22 janvier 2026

On ne sait plus quoi dire pour qu’ils cessent de tuer


« J’écris ce texte parce qu’on ne sait plus trop quoi faire. Les femmes tombent comme des météores. Aux grands méchants loups, je ne sais plus quoi dire, ni comment les aider à s’aider. Je porte encore le mien comme un boulet à la cheville. J’ai abdiqué, il ne se soignera jamais. Il ne me reste plus qu’à me faire des mollets costauds et beaucoup d’amis pour me tenir la main.


« Il y a bien sûr des claques qui se perdent (métaphoriques, là, les claques…) et des formations à donner dans les postes de police de quartier. Si vous saviez les bêtises que je me suis fait répondre par la police dans les quatre dernières années ! Mes amies et moi, on se les repasse comme des sketchs d’humour. Les meilleures répliques absurdes avec popcorn et larmes de rires amers. Je vous les raconterais bien, mais… je les garde pour les soirées grises passées avec mes sœurs de désespoir.


« Pour nos bébés loups, par exemple, il est encore temps de se mettre à table. Comment se fait-il qu’un doux garçon parte de son bac à sable, apprenne à partager ses camions, à tenir son crayon, à dire « je t’aime » et finisse par décharger son trop-plein sur sa femme ?


« J’accompagne mes garçons dans l’apprentissage de la gestion de la colère. C’est tout un mandat, et les miens ont les feux d’artifice spectaculaires. Première étape : accepter que la colère, c’est bon, c’est sain, il faut la faire sortir. Pas des fois… pas quand ça adonne… chaque fois.


« Chaque fois que quelqu’un nous marche sur les pieds, ça fait mal. Chaque fois, on a le droit d’être fâché. Chaque fois, il faut s’exercer à nommer, à vider, à se pardonner. Et c’est un long apprentissage.


« Ça prend des parents patients, qui ont du temps et de l’espace mental. Ça prend des parents qui ne travaillent pas 50 heures par semaine. Des parents qui vont bien, qui respirent, qui se remplissent de beau et qui se retournent ensuite vers leurs petits loups avec toute la patience du maître d’école.


« Car, oui, élever les enfants, ça prend du jus, du temps et une vie saine. Plus les parents seront disponibles, plus les enfants seront accompagnés de façon avisée, douce et bienveillante. Les cours de sexo à l’école primaire, c’est super. J’ajouterais la section : autonomie émotionnelle. Chacun est responsable d’apprendre à recevoir, à reconnaître et à évacuer son trop-plein.


« De tous les temps, les femmes ont développé instinctivement ce talent. Ça ne donne pas le droit aux hommes, historiquement moins doués, de nous taper dessus comme des punching bags.


« J’élève des garçons. Vous élevez peut-être des filles. Accompagnons-les, ensemble, vers un développement émotionnel sain, et prenons plus de temps ou trouvons la manière pour que les garçons deviennent aussi bons que les femmes pour nommer leur colère sans démolir les autres.


« On ne vous demande pas de vous laisser marcher sur les pieds sans broncher. On vous demande de dire : « Outch ! J’ai mal, j’ai l’impression que tu n’as pas fait attention à mes pieds. Je prendrais bien un câlin, et si l’envie te prend de t’excuser, ça me ferait encore moins mal aux pieds. »


« Si je signe ce texte sous le couvert de l’anonymat, c’est que je n’ai pas de balcon, mais mon méchant loup à moi a un fusil de chasse 

et il sait diablement bien viser.»


Lettre d’opinion intitulée

Comment élever nos p’tits loups pour 

qu’ils ne poussent pas leurs femmes en bas du balcon

Geneviève

L’autrice signe ce texte sous un prénom d’emprunt 

pour sa sécurité et celle de ses enfants

Le Devoir

le 21 janvier 2026

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