« L’abandon par le gouvernement fédéral de toute autorité dans la lutte contre le changement climatique est désormais officiel. Depuis jeudi, les États-Unis n’ont pratiquement plus aucune loi imposant des normes d’efficacité énergétique aux véhicules américains.
« C’est le résultat de la série de reculs par l’administration Trump depuis un an, qui a culminé jeudi avec l’annulation du « constat de mise en danger », une détermination basée sur une décision scientifique et qui obligeait l’Agence de protection de l’environnement (EPA) à réglementer les gaz à effet de serre (GES) en raison de la menace qu’ils représentent pour la santé humaine.
« Les États-Unis n’ont plus aucune norme d’émission significative », constate Margo Oge, qui a occupé le poste de responsable de la réglementation des émissions des véhicules à l’EPA sous trois présidents et qui conseille depuis lors les constructeurs automobiles et les groupes environnementaux.
« Rien. Zéro. Peu de pays ont zéro.»
Margo Oge, ancienne responsable de la réglementation des émissions des véhicules à l’EPA
« Les transports sont la principale source de GES aux États-Unis.»
« Les acheteurs pourraient encore voter avec leur portefeuille en achetant des voitures plus économes en carburant. La Californie s’est engagée à intenter une action en justice pour maintenir des normes plus strictes. Le département des Transports continue de réglementer la consommation de carburant en vertu de règles visant à préserver les ressources pétrolières, et l’EPA continue de réglementer les autres émissions d’échappement, telles que les oxydes d’azote, qui nuisent à la santé humaine.
« Mais l’an dernier, l’administration Trump a proposé d’assouplir les normes de consommation de carburant à des niveaux insignifiants. Le Congrès, contrôlé par les républicains, a fixé à 0 $ les amendes en cas d’infraction, les rendant ainsi facultatives pour les constructeurs. Le Congrès a aussi bloqué l’an dernier les règles californiennes en ce sens.
« Bref, les États-Unis sont en passe de se démarquer de la majorité des pays industrialisés, qui imposent des règles en matière de consommation d’essence ou d’émissions de GES.
« L’administration Biden avait resserré les limites d’émissions pour encourager l’adoption de la voiture électrique.
Fin d’une époque
« La suppression par l’administration Trump du constat de mise en danger sera sans doute contestée en cour, notamment par des groupes environnementaux. Elle résultait d’une conclusion scientifique de 2009 qui établissait que les GES sont un danger pour la santé et le bien-être des Américains. Elle justifie les réglementations fédérales qui limitent le dioxyde de carbone, le méthane et d’autres polluants, y compris ceux provenant des voitures.
« Si la décision de l’EPA est maintenue, elle pourrait entraîner une augmentation de 10 % des émissions de GES du pays au cours des 30 prochaines années, selon l’Environmental Defense Fund, un groupe de défense de l’environnement.
« Les émissions de gaz à effet de serre sont le principal facteur du changement climatique, qui à son tour intensifie canicules, sécheresses, ouragans et inondations, tout en faisant fondre les glaciers, ce qui entraîne une élévation du niveau des mers.
Les républicains célèbrent
«Lee Zeldin, directeur de l’EPA, a célébré l’abolition de cette clause et salué la « plus grande mesure de déréglementation de l’histoire des États-Unis ». Il a accusé les démocrates d’avoir lancé une « croisade idéologique » sur le changement climatique qui a « étranglé des secteurs entiers de l’économie américaine », en particulier l’industrie automobile, qui a du mal à vendre des véhicules électriques.
« Mis à part les considérations climatiques, il n’est pas certain que l’industrie automobile américaine profite à long terme de l’abolition des normes environnementales. Selon des experts, ce laxisme pourrait renforcer la domination des grosses camionnettes (pick-ups) et des VUS énergivores sur le marché américain, alors que d’autres pays, dont la Chine, poursuivent leur virage électrique. Ils se retrouveraient bientôt désavantagés face à la concurrence.
« Nos constructeurs ne survivront pas », prédit Mme Oge.
« John Bozzella, président de l’Alliance for Automotive Innovation, qui représente les constructeurs automobiles aux États-Unis, a refusé de dire s’il soutenait la décision de l’administration Trump. Mais cette mesure « corrigerait certaines des réglementations d’émissions irréalisables adoptées sous l’administration précédente ».
« Donald Trump a changé plusieurs fois d’avis sur les véhicules électriques. Ceux-ci allaient « tuer » l’industrie automobile américaine, disait-il durant la campagne présidentielle de 2024.
« Puis, en mars 2025, il a déclaré qu’il achèterait une Tesla, ayant alors assoupli sa position sous la pression d’Elon Musk, PDG de Tesla et ancien proche conseiller.
« À l’échelle mondiale, la tendance va exactement dans le sens opposé, vers l’électrification des véhicules », souligne Ann Carlson, professeure à la faculté de droit de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) qui a occupé sous la présidence de Joe Biden le poste d’administratrice par intérim de la National Highway Traffic Safety Administration, l’agence du ministère des Transports chargée de fixer les normes d’efficacité énergétique. Mais aujourd’hui, « ils disent qu’il n’y aura aucune norme », déplore-t-elle.
« Pendant 17 ans, l’EPA a travaillé de concert avec le ministère des Transports. L’EPA réglementait les émissions de dioxyde de carbone (pour protéger la santé) et le ministère des Transports régissait la quantité de carburant qu’une voiture peut consommer (pour économiser le carburant).
« Ces dernières années, le constat de mise en danger a permis à l’EPA d’imposer des normes plus strictes que celles qui régissent la consommation de carburant. Les objectifs étaient si bas qu’ils allaient progressivement devenir impossibles à atteindre avec des moteurs à essence. L’EPA s’était aussi dotée du pouvoir d’interdire la vente des modèles qui n’auraient pas respecté les normes jusqu’à ce que le problème soit résolu.»
Article d’abord publié dans le New York Times
Hiroko Tabuchi
The New York Times
La Presse
le 17 février 2026

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire