01 mars 2026

Iran- Tout sauf la garantie d’une issue positive

Quand deux voyous en attaquent un autre

Chronique

Laura Julie Perreault

La Presse

publiée le 28 février 2026 

Extraits

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« Bien sûr, c’est difficile de pleurer sur le sort du régime des ayatollahs, qui n’a pas attendu les manifestations de janvier – au cours desquelles il a tué des milliers de ses propres citoyens – pour opprimer sa population. Ni sur le sort d’Ali Khamenei, le Guide suprême, qui est mort sous les bombes samedi et qui a supervisé la répression pendant 37 ans. Les prisons iraniennes sont pleines de dissidents politiques depuis les années 1980. Et on a vu dans le passé, notamment en 1989, des vagues d’exécutions d’une cruauté sans nom.


« On ne peut pas non plus faire fi du sang que le régime iranien a sur les mains, notamment en Syrie, où il a soutenu Bachar al-Assad pendant que ce dictateur semait la mort pour mater une révolte populaire transformée en guerre civile. C’est aussi le même régime qui a descendu un avion d’Ukrainian Airlines, en janvier 2020, tuant 176 civils à bord, dont un grand nombre de ressortissants canadiens. Un geste délibéré visant par erreur la mauvaise cible, ont-ils admis.


« Cette théocratie, on a entendu des centaines de milliers d’Iraniens à travers le monde demander sa chute. Beaucoup d’entre eux voient dans l’attaque américaine et la vidéo de Donald Trump annonçant le début de l’opération une réponse à leurs prières. Le désespoir a poussé un peuple farouchement indépendant depuis des millénaires à demander aux ennemis jurés de son oppresseur de l’en débarrasser, m’expliquait la semaine dernière Pierre Pahlavi, professeur au Collège des forces canadiennes de Toronto.


« Mais comme on dit en anglais : Two wrongs don’t make a right. Ou, en d’autres termes, deux voyous qui en attaquent un autre, c’est tout sauf la garantie d’une issue positive.


« Car ce que cherchent les administrations américaine et israélienne, c’est surtout à se débarrasser d’un ennemi encombrant qui limite leur hégémonie au Moyen-Orient. Pas l’avenir radieux de 90 millions d’Iraniens.


« Cette intervention contre l’Iran a lieu alors même que le gouvernement d’extrême droite d’Israël, dirigé par un premier ministre visé par un mandat d’arrêt pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité à Gaza, change les règles du jeu pour étendre son emprise sur le territoire palestinien occupé de la Cisjordanie. Depuis les attentats du Hamas le 7 octobre 2023, Israël a bombardé le Liban, la Syrie et le Yémen sans se formaliser des règles internationales. D’ailleurs, le pays dispose d’armes nucléaires qui échappent à tout contrôle international.


« Et que dire des États-Unis à l’ère du deuxième mandat de Donald Trump ? Oublions-nous que c’est la même administration qui fait chanter la planète entière, y compris ses alliés, à coups de menaces d’annexion et de représailles tarifaires ? La même administration qui, pour faire tomber le régime communiste de Cuba, est prête à asphyxier une île de 11 millions d’habitants.


«On est loin du scénario où un ange est en train de lutter contre le démon.


« C’est donc d’autant plus surréaliste de voir le gouvernement canadien soutenir ouvertement la campagne militaire israélo-américaine alors que le pays vient tout juste de renouveler son appui à l’Ukraine, qui fait face à l’agression russe. Et il n’est pas le seul. Les pays européens se sont donné le mot pour dénoncer la réplique iranienne plutôt que les bombardements israélo-américains. Sans être gênés par la contradiction. Sans voir qu’ils donnent raison au Kremlin, qui, depuis quatre ans, prétend qu’un changement de régime à Kyiv est nécessaire pour assurer la sécurité de la Russie.


« Il n’y a pas que l’ordre mondial de l’après-guerre qui est en loques. La logique gît juste à ses côtés dans le fossé.»