02 février 2026

«Un président-enfant à la recherche d’un succès de façade »


« Dans sa quête incessante et impérative, qui est presque un besoin physiologique, d’un ennemi à intimider et à attaquer, la Maison-Blanche se tourne maintenant vers l’Iran.


« Un ennemi du moment qui présente toutes les « qualités » requises…


« Le régime islamique est une tyrannie dont la férocité contre sa propre société a dépassé dans l’horreur, en janvier, tout ce qu’on avait connu dans le passé. L’ayatollah Khamenei et ses séides ont tué de sang-froid des dizaines de milliers de manifestants descendus dans les rues pour crier leur dégoût de la dictature.


« De sources diverses, les comptes rendus convergent pour parler de massacres organisés, massifs, sans restriction, destinés à assommer net, par tous les moyens disponibles, la révolte sociale. Ce qui semble avoir réussi, à court et moyen terme, après le pic des manifestations des 8 et 9 janvier dans des dizaines de villes.


« Un bilan total des morts dans les cinq chiffres, pouvant atteindre les 20 000 ou 30 000, ne semble pas exagéré. Les photos et les vidéos de cadavres alignés à l’extérieur des morgues, des hôpitaux ou à proximité des lieux de sépulture sont nombreuses, de sources et de localisations diverses. Elles ne sont pas de la propagande ni de la fabrication.


« C’est un régime religieux et intolérant, aux relents de féodalisme. Un ennemi déclaré et constant d’Israël, l’allié inconditionnel des États-Unis. C’est aussi, et surtout, une dictature en fin de course, idéologiquement épuisée. Un adversaire diminué, déjà à moitié à terre, comme Trump les adore et qu’il peut piétiner à loisir — du moins le pense-t-il.


« Un régime de plus en plus isolé, après les défaites successives subies par ses alliés au Liban (Hezbollah), en Syrie (régime Al-Assad), au Yémen (Houthis) et à Gaza (Hamas), après la destruction partielle de son système de missiles et de son programme nucléaire en juin 2025. Sans oublier l’effondrement de son économie, dont les causes sont endogènes (inefficacité, corruption, captation criminelle des richesses par les Gardiens de la révolution) plus qu’exogènes (sanctions internationales).


***

« Donc, en apparence, une cible alléchante pour le fauve américain affamé en quête d’une « prise ». Pour autant, une cible facile ? Claire ? Que veut au juste Trump ? Le sait-il seulement ?


« Les États-Unis ont relevé leur présence militaire dans la région à un niveau inédit. La semaine dernière, un porte-avions transportant les chasseurs de combat américains les plus modernes a été dépêché au Moyen-Orient. Washington a mis en état d’alerte des dizaines de milliers de soldats dans le golfe Persique.


« Une nouvelle vague de bombardements en Iran paraît donc possible. Pourtant, contrairement aux attaques américano-israéliennes contre les installations nucléaires en juin 2025, ou au raid américain au Venezuela début janvier, il est difficile de discerner ce que serait le but concret d’une nouvelle guerre contre l’Iran.


« Trump : « Une armada massive se dirige vers l’Iran. Elle avance rapidement, avec une grande puissance et un objectif clair. Une flotte plus importante […] que celle envoyée vers le Venezuela. Comme avec le Venezuela, elle est prête et disposée à accomplir rapidement sa mission et capable de le faire, avec rapidité et violence […]. Espérons que l’Iran viendra vite “à la table” et négociera un accord juste et équitable. »


« Que serait donc un tel accord ? Que demande Washington ? L’abandon du programme nucléaire, déjà affaibli et apparemment en mode « pause » depuis l’été dernier ? La renonciation à ses alliés régionaux, déjà neutralisés, voire écrasés ? Une purge au sommet du régime ?


« Comment intervenir ? En infligeant à Khamenei le « traitement Maduro » ? La proximité des États-Unis et du Venezuela rendrait sans doute la logistique plus difficile à Téhéran qu’elle ne l’a été à Caracas. Mais on pourrait aussi choisir l’assassinat par des bombes, plutôt que l’enlèvement…


« Ou encore, des frappes pointues contre des cibles militaires ? Avec l’espoir d’un changement de régime… mais partiel : changement dans lequel, par exemple, la dictature militaro-religieuse, avec son « faux nez » semi-démocratique (élections, pluralisme institutionnel de façade), deviendrait une dictature militaire tout court ?

« Un tel scénario pourrait convenir au régime Trump qui n’est pas là, on le sait, là pour « exporter la démocratie ». On souhaiterait alors, à Téhéran, une relève au sommet qui, un peu comme Delcy Rodriguez à Caracas, se montrerait plus coopérative tout en maintenant le régime au pouvoir. Ce « modèle », au demeurant, reste hypothétique et inaccompli, même au Venezuela…


***


« La présidence Trump est marquée par des déclarations tonitruantes et des gestes spectaculaires sans lendemain. La démonstration de force est une fin en soi. Obsédé par le muscle, la performance et le show, Trump ne pense pas en termes stratégiques ; il ne se soucie pas des conséquences.


« La décapitation du régime dirigé par Nicolás Maduro, doublée de son maintien au pouvoir, est un bel exemple d’agitation « performative » aux résultats insaisissables. La libération des prisonniers politiques à Caracas, annoncée ce week-end ? Trump s’en fout, même s’il s’agit d’un effet possible de son intervention. Quant au « contrôle » du pétrole du Venezuela ? À voir…


« À Téhéran, on déclare tout à la fois « Nous voulons discuter » et « Nous sommes prêts à la guerre. » Les critiques habituels de l’impérialisme lui prêtent généralement une cohérence et des capacités qu’il n’a pas. Témoin cette déclaration du 28 janvier par le secrétaire d’État, Marco Rubio : « Personne ne peut vous donner une réponse simple quant à ce qui se passera si le guide suprême et le régime venaient à tomber. Si ce n’est l’espoir qu’il y ait quelqu’un, au sein de leur système, avec qui vous pourriez travailler. »


« Tâtonnements américains en plus haut lieu, par des responsables qui naviguent à vue sous les impulsions forcées d’un président-enfant.»


Pour joindre l’auteur : francobrousso@hotmail.com 


Chronique intitulée

Conjectures iraniennes 

François Brousseau

Chroniqueur international, l'auteur travaille à Ici Radio-Canada 

Le Devoir 

le 2 février 2026

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire