20 janvier 2026

Deux mandats, un même constat ?


« Sécurité à la frontière, puissance américaine, promesses de prospérité : des thèmes chers à Donald Trump ont peu changé depuis son entrée dans l’arène politique, il y a près de 10 ans. Mais le ton comme les actions se sont renforcés. Comment la dernière année se compare-t-elle à son premier mandat ?


Décrets présidentiels

Premier mandat (2017-2021)

« Entre 2017 et 2021, Trump a signé 220 décrets présidentiels, dont 55 durant la première année.Parmi ses actions les plus controversées, dès sa première semaine à la Maison-Blanche : une mesure pour restreindre le nombre de réfugiés et pour interdire l’entrée au pays de ressortissants de l’Iran, de l’Irak, de la Libye, de la Somalie, du Soudan, de la Syrie et du Yémen – l’interdiction « antimusulmans », comme elle avait été surnommée par ses détracteurs. Cette mesure a été révoquée par son successeur, Joe Biden. Sur le plan environnemental, Trump a annoncé durant sa première année le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris et la fin de mesures vertes mises en place par son prédécesseur, Barack Obama. Il a aussi tenté, sans succès, d’abroger l’« Obamacare », la réforme du système de santé pour les moins nantis.


Second mandat (2025-)

« Trump a signé 227 décrets présidentiels durant sa première année – dont 26 le 20 janvier 2025 seulement, journée de son retour en poste. C’est plus que durant les quatre ans de son premier mandat. Ils portent sur une foule de sujets : immigration, droits de douane, énergie, politiques de diversité, équité et inclusion, annulation des décrets de son prédécesseur. Plus de 250 poursuites ont été déposées contre le gouvernement Trump en 2025. « Il ne travaille pas du tout avec le Congrès, note Edward Alden, de la Western Washington University. Il fait tout par décret. » Le président a aussi proclamé l’urgence nationale pour mettre en place différentes mesures, comme les droits de douane imposés au Canada, prétextant l’entrée de fentanyl et de migrants clandestins. Il a mis fin au programme d’investissement dans l’énergie propre et le climat adopté sous Biden.


Immigration et frontières

Premier mandat (2017-2021)


« La construction d’un mur à la frontière de 3111 km entre le Mexique et les États-Unis était une promesse phare de la première campagne de Trump. Au terme de son premier mandat, le mur faisait 727 km – dont 129 km seulement constituaient une nouvelle barrière, des grillages existant déjà à différents endroits, a constaté la BBC. En 2019, il a aussi mis en place une politique pour forcer les demandeurs d’asile à rester au Mexique en attendant le traitement de leur demande – laquelle a été remise en vigueur en janvier 2025. Sa politique de tolérance zéro sur l’immigration clandestine a mené à la séparation d’au moins 3900 enfants de leur famille entre 2017 et 2021, soulevant un tollé. « Ça avait pour but, en quelque sorte, de dissuader les gens de venir aux États-Unis », note Casey Dominguez, de l’Université de San Diego. En raison de la pandémie, des programmes migratoires ont aussi été suspendus en 2020.


Second mandat (2025-)

« En campagne électorale, le candidat républicain avait promis des « expulsions massives » de migrants, visant plus spécifiquement les sans-papiers, estimés à environ 11 millions par le département de la Sécurité intérieure et le Pew Research Center. « Il y a une approche plus agressive en matière de quotas à atteindre pour réduire le nombre d’immigrants – principalement sans papiers, mais aussi en situation régulière –, et à rendre l’immigration aux États-Unis beaucoup plus difficile », dit Casey Dominguez, de l’Université de San Diego. Le recrutement d’agents de la police nationale de l’immigration (ICE) s’est accru. Trump a dénoncé à maintes reprises les villes et États sanctuaires, où les forces de l’ordre ne collaborent traditionnellement pas avec l’ICE pour les infractions civiles, et a menacé de suspendre les transferts d’argent fédéral vers ces États. La Cour suprême doit notamment statuer sur la constitutionnalité d’un décret controversé signé en 2025 pour ne plus rendre automatique l’obtention de la citoyenneté pour les enfants nés aux États-Unis de parents non citoyens.


Relations internationales

Premier mandat (2017-2021)

« La première rencontre officielle entre Trump et le premier ministre Justin Trudeau s’est tenue à Washington en février 2017. Mais, contrairement à la tradition, il n’a pas choisi son voisin du Nord comme première destination à l’étranger. Il s’est rendu en Arabie saoudite, en Israël, au Vatican, en Belgique et en Italie pour ce premier voyage officiel, en mai 2017. Il a imposé des droits de douane sur l’acier et l’aluminium au printemps 2018, et signalé son désir de renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Quelques mois plus tard, l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) était signé par les trois pays. Trump est devenu en 2019 le premier président des États-Unis à se rendre en Corée du Nord, pour rencontrer Kim Jong-un. Il avait d’ailleurs envoyé un avertissement dans sa première allocution devant l’Assemblée générale des Nations unies à celui qu’il surnommait « Rocket Man ». Il a contribué à la normalisation des relations entre Israël et des pays arabes. Il a rencontré le président russe Vladimir Poutine à deux reprises durant son mandat. Une enquête était alors en cours sur l’ingérence russe dans les élections américaines.


Second mandat (2025-)

« Les droits de douane imposés à un nombre important de pays ont causé une commotion, en particulier avec des partenaires traditionnels, comme le Canada et le Mexique. L’insistance de Trump sur l’acquisition du Groenland et le rôle qu’il entrevoit pour les États-Unis dans l’hémisphère occidental ont aussi signalé un changement de ton. « Un point de divergence avec le premier mandat, encore en développement, ce sont les ambitions impériales de l’administration ; auparavant, et même au début de ce mandat, Trump semblait plutôt isolationniste », estime Edward Alden, de la Western Washington University. L’administration Trump a proposé son plan de paix à Gaza, accepté par les parties. Le président s’est aussi impliqué dans des négociations pour mettre fin aux conflits entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, entre le Cambodge et la Thaïlande, entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, notamment. Même s’il a rencontré Poutine en Alaska, il n’a pas réussi à ramener la paix en Ukraine – la rencontre houleuse avec le président Volodymyr Zelensky a aussi révélé son impatience.


Éléments marquants

Premier mandat (2017-2021)

« L’élection de Trump a causé la surprise. Son équipe était mal préparée à l’arrivée au pouvoir de ce néophyte en politique. Sa présidence a d’ailleurs été marquée par un nombre inhabituel de démissions et de licenciements dans sa garde rapprochée. Durant ses quatre années en poste, 14 membres du Cabinet sont partis – contre 3 pour son prédécesseur, selon les données de Brookings. Les départs se sont aussi succédé dans des postes clés, comme ceux de chef de cabinet et de directeur des communications. Trump est aussi devenu le premier président américain à subir deux procédures de destitution (impeachment) durant son premier mandat. La fin de son mandat a été marquée par la pandémie de COVID-19 et par des manifestations Black Lives Matter à l’échelle du pays, déclenchées par le meurtre de George Floyd aux mains d’un policier blanc.


Second mandat (2025-)

« La transformation par rapport au premier mandat est radicale : il était alors perturbateur, mais pas destructeur, estime M. Alden. Durant son second mandat, il est destructeur. » Il cite son éloignement flagrant des normes, les licenciements massifs dans la fonction civile, l’attitude envers les alliés. En plus de gouverner par décrets, Trump a proclamé des états d’urgence pour augmenter le champ d’action de l’exécutif. Il a déployé la Garde nationale dans des villes américaines, majoritairement démocrates, sans l’accord des gouverneurs de ces États – une idée évoquée durant son premier mandat, mais pas mise en application. L’équipe l’entourant était plus préparée, plus au fait des faiblesses des institutions, explique M. Alden. « Les décisions juridiques mettent du temps et c’est difficile de forcer leur mise en œuvre », illustre-t-il. « Les gens qui ont accepté sa tentative de renverser les élections sont plus radicaux, et sont engagés en faveur d’une refonte radicale du gouvernement américain et de l’ordre international », dit Mme Dominguez.» 


Taux d’approbation après 1 an

Premier mandat (2017-2021)

41 %

Sondage Ipsos réalisé pour Reuters auprès de 1616 adultes du 5 au 9 janvier 2018


Second mandat (2025-)

41 %

Sondage Ipsos réalisé pour Reuters auprès de 1217 adultes les 12 et 13 janvier 2026

Avec BBC et l’Associated Press


Article intitulé

Deux mandats, deux Trump

Janie Gosselin

La Presse

le 20 janvier 2026

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire