10 janvier 2026

Les voeux de Boucar à Donald: Que le canard se fasse cormoran !

Photo d'un cormoran prise au parc Du Massif à Mont-Saint-Hilaire le 3 octobre 2021.

« C’est avec ce vœu un peu bizarre que je veux reprendre ma chronique en ce début d’année. En effet, depuis le début de son deuxième mandat, tout lui coule dessus comme de l’eau sur le dos d’un canard, dit-on.


« Donald Trump a franchi de nombreuses lignes rouges de la démocratie américaine sans véritable conséquence. Malgré les accusations d’inconduite sexuelle, sa condamnation au civil pour diffamation et agression sexuelle dans l’affaire E. Jean Carroll, les scandales de fraudes financières, son rôle dans l’insurrection du Capitole, ses liens avec le grand criminel sexuel Jeffrey Epstein, ses conflits d’intérêts permanents sur fond de construction d’hôtel, de cryptomonnaie, de ce cadeau valant 400 millions offert par le Qatar, Donald Trump est inébranlable.


« Il y a aussi le cas de sa famille qui profite de sa présidence pour engranger des milliards d’une façon qui semble directement empruntée à la mafia sicilienne. Toutes ces frasques combinées à son culte du mensonge, de la vulgarité et de la violence verbale n’ont pas réussi à faire entrer suffisamment de gouttes d’eau dans le plumage de Donald le canard.


« Aux canards, la sélection naturelle a donné cette génétique d’imperméabilité. Leur plumage est recouvert d’une huile produite par une glande uropygienne. Situé près du croupion, cet organe sécrète une substance protectrice que l’oiseau récolte avec son bec et redistribue dans son pennage. Ce qui lui permet de mettre sa chair à l’abri de l’eau.


« Armé de sa glande à croupion, Donald Trump le canard brasse énergiquement le lac de la politique planétaire avec ses pattes palmées. Il tacle tellement de dossiers que la presse n’arrive plus à suivre.


« Dans une même semaine, il bombarde le Venezuela et enlève son président, avalise le meurtre d’une mère de famille à Minneapolis, parle d’intervenir en Colombie, prédit la chute du régime cubain et projette d’arracher de force le Groenland au Danemark. Devenu colonialiste et impérialiste décomplexé dans la lignée de James Monroe et de William McKinley, Donald avance. La Maison-Blanche disparaît régulièrement sous un nuage de chaos qui accompagne sa présidence et ça fait peur.


« Pour reprendre la formule de Steve Bannon, il « inonde la zone » d’un déluge d’informations pour mieux contrôler le récit, gober toute la lumière médiatique planétaire et remplir la fiole contenant l’élixir qui nourrit son amour-propre. À la moindre et anecdotique réalisation, il confisque les médias pour nous dire à quel point ce qui vient de se passer sous sa gouverne est la plus extraordinaire réalisation de l’univers observable. Un énorme contraste avec son adversaire principal.


« Avez-vous déjà vu ou entendu le président chinois, Xi Jinping, jouer au mégalomane vantard comme le fait constamment le président américain ? Nos anciens disaient qu’un lion qui chasse pour tuer ne rugit pas. C’est la méthode chinoise. Elle est secrètement planifiée, minutieusement réfléchie et progresse dans le silence. 


« Pendant que M. Trump cherche de la nourriture immédiate pour son ego, Xi Jinping regarde au loin et suit son plan. Il sourit aussi, car s’il y a une certitude qui ne fait pas l’ombre d’un doute, c’est que l’élection de Donald Trump a été la meilleure chose qui soit arrivée à la Chine depuis longtemps. 


« Le président américain est si anormal que Xi Jinping apparaît désormais comme ce sage vers lequel le monde libre se tourne pour savoir comment ramener un certain ordre mondial.


« Pourtant, il ne faut pas se leurrer, depuis toujours la seule motivation du régime de Pékin est de surpasser économiquement et militairement les États-Unis pour mieux imposer son modèle à la place de nos États de droit. Pendant que Donald Trump massacre à la tronçonneuse les fondations de la démocratie américaine en se faisant aller le croupion, le régime de Pékin avance ses pions. Il ouvre même les bras aux pays de l’OTAN qui, à force de se faire mépriser par Donald Trump, ne savent plus à quel saint se vouer.


« Voilà pourquoi je souhaite ardemment que cette mascarade cesse avant la fin de 2026. Autrement dit, que Donald passe de canard à cormoran aux prochaines élections de mi-mandat. Le cormoran n’a pas de glande uropygienne. Sans traitement protecteur sur ses plumes, après quelques plongées, il doit rester dehors, étendre ses ailes pour les sécher avant de pouvoir retourner dans l’eau. C’est ce qui explique qu’on voie souvent ces oiseaux perchés sur une branche ou un rocher dans une position qui rappelle l’image du Christ sur la croix.


« D’où viendra cet évènement qui fera perdre à Donald Trump son imperméabilité ? Je ne sais pas. Mais il y a des situations qui amènent parfois les canards à perdre la fonctionnalité de leur glande uropygienne. Je ne les nommerai pas ici, car je ne veux pas qu’on m’accuse de souhaiter du malheur à Donald Trump. J’espère simplement que 2026 marquera la destruction de cet écran protecteur qui empêche l’eau d’entrer dans le plumage de Donald.


« À vous qui chérissez la liberté et la démocratie, je souhaite une belle et heureuse année 2026 ! »


Chronique intitulée

Je souhaite que Donald passe de duck à cormoran

Boucar Diouf

La Presse

le 10 janvier 2026


Cormoran se séchant, même lieu, même date


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