« Céder ou non des territoires à la Russie pour obtenir un cessez-le-feu en Ukraine? La question est soulevée ici comme ailleurs. Pourtant, sur le front en Ukraine comme dans la société civile ou la classe politique ukrainienne, le débat semble beaucoup moins nourri : concéder quoi que ce soit à la Russie ne fera que l’encourager à attaquer de nouveau pour obtenir encore plus, répète-t-on.
« On ne veut renoncer à aucun territoire et nous pensons qu’il vaut mieux se battre aussi longtemps que possible », résume au Devoir le pilote de drone ukrainien Dimko Zhluktenko, après avoir sondé ses camarades d’unité.
« Après la première invasion russe en 2014, les accords de Minsk avaient permis de conclure un cessez-le-feu, rappelle le soldat de 26 ans, déployé dans la région de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine. « Les Russes [avaient conservé le contrôle] de toute la Crimée et de la majeure partie du Donbass. Mais finalement, ça ne leur a pas suffi et ils ont décidé de lancer cette invasion à grande échelle. »
« Transférer des territoires à la Russie « ne résoudra pas le conflit et n’apportera pas de paix et de stabilité à long terme », croit-il. « Si un agresseur reste impuni, il revient contre vous encore plus fort. Il interprète ça comme un signe de faiblesse plutôt que comme une volonté sincère d’assurer la paix pour votre peuple. »
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Pas qu’une question de territoires
« Ivan Gomza, professeur de science politique à la Kyiv School of Economics, fait également remarquer que l’invasion russe n’a pas uniquement été lancée pour réaliser des gains territoriaux.
« L’objectif premier de Poutine est d’imposer un régime de soumission ici [en Ukraine], souligne-t-il. Ce n’est pas [une guerre] à propos du Donbass et de gains territoriaux. Poutine veut faire de l’Ukraine un État client, soumis dans sa politique étrangère. » Céder des territoires ne résoudra donc pas le conflit, argue-t-il.
« Il est largement admis que les forces ukrainiennes ne seront pas capables de reprendre dans l’immédiat les territoires conquis par la Russie. « Une option viable pour un cessez-le-feu pourrait être de reconnaître la situation sur le terrain, [que certains territoires sont] sous occupation russe, mais sans qu’ils soient transférés [officiellement] à la Russie », dit-il.
«Le seul moyen de parvenir à une paix durable est de
« désarmer et de ruiner complètement la Russie», mentionne Nina Dobrunova, [une civile de Kharkiv, désormais réfugiée dans l’ouest du pays.]
« Cette solution temporaire — une reconnaissance de facto, mais pas de jure — semble acceptable aux yeux de plusieurs, dont Nina Dobrunova. « Ces territoires pourraient ensuite un jour revenir sous contrôle de l’Ukraine si la Russie [de Poutine] s’effondre — ce à quoi nous travaillons tous et ce à quoi la communauté internationale devrait aussi travailler — ou dans le cadre d’une entente » de restitution, avance-t-elle.
« La jeune femme, qui récolte des fonds pour soutenir ses concitoyens au front, dit avoir encore bon espoir que son pays triomphera. « Ce ne sera pas facile. Ce ne sera pas pour bientôt. Mais on verra probablement la victoire. » Les sacrifices des Ukrainiens en auront valu la peine, ajoute-t-elle, puisque si l’on accepte qu’un État s’approprie par la force les territoires d’un autre pays, « ce sera un feu vert pour que d’autres fassent de même ».
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Extraits de l’article de Magdaline Boutros intitulé
Les Ukrainiens préfèrent continuer à se battre
plutôt que de céder des territoires à la Russie
Le Devoir
le 29 août 2025
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