03 juillet 2026

« Être américain », une fierté qui bat de l’aile

« Alors que les États-Unis se préparent à franchir samedi un marqueur important de leur jeune histoire, en célébrant le 250e anniversaire de naissance du pays, la fierté des Américains, elle, semble avoir été passablement affectée par le retour triomphal et brutal de Donald Trump au pouvoir. Et elle s’affiche désormais à son plus bas niveau depuis le début du siècle.


« C’est ce qu’indique un sondage Gallup, qui révèle que 53 % des 1001 adultes sondés au pays dans les premiers jours de juin se disent aujourd’hui « très fiers » ou « extrêmement fiers » d’être Américains. Une majorité, certes, mais loin de celle, écrasante, de 87 % exprimée en janvier 2001, souligne l’institut de mesure de l’opinion.


« Plus d’un an et demi après la reprise du pouvoir par le populiste à Washington, la mise en place de ses politiques répressives, les attaques contre le système démocratique et le bourbier iranien dans lequel il a conduit son pays, la fierté identitaire des Américains poursuit un lent déclin, en suivant les lignes de faille idéologiques qui fracturent le pays.


« Ainsi, 14 % des électeurs démocrates sont encore capables de se dire extrêmement fiers d’être Américains, une baisse considérable de 40 points par rapport au début du millénaire. Les électeurs se qualifiant d’indépendants nourrissent une tendance similaire, à 28 %, contre 46 % il y a 25 ans. Seuls les républicains cultivent encore l’extrême fierté d’être Américain, à 70 %, une hausse depuis 2001, où ils étaient 64 % à se décrire ainsi.


Currently, 70% of Republicans, 28% of independents and 14% of Democrats say they are extremely proud to be American. 

— Gallup (@Gallup) July 1, 2026 


« À la veille d’une journée censée rassembler dans la fête l’ensemble des Américains autour d’un récit fondateur, et ce, pour mieux attiser le sentiment d’appartenance à une nation et à ses valeurs de liberté et d’indépendance, l’optimisme et la gaieté ont déserté en partie l’opinion publique.


« À preuve : 28 % des personnes interrogées il y a quelques semaines par le NORC Center for Public Affairs Research pour le compte de l’Associated Press (AP) étaient fières du fonctionnement de la démocratie américaine en 2026, alors qu’ils étaient 42% en 2017. Le déclin en accompagne un autre, puisque désormais, deux tiers des adultes estiment qu’un gouvernement démocratiquement élu est primordial pour l’identité des États-Unis, contre 80 % cinq ans plus tôt, à peine.


« Depuis le début du premier mandat de Donald Trump, en 2017, la fierté des Américains sur plusieurs éléments clefs de l’identité américaine ne cesse de s’éroder. C’est le cas des forces armées, qui attisent la fierté de 59 % de la population, contre 78 % il y a neuf ans à peine. La fierté dans l’histoire du pays est également en baisse de 15 points, à 44 %, tout comme celle exprimée envers l’influence du pays à travers le monde, à 24 %, contre 33 % en 2017.


« Je me demande ce que nous célébrons réellement », s’est demandé au début de la semaine l’essayiste et professeur en études afro-américaines de l’Université Princeton, Eddie Glaude, sur les ondes de MS NOW en réfléchissant à haute voix sur le sens des célébrations du 250e anniversaire de naissance des États-Unis. « Est-ce une version idéalisée de l’Amérique, cette idée que nous sommes un phare de la liberté et que notre perfection a été acquise par notre salut, ou bien sommes-nous plutôt en train de constater le décalage entre nos idéaux et nos actions ? » a-t-il poursuivi.


« Un décalage ressenti sans doute par trois Américains sur dix qui estiment qu’il existe aujourd’hui de meilleurs pays dans le monde que les États-Unis, selon le sondage AP-NORC. Ils étaient 19 % de cet avis en juin 2016.


Déclin mondialisé

« Le reste du monde semble désormais soutenir cette perception négative des États-Unis en exprimant à 57 % une opinion défavorable envers le pays, indique une vaste enquête menée dans un bassin de 42 000 personnes dans 36 pays par le centre de recherche américain Pew Research Center. Les résultats viennent d’être rendus publics. C’est plus que le sentiment négatif de 49 % exprimé à l’endroit du pays de Donald Trump en janvier 2025, dans 24 pays.


« Le déclin est d’ailleurs hautement significatif au Canada, où l’impression que les États-Unis peuvent encore et toujours être considérés comme un partenaire fiable a chuté de 48 points en quatre ans seulement. Elle est désormais partagée par 35 % de la population, contre 84 % en 2022, soit la baisse la plus importante enregistrée dans les différents pays sondés où la confiance envers l’Amérique de Donald Trump décline également, précise l’organisme américain.


« Un Donald Trump qui, ironiquement, a décidé de se placer au centre de l’attention générée par les célébrations nationales du 250e anniversaire des États-Unis, sans doute dans l’espoir de lustrer une image qui, dans son pays comme ailleurs dans le monde, ne cesse de ternir.


« Dans 26 des pays et régions du globe étudiés, le populiste inspire désormais moins confiance que d’autre chefs d’État, à 23 % d’opinions favorables dans sa capacité à gérer convenablement les affaires mondiales, loin derrière le président français, Emmanuel Macro (43 %), le président ukrainien, Volodymyr Zelensky (35 %), et même le président chinois, Xi Jinping (34 %), et le président russe, Vladimir Poutine (31 %), résume le Pew, qui souligne : « Seul le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, obtient un score inférieur », soit 18 %. »


Article intitulé

Des Américains moins fiers que jamais d’être américains

Fabien Deglise

Le Devoir

le 2 juillet à 18h 05

... 

02 juillet 2026

Guerre en Ukraine - Des chiffres qui font réfléchir


(Washington) La guerre en Ukraine a fait plus de deux millions de victimes militaires russes et ukrainiens-blessés, tués et disparus confondus-selon une étude publiée mercredi par un cercle de réflexion américain. 

« Moscou a subi le plus gros des pertes, avec 400 000 à 450 000 morts sur un total estimé à 1,4 million de victimes parmi ses troupes depuis l’invasion de l’Ukraine il y a plus de quatre ans, selon le Center for Strategic and International Studies (CSIS). 


« L’armée ukrainienne a, de son côté, subi la perte de 125 000 militaires. Et 525 000 à 625 000 de ses soldats ont été blessés.  


« Le nombre de morts russes en Ukraine est plus de quatre fois supérieur au nombre total de morts américaines tous conflits confondus depuis la Seconde Guerre mondiale, et plus de neuf fois supérieur au nombre total de morts russes tous conflits confondus depuis la Seconde Guerre mondiale également.»


Article intitulé

La guerre en Ukraine a fait plus de 

2 millions de victimes militaires

Agence France-Presse

La Presse

le 1er juillet 2026 

01 juillet 2026

Bons achats en épicerie - Du 2 au 8 juillet 2026

Une bonne semaine d’aubaines ou l’équilibre règne entre les chaînes, de plus en plus de produits frais bien de chez nous sur les étals des épiceries, ce qui nous facilitera la tâche pour affronter les températures extrêmes qu’on nous annonce. Il est plus facile de bien s’alimenter quand il fait très chaud, on a plus envie de légèreté, de salades et de poisson que de plats cuits au four, et c’est tant mieux pour le budget. Bonne semaine sans trop de cuisine !


Métro

*Bleuets bios, É.-U. ou Mexique, -4 $

*Citrons, Limes, Mexique,  0,99 $ ch

Fraises Qc, -5 $ *Super C 750 ml, 2,44 $

*Framboises, É.-U. ou Mexique, -4 $

*Oranges Navel Égypte 3 lb, 5 $

*Pommes du  Québec, 1,44 $ la lb

Betteraves en botte Qc, -4 $  *Maxi, 3 $

Brocoli, 2,44 $  *Maxi, couronne, 1,47 $

*Fines herbes, Aneth, Persils, Menthe, -2 $

*Herbes et Épices en sachet 1 $

*Fleurs d’ail Qc, 4 $ 

*Laitue verte, rouge ou romaine Qc, 1,44 $ ch

*Légumineuses Mieux-Être Qc, 0,99 $

*Salades mélangées Attitude, grand format, 5 $

*Tomates roses de serre Qc, 8,80 $ le kg

*Tomates rouges de serre Qc, 3,18 $ le kg

*Filets d’aiglefin frais, 24,23 $ le kg

*Filets de sébaste, 19,82 $ le kg

*Petites conserves de thon dans l’huile Clover Leaf Can 0,99 $

*Agneau haché maigre, 375 g, 9 $

*Filets de porc frais emballés par deux, 8,80 $ le kg

*Rôti d’épaule de porc, 8,80 $ le kg

*Saucisses La Fernandière Qc, 375 g, 5,49 $

*Yogourt Activia, 3,33 $ 

*Yogourt Liberté, 3,49 $


IGA

Bleuets Can, 5 $  *Métro, É.-U. ou Mexique, 4 $

Fraises, 1L, -6 $  *Super C 750 ml, 2,44 $

*Jus de pomme Tradition Qc, 1,5 L, 3 $

*Miel d’Émilie, 1 kg, 12 $

*Chou-fleur blanc Qc, - 3 $

*Concombres anglais ou des champs, 2 x 3 $

= Concombres libanais, 2 lb, 5 $ = Super C, 6 x 2 $

Courgette, mélange vertes et jaunes, 1,5 lb, 5 $  *Super C, 4,39 $ le kg

*Laitue iceberg Qc, -2 $

*Mayonnaise Mag Qc, - 5 $

*Petites pommes de terre Little potato Qc, 4 $

*Poivrons doux emballés par six Qc -5 $

*Pâtes Barilla, 1,69 $

= Filet de saumon Atlantique frais, 21,54 $ le kg = Maxi 22,02 $

*Saucisses surgelées Les gars des saucisses Qc, 6 $

*Oeufs blancs gros, 18 x 5,49 $


Provigo

Bleuets Mexique, 340 g, 5 $  *Métro, É.-U. ou Mexique, 4 $

Fraises Qc, 1 L, 5 $ *Super C 750 ml, 2,44 $

Chou-fleur Canada ou Mexique, 5 $  *IGA Qc, 3 $

Concombres libanais, 6 x 3 $  *IGA, 2 lb x 5 $

Poivrons de serre, 3 x 3,50 $  *IGA, 6 x 5 $

*Crabe des neiges cuit à décortiquer, 18 $

*Filets de truite fraîche, 22,05 $ le kg

*Poitrines de poulet Exceldor, emballées par deux, 11 $

*Poulets emballés par deux, 5,49 $ le kg (récemment 4,39 $ le kg)

*Porc haché maigre, 454 g, 5 $ voir aussi paquet écono Super C, 8,80 $

= Yogourt Astro, 3,50 $ = Super C, 3,27 $


Super C

= Ananas, 3,79 $ = Maxi 4 $

Clémentines, 2 lb, 5 $

*Fraises, 750 ml, 2,44 $

= Mangues rouges, 1,49 ch = Maxi (avec Ataulfo)

*Mûres, É.-U. ou Mexique,1,67 $

*Raisins rouges, verts, 8,80 $

*Aubergine, Courgettes, 4,39 $ le kg

*Céleri, 3 $

*Carottes, 2 lb, 3 $

*Champignons blancs, 1,44 $

Chou-fleur Qc, - $ 4  *IGA Qc, 3 $

= Concombres libanais, 6 x -2 $ = IGA, 2 lb x 5 $

= Laitue iceberg Qc, 1,44 $ = Maxi

*Radis en feuilles, 1,49 $

*Oignons jaunes, 2 lb - 2 $

*Oignons verts, 1,49 $

Poivrons doux, 3 x 4 $  *IGA 6 x 5 $

*Conserves de tomates Sélection, 1,47 $ 

*Tomates séchées dans l’huile Cedar, -6 $ Certaines succursales, voir p. 9 en bas de la circulaire

*Hauts de cuisse de poulet désossés, 17,61 $ le kg

*Pilons de poulet, 8,36 $ le kg

*Porc haché maigre, format économique 8,80 $ le kg

*Beurre salé Sélection, 4,97 $

= Yogourt Astro, 3,27 $ = Provigo, 3,50 $

*Yogourt à boire Yop, 0,99 $


Maxi

= Ananas, 4 $ = Super C, 3,79 $

Fraises, 1 L, 5 $  *Super C 750 ml, 2,44 $

*Kiwis dorés, 454 g, 5 $

*Mandarines, 1,5 lb, 2,44 $

= Mangues Ataulfo ou rouges, Mexique ou Brésil, 1,50 $ = Super C, rouges

*Melon d’eau entier, 9 lb, 3,98 $

*Betteraves en botte, 3 $

*Brocoli, couronne, 1,47 $

Céleri, Can ou Mexique 4 $  *Super C, 3 $

Champignons blancs, 2 $  *Super C, 1,44 $

Courgettes, 4,41 $ le kg

= Laitue iceberg Qc, 1,47 $ = Super C

Poivrons doux, 8,80 $ le kg  *IGA, 6 x 5 $

= Hauts de cuisse de poulet désossés, env. 880 g, 14 $   = Super C, 17,61 $ le kg

Porc haché maigre, 9,90 $ le kg   *Super C, 8,80 $ le kg

*Salade de chou en sachet, 4 $

*Tofu Unisoya, 454 g, 3 $

*Sirop d’érable Bernard Qc, 540 ml, 5,98 $

*Sucre blanc Lantic, 2,78 $

= Filet de saumon Atlantique, 22, 02 $ = IGA, 21,59 $ 

*Charcuteries tranchées Royal, membres, 3 $

*Poitrines de poulet avec os sans peau, 8,80 $ le kg

...



Dans l’enfer de la guerre - Embellie ukrainienne face à une Russie qui s’enlise

 


Galvanisés, les soldats ukrainiens parviennent depuis quelques mois à enrayer l’offensive russe, voire à libérer des territoires. Sur le terrain, ils s’en réjouissent, tout en faisant preuve d’un optimisme prudent. Reportage.


« Les coquelicots émergent des herbes folles, constellant les plantations de betteraves le long du bitume cabossé. Puis, dans ce doux décor, la guerre qui jaillit ici, dans ces villages ravagés bordant un étang. Ou là, au cœur de ces champs striés de fortifications, de barbelés acérés scintillant sous le soleil ardent. Elle rugit, canonne au cœur des steppes infinies de Zaporijjia, théâtre de violents combats dans le sud-est de l’Ukraine, où, à l’image des 1200 km de ligne de front, l’armée de Kiev bombe le torse, retrouvant enfin l’initiative face aux assauts russes.


« La guerre du futur se joue là-haut, dans ce ciel tacheté de nuages cotonneux. Les filets anti-drones coiffent les routes, à perte de vue. La rumeur d’un moteur perce soudain depuis un bosquet quelconque. Sous la canopée verdoyante apparaît un large blindé, bardé d’un manteau de pics de fer destiné à atténuer l’effet des drones kamikazes FPV (First Person View, pilotés en immersion). De ce porc-épic sur roues émergent deux hommes, l’un avec la jambe sanguinolente, l’autre qui porte un bandage autour du crâne. Suivent une nuée de soldats casqués, sanglés de leur gilet pare-balles, heureux d’avoir secouru leurs camarades.


« Ça a bien tapé, mais nous sommes vivants, en forme, Dieu merci. On va les hacher, les buter jusqu’au bout ! », ricane Denis, l’un des blessés, titubant hors du bolide, le visage déjà buriné par ses quelques semaines de guerre. « On n’est pas en train d’envahir un voisin : on se bat pour notre terre, pour nos frères d’armes, et on continuera d’avancer encore et encore », abonde Pavel, son camarade, yeux cernés et dilatés. Une petite heure plus tôt, les voilà qui zigzaguaient sur un quad, approvisionnant en vivres des hommes en première ligne, lorsqu’un drone russe manqua de les tuer. Sonnés, ils se dissimulèrent dans un bois, avant d’être sauvés.


« Tous, ici, sont fantassins au sein du 225e régiment d’assaut, déployé dans la région de Zaporijjia et surtout composé de soldats mobilisés. Une cahute décrépite leur sert d’hôpital de campagne dans ce village anonyme, à une distance tenue secrète de la cité meurtrie d’Houliaïpole. Terre de féroces combats et, par ailleurs, féconde d’histoire, elle fut le berceau d’une insurrection paysanne menée par l’anarchiste Nestor Makhno dans le sillage de la révolution de 1917. Mais dans ce cadre bucolique où rôde un danger permanent, l’esprit est ailleurs, forcément.


Embellie ukrainienne

« L’horizon des fantassins s’arrête à la plaine qui s’étire dans la « zone de la mort » qu’est devenu le front russo-ukrainien, à la merci des drones tueurs sur 40 kilomètres. Les missions pleines de périls consistent tantôt à ravitailler la « ligne zéro », au plus près de l’ennemi, tantôt à exfiltrer un camarade mutilé d’un abri-tranchée. « On reçoit un ordre, on l’exécute, pas le temps de s’attarder sur le paysage », lance de sa voix éraillée Denis, toxicomane dans sa vie d’avant. Il garde en revanche un œil sur l’allure du champ de bataille, bien que ne pouvant témoigner directement des percées de son armée, à hauteur de « simple soldat de logistique ». « Savoir qu’on regagne des territoires, ça nous remonte le moral pour continuer », concède le gaillard barbu de 42 ans. « On est fatigués, on a juste envie que ça se termine une bonne fois pour toutes, sans pour autant renoncer à nos territoires. Tant de gens sont morts pour ça. Leur sacrifice ne doit pas être vain. »


« Quatre ans après l’invasion, le vent tourne. L’armée russe patine, recule même, face aux forces ukrainiennes qui ont stoppé le grignotage qu’elles subissaient depuis l’échec de sa contre-offensive en 2023. L’Ukraine est parvenue à libérer, depuis deux mois, davantage de territoires que le Kremlin a pu en conquérir. Les forces de Kiev ont fait reculer l’envahisseur, en mai, d’environ 280 km², selon l’Institut pour l’étude de la guerre. Elles parviennent désormais à harceler la logistique militaire en profondeur. Ou à cibler raffinerie sur raffinerie, et ce, jusqu’à Moscou, comme en témoigne la frappe d’ampleur du 18 juin. L’objectif de Kiev : asphyxier la manne de l’effort de guerre russe.


« Hormis de maigres gains possibles dans le Donbass, « sur le reste de la ligne de front, les forces russes s’enfoncent dans la stagnation, soit leur pire situation sur le champ de bataille depuis 2023 », estime Oleksandr Kovalenko, expert militaire ukrainien, rappelant qu’en mai, « l’ennemi a perdu près de 34 000 hommes tout en ne s’emparant que de moins de 20 km2 ». Une embellie relative, au vu de l’immensité des territoires occupés, mais importante pour le moral des soldats de Kiev. « L’atmosphère au sein des troupes est électrisée par l’attente de quelque chose de plus grand », assure Kovalenko, évoquant « le rétablissement des frontières de 1991 ou la libération de la Crimée ».


« Tous les soldats ne font pas montre d’une humeur exaltée. Oleksandr, 44 ans, médecin militaire au sein du 225e régiment, affiche une mine sombre, celle des hommes qui en ont trop vu. Trop de chair mutilée, de vies bousillées… « Psychologiquement, c’est dur, lâche-t-il. Peu importe si on est à l’initiative ou pas sur le front : quand l’on voit des confrères gravement blessés ou tués chaque jour, que l’on vit soi-même avec la peur de mourir, comment garder un bon moral ? C’est plus facile de se réjouir des gains à distance, en regardant la ligne de front sur une carte, que de le vivre de l’intérieur. »


« Point d’optimisme aveugle. « Il s’agit d’un moment tournant, avec l’avantage technologique de notre côté, mais la victoire est tout sauf acquise », tempère « M », soldat du renseignement militaire, sous couvert d’anonymat, qui regrette la supériorité numérique de la Russie. D’autres écueils guettent, comme le spectre d’une mobilisation générale décrétée par le Kremlin, ou encore la menace biélorusse, dont le territoire pourrait servir de nouveau front, au nord, comme en 2022. « Un pareil scénario serait extrêmement dommageable pour l’Ukraine », redoute « M », rencontré à Kiev.


Sifflement des drones

« Loin des arcanes de l’état-major, le nez collé sur le front, nombre de combattants peinent aussi à prendre la mesure des dernières avancées timides. « C’est comme si on était devant un éléphant, tellement près qu’on ne peut pas percevoir sa forme », image Artem, soldat du 225e régiment. Serhiy, qui travaillait sur les chantiers en Pologne avant de s’engager comme volontaire il y a peu, assure modestement avoir lui aussi seulement une « petite vue du secteur du front », soit celui où il combat, dans les environs de Houliaïpole. « En tout cas, ce que je peux vous dire, c’est qu’ici, on ne recule pas, point. Mais ce qui tient avant tout mon moral, c’est lorsqu’on fait notre boulot correctement, et que les gars reviennent ici en bonne santé. »


« Un voile douloureux envahit le regard vif de ce père de deux enfants. Il se tait, reprend dans un murmure : « Ne pas voir un gars revenir de sa mission, c’est ça, le plus difficile… » Il lui arrive de prendre part à des évacuations sinistres, celles où l’on récupère le corps inerte d’un soldat, sous la menace du ciel. Le ballet politico-diplomatique le laisse indifférent ; lorsqu’on vit la guerre dans ses tripes ainsi, difficile de se livrer à des spéculations sur son issue. « On n’a pas le temps de lire les nouvelles, et, pour être honnête, je ne comprends pas grand-chose à cette histoire de négociations », confie-t-il. Artem renchérit : « Tout ce qu’on voit, ce sont les pertes de nos amis. Le moral, il augmente quand on parvient à nettoyer notre terre des occupants. »


« La pénombre s’installe dans la contrée perdue. L’éclat de bombes planantes déchire par moments l’horizon orangé. Un bourdonnement fend l’air, se rapproche. Dissimulé sous un précaire feuillu, Serhiy s’interrompt de nouveau, tend l’oreille : « FPV… » De longues secondes s’écoulent. Les soldats autour ne cillent pas, comme anesthésiés à la peur.


« Enlisée sur le champ de bataille, l’armée de Moscou compense par une stratégie de la terreur, intensifiant ses campagnes de frappes sur les villes peuplées. À Zaporijjia, elle s’entend aussi dans le sifflement des drones qui infestent depuis peu ses cieux. Dans les faubourgs, à un carrefour menant au front quelques dizaines de kilomètres plus loin, un peloton d’hommes grille des cigarettes, montant la garde à l’ombre d’un grand saule, fusils à pompe chargés, prêts à dégainer à la moindre munition rôdeuse. L’angoisse ne gagne pas encore la capitale régionale. Une étonnante quiétude l’imprègne même, des parterres fleuris aux enfants se berçant sur les balançoires, le crépitement de la défense aérienne en guise de trame sonore. »


Article intitulé

Le vent tourne pour l’armée ukrainienne face à une Russie qui s’enlise

Patrice Senécal

Le Devoir

le 30 juin 2026

...