que si vous essayez de nuire à l’une, vous finissez par nuire au Maine. »


Mme Collins est depuis longtemps une figure politique influente dans son État frontalier, mais les politiques impopulaires de Donald Trump — notamment sa campagne de droits de douane contre le Canada — ont mis son siège en péril.


Le Canada est le premier partenaire commercial du Maine et de nombreuses industries clés de l’État, comme celles des produits de la mer et du bois d’œuvre, sont étroitement liées aux secteurs canadiens. Mme Collins a reconnu que les droits de douane imposés au Canada étaient « terribles pour le Maine » et rendaient sa réélection beaucoup plus difficile.


Si le siège de Mme Collins dans le Maine est peut-être le plus menacé, il n’est pas le seul à être ébranlé par les attaques de M. Trump contre le Canada, alors que les républicains cherchent à conserver le pouvoir au Congrès.


Matthew Lebo, professeur de sciences politiques à l’Université Western de London, en Ontario, a expliqué que les tendances historiques à long terme montrent que, en général, les élections de mi-mandat sont souvent défavorables au parti du président au pouvoir.


De nombreux observateurs politiques prédisent depuis un certain temps que la Chambre des représentants basculera du côté des démocrates, mais le Sénat pourrait désormais également être en jeu, a ajouté M. Lebo.


« Certains des États clés qui sont devenus des États indécis sont ceux qui entretiennent des relations commerciales très étroites avec le Canada », a indiqué M. Lebo, citant l’Alaska, l’Iowa, le Maine, le Michigan et l’Ohio.


« Il y a des candidats républicains qui sont confrontés à des politiques commerciales défavorables au Canada, qui compliquent les exportations vers ce pays et rendent certaines importations très coûteuses pour les habitants de ces États. »


Contre-mesures dans des États clés

Les relations entre le Canada et les États-Unis ont été bouleversées par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Du jour au lendemain, le Canada s’est retrouvé la cible de droits de douane et de menaces d’annexion de la part d’un président qui le considère davantage comme un adversaire que comme un allié proche.


Alors que les Canadiens ont suivi de très près ces bouleversements, de nombreux Américains n’ont pas pris conscience de la détérioration de ces relations. Cela a changé le mois dernier, lorsque les tensions se sont intensifiées après l’échec des négociations commerciales entre les deux pays.


Donald Trump a ensuite imposé des droits de douane de 50 % sur toute une série de produits canadiens, allant des bâtons de hockey au ciment en passant par le miel. Il a également intensifié sa rhétorique anticanadienne et signé un décret visant à rebaptiser le lac Ontario « Lake America ».


Le Canada s’apprête à mettre en œuvre ses contre-mesures mardi. Bon nombre d’entre eux visent des secteurs clés dans des États où la course aux élections de mi-mandat s’annonce serrée.


Les deux pays se sont mutuellement accusés d’avoir apporté des modifications de dernière minute aux négociations. L’équipe de M. Trump s’est exprimée sur les chaînes d’information américaines pour tenter de rejeter la responsabilité sur Ottawa et d’accuser le premier ministre Mark Carney d’avoir fait échouer un accord pour des raisons de politique intérieure.


M. Carney, réfutant ces allégations, a déclaré la semaine dernière qu’il ne pensait pas que « les membres du gouvernement américain, nommés et non élus, soient des experts en politique canadienne ».


Il est difficile de savoir si les arguments de l’administration Trump concernant la guerre commerciale fonctionnent. Tant les droits de douane que la décision de renommer le lac Ontario s’avèrent très impopulaires auprès des Américains.


Un sondage Ipsos/Reuters publié la semaine dernière indiquait que deux Américains sur trois désapprouvaient le changement de nom du lac. Il révélait également que seuls 20 % des Américains étaient favorables à une hausse des droits de douane à l’encontre du Canada.


Une source non autorisée à s’exprimer publiquement a fait savoir que des républicains issus d’États frontaliers avaient approché le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, lors d’un événement à la Maison-Blanche le 2 septembre. Ils ont demandé au responsable des affaires commerciales de Donald Trump de trouver une issue à la guerre commerciale, car celle-ci devenait politiquement toxique, a précisé la source.


Une opportunité pour les démocrates

Les démocrates n’ont pas tardé à exploiter les faiblesses mises en évidence par la guerre commerciale avec le Canada. Abdul El-Sayed, candidat démocrate au Sénat dans le Michigan, a déclaré la semaine dernière que « cette guerre de vanité n’est pas une guerre contre le Canada. »


« C’est une guerre contre le Michigan, car c’est nous qui en payons le prix, a-t-il ajouté. Et nous le payons chaque jour pour des produits qui ne devraient pas coûter aussi cher. »


M. Lebo a mentionné que certains candidats républicains tentaient déjà de prendre leurs distances de M. Trump et de ses droits de douane imposés au Canada.


Alors que la gouverneure démocrate de New York, Kathy Hochul, n’a pas mâché ses mots pour critiquer la guerre commerciale avec le Canada, son adversaire soutenu par M. Trump, Bruce Blakeman, s’est montré plus évasif.


« Je ne vais pas m’exprimer sur les questions fédérales », a déclaré M. Blakeman, à la fin août, lorsqu’il a été interrogé par Spectrum News au sujet des tensions commerciales.


D’autres républicains en rajoutent une couche. Anthony Constantino, candidat républicain pour un siège à la Chambre des représentants dans l’État de New York, a qualifié le changement de nom du lac Ontario de « génie marketing » et a affirmé que « M. Trump avait fait preuve de force dans les négociations avec le Canada en jouant la carte dont il disposait ».


Christopher Sands, directeur du Centre d’études canadiennes de l’université Johns Hopkins, a expliqué que, dans une perspective plus large, l’économie américaine est en pleine mutation, ce qui engendre une grande incertitude à l’approche des élections de novembre.


La guerre avec l’Iran, la hausse des prix de l’essence et les droits de douane ont affecté l’investissement et l’emploi nationaux, à un moment où la question principale du scrutin est le pouvoir d’achat.


M. Sands a ajouté que, même si aucun des deux partis ne peut s’attendre à ce que ça soit un jeu d’enfant en novembre, M. Trump a offert une opportunité aux démocrates en s’en prenant au Canada.


Les démocrates cherchent depuis longtemps un sujet susceptible de rassembler les membres centristes du parti et les factions plus à gauche, comme les Democratic Socialists of America. M. Sands croit que la guerre commerciale avec le Canada pourrait bien remplir ce rôle.


« Ils estiment pouvoir faire valoir qu’il s’agit d’une guerre commerciale absurde, a-t-il expliqué. Je pense que la plupart des Américains ne comprennent même pas pourquoi elle a lieu. »


Article intitulé

La guerre commerciale avec le Canada devient un enjeu électoral aux États-Unis

Kelly Geraldine Malone

La Presse canadienne

Le Devoir

Le 8 septembre 2026

07 septembre 2026

Poulet sauté à la niçoise +

J’avais donné trois étoiles à cette recette le 4 juillet 1999. Elle était publiée dans un petit fascicule de Coup de Pouce, un magazine qui contenait à l’époque des recettes différentes de celles que je connaissais, mettant l’accent sur les cuisines du monde avec des ingrédients parfois nouveaux pour nous, par exemple des olives noires et des câpres. Je l’ai refaite hier et nous l’avons trouvée savoureuse, même si elle nous a semblé moins exotique que dans «notre» bon vieux temps.

Ingrédients pour quatre

1 poulet de 1, 3 kg, en 6 ou 8 morceaux, la peau retirée sauf celle des ailes

2 c à soupe d’huile d’olive + 1 c à thé de beurre

2 oignons jaunes moyens, en quartiers, ceux-ci en deux

2 c à thé d’herbes sèches, origan (1), thym (1/2) basilic (1/2)

1 ou 2 feuilles de laurier

1 ou 2 gousses d’ail entières

1/2 tasse de vin blanc

3/4 tasse de bouillon de poulet (mon ajout)

2 c. à soupe de concentré de tomate

12 olives noires, dénoyautées et hachées au couteau

2 c. à soupe de petites câpres

3 c. à soupe de persil

1 c. à soupe de fécule de maïs délayée dans un peu d’eau (mon ajout)

Sel, poivre et paprika au goût


La cuisson se fait sur la cuisinière dans un grand poêlon muni d’un couvercle et cuit une peu plus d’une trentaine de minutes.


1. Saler et poivrer les morceaux de poulet et les saupoudrer de paprika. Dans un grand poêlon ayant un couvercle, faire dorer les morceaux de poulet sur toutes leurs faces dans l’huile et le beurre.


2. Tasser les morceaux de poulet d’un côté du poêlon et jouter les lamelles d’oignon.  Les dorer à leur tour avant d’ajouter l’ail.


3. Verser le vin, porter à ébullition, laisser réduire 3 minutes, verser ensuite le bouillon et le concentré de tomate, porter à ébullition, réduire le feu, couvrir et poursuivre la cuisson 30 minutes en retournant les morceaux de poulet à la mi-cuisson.


4. Dans le poêlon, ajouter ensuite les olives,  les câpres, le persil et la fécule délayée  et laisser cuire à découvert une dizaine de minutes. 


*Servi hier avec des farfalles et des betteraves jaunes.




Élection régionale en Allemagne - Victoire historique de l’extrême-droite

« (Magdebourg) L’extrême droite allemande a revendiqué une victoire électorale historique dimanche en Saxe-Anhalt et infligé un camouflet au chancelier conservateur Friedrich Merz, même si elle semble rater la majorité absolue de peu, selon les résultats préliminaires.


L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), formation antimigrant, russophile et pro-Trump, est devenue aux législatives de 2025 le premier parti d’opposition du pays.  


Avec un score de près de 44 % en Saxe Anhlat, un de ses bastions de l’ex-Allemagne de l’Est, elle devance largement les conservateurs (CDU) crédités de 17,5 %, selon des résultats préliminaires publiés par les chaînes publiques ARD et ZDF.


La droite radicale obtiendrait 39 sièges, à trois élus de la majorité absolue au parlement régional, ouvrant la voie à une période de tractations.


Pour l’atteindre, elle devra débaucher dans d’autres partis, comme la CDU, ou former une alliance de circonstances avec le mouvement de gauche prorusse BSW, par exemple, qui obtient quatre élus, selon ZDF et ARD, et n’est pas opposé à une coopération au cas par cas.


Les sociaux-démocrates (SPD), la gauche radicale Die Linke et les Verts tournent eux autour de 9 %. Un score trop faible pour empêcher l’AfD de gouverner.


Aucune région allemande n’a été dirigée par l’extrême droite depuis 1945.

« Nous avons écrit l’Histoire dans ce pays », a répété toute la soirée Ulrich Siegmund, chef régional de l’AfD.


« Bien entendu, nous avons un mandat de gouvernement », a-t-il aussi tonné devant ses soutiens à Magdebourg, capitale régionale de cette région pauvre d’ex-RDA de 2,1 millions d’habitants.


Main tendue

Il a ajouté « tendre la main » à quiconque « souhaite résoudre avec nous les problèmes fondamentaux de ce Land ».


Cette claque électorale est « un signal envoyé à Berlin », qui doit « réfléchir à la voie des réformes empruntée », a reconnu le vice-chancelier Lars Klingbeil, membre des sociaux-démocrates, au micro de la ZDF.


Le chancelier Friedrich Merz n’avait pas réagi dans l’immédiat et prévoit de s’exprimer lundi, après une réunion de la CDU.


« C’est un moment grave en Europe de voir l’extrême droite l’emporter dans une élection régionale en Allemagne », a réagi ministre français chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, sur X.


À Magdebourg, les partisans de l’AfD ont exulté en voyant les scores, selon une journaliste de l’AFP présente à la fête du parti.


« Je préfère toujours être un peu pessimiste au préalable pour être agréablement surpris après coup. Et c’est le cas aujourd’hui », confie à l’AFP Angela Maike, retraitée de 65 ans en commandant deux bières et un verre de vin rouge pour célébrer avec ses camarades.


La co-dirigeante nationale de l’AfD, Alice Weidel a elle appelé « à la CDU, ou une partie de la CDU » à venir vers elle.


Avec entre 44 et 44,5 %, l’Alternative pour l’Allemagne devance largement les conservateurs (CDU) qui obtiendraient 18,5 %, selon les sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote pour les chaînes ARD et ZDF.


Le parti du chancelier Merz exclut toute alliance, mais l’ampleur de la défaite pourrait relancer le débat, certains cadres militant depuis longtemps pour un rapprochement.  


Consterné

S’il gouverne, M. Siegmund a promis de multiplier les expulsions d’étrangers, de modifier les programmes scolaires d’histoire, trop centrés à son goût sur la culpabilité de l’Allemagne du IIIe Reich ou encore de sortir de l’audiovisuel public, jugé anti-AfD.


« Je suis personnellement consterné par le résultat de cette élection », a réagi le président du Conseil central des Juifs en Allemagne, Josef Schuster, au journal Die Welt.


Vedette des réseaux sociaux, M. Siegmund joue aussi sur la nostalgie de la RDA de ses sympathisants, qui s’estiment défavorisés par rapport à leurs cousins de l’ouest et aux migrants.


Dimanche, il est arrivé au bureau de vote avec sa femme Julia sur une Simson, mobylette iconique de l’ex-Allemagne de l’Est.


« Il est vraiment très bon et proche des gens ordinaires, il va vers les gens, donne la parole à chacun ou les écoute », dit à l’AFP Peter Harmuth, agent d’entretien de 56 ans.


La défaite est retentissante pour les conservateurs, avec un score divisé par deux par rapport à 2021.


Holger Schmieding, analyste pour la banque Berenberg, prédit une « période d’introspection sérieuse, et potentiellement tumultueuse » pour le parti.


M. Merz, arrivé au pouvoir en mai 2025 avec un programme de durcissement migratoire pour siphonner les voix de l’AfD, est au plus bas dans les sondages, plombé par une économie en difficulté, des disputes avec ses alliés sociaux-démocrates et des gaffes à répétition.  


De son côté, Sven Schulze, a reconnu dimanche soir sa cuisante défaite et félicité le gagnant : « Les électeurs ont ainsi envoyé un message clair », a-t-il dit, souhaitant que les dirigeants régionaux et nationaux prennent « pleinement la mesure de ce signal ».  


Des renforts policiers ont été déployés dimanche de crainte de débordements entre pro et anti-AfD. Des grilles métalliques ont été érigées autour du Landtag, le parlement régional, et de nombreux policiers patrouillent, selon des journalistes de l’AFP.


Article intitulé

Importante victoire de l’extrême droite lors d’une élection régionale

Céline Le Prioux avec Edouard Merlo

Agence France-Presse

La Presse 

Mis à jour le 6 septembre à 17 h 16