12 mars 2026

Guerre en Iran - Le piège se referme sur l’administration Trump

Tout indique que les États-Unis répètent en Iran les erreurs qu’ils n’ont cessé de commettre depuis des années, voire des décennies, au Moyen-Orient, selon Jonathan Paquin.

« Les présidents américains se succèdent et tombent inlassablement dans le même piège : celui des changements de régime au Moyen-Orient. De l’Iran à l’Irak, en passant par la Libye, la Syrie et, bien sûr, l’Afghanistan, presque tous les grands pays de la région ont été la cible d’attaques militaires américaines depuis le début des années 2000.


« S’il existait pourtant un président susceptible d’échapper à cette logique interventionniste, c’était bien Donald Trump. Opposé aux guerres de longue durée (dont celle en Irak), partisan du désengagement international et chantre de l’« Amérique d’abord », il avait fait de la critique des interventions militaires un pilier de sa campagne en 2024. Sa nouvelle stratégie de sécurité nationale semblait confirmer cette rupture : priorité à l’hémisphère occidental et abandon de la doctrine du deep engagement, selon laquelle les États-Unis doivent maintenir une présence durable dans les principales régions du monde afin de préserver leur primauté stratégique.


« Et pourtant, malgré ces orientations affichées, Donald Trump a lui aussi succombé au chant des sirènes de l’intervention militaire.


«Non pas parce que l’Iran représentait une menace imminente exigeant des frappes préemptives, mais parce que le contexte offrait une occasion stratégique jugée favorable pour renverser le régime. Une guerre de choix et non une guerre de nécessité 1. Comme celle en Irak, mais sans troupes au sol.


« Malgré la rapidité d’exécution de l’opération « Fureur épique » et la puissance des moyens militaires déployés, tout indique, près de deux semaines après le début des frappes, que cette entreprise est vouée à rejoindre la longue liste des interventions américaines ayant connu l’échec.


Les échecs répétés des interventions américaines au Moyen-Orient

« La littérature sur les interventions militaires américaines est claire : les entreprises de regime change tournent généralement mal et se soldent par des échecs retentissants 2,3.

« Le renversement de Mohamed Mosaddeq en 1953 et le rétablissement du chah ont contribué à préparer la révolution iranienne de 1979. L’invasion de l’Irak en 2003 et la chute de Saddam Hussein ont plongé le pays dans une guerre civile confessionnelle et favorisé l’émergence du groupe armé État islamique.


« Le renversement de Mouammar Kadhafi en 2011 a entraîné l’effondrement de l’État libyen et la prolifération des milices armées. En Syrie, les tentatives de renversement de Bachar al‑Assad ont transformé une crise politique en guerre civile prolongée. Quant à l’Afghanistan, le renversement rapide des talibans en 2001 s’est transformé en guerre d’usure alors que Washington et ses alliés de l’OTAN ont dû affronter pendant près de 20 ans une insurrection qui a finalement conduit au retour des talibans au pouvoir à l’été 2021.


« Pourquoi autant d’échecs ? Les études montrent que les administrations américaines tendent à surestimer, volontairement ou involontairement, les menaces, à poursuivre des objectifs irréalistes, à sous-estimer la complexité des sociétés qu’elles cherchent à transformer et à mal anticiper à la fois les dynamiques politiques au sein de ces pays et les contraintes politiques internes propres aux États-Unis4. L’intervention de Trump en Iran en constitue aujourd’hui une illustration frappante.


La reddition sans condition ?

« Durant les premiers jours des frappes contre l’Iran, l’administration Trump entretenait un flou stratégique quant à ses objectifs réels. Une semaine après le début des opérations, le président a toutefois levé l’ambiguïté : il ne cherche pas une négociation, mais la reddition sans condition du régime iranien. L’objectif ne serait donc plus l’éradication du programme nucléaire, mais la capitulation du régime.


« Or, le régime iranien ne montre aucun signe de capitulation et poursuit ses attaques contre les partenaires régionaux des États-Unis. Les rassemblements massifs sur la place Enghelab, à l’occasion de l’accession au pouvoir du nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, suggèrent par ailleurs qu’une part significative de la population demeure mobilisée derrière le régime, malgré les frappes.


« Pour espérer atteindre son objectif maximaliste, l’administration Trump, en coordination avec Israël, devrait donc prolonger les bombardements pendant des semaines, voire plus. Et ce, dans un contexte où la flambée des prix du pétrole commence déjà à se faire sentir aux États-Unis et où une frange du mouvement MAGA s’oppose à cette guerre.


« Mais supposons que le régime iranien finisse par s’effondrer. Que ferait alors Washington face au vide politique laissé derrière lui ?


« Comme le rappelait Philip Gordon dans Foreign Affairs4, la chute d’un régime à la suite d’une guerre engendre presque toujours un vide politique et sécuritaire. Une lutte pour le pouvoir s’enclenche, les rivalités internes s’intensifient et les groupes les plus radicaux prennent souvent l’ascendant. Un scénario déjà observé en Irak, en Syrie et en Libye. Rien n’indique que l’Iran ferait exception.


» Alors que le piège se referme doucement sur l’administration Trump, tout porte à croire que le président finira par faire volte-face, qu’il proclamera la fin des opérations et qu’il redéfinira à sa guise le sens de la victoire ; victoire qu’il ne manquera pas de s’attribuer.»


Texte d’opinion intitulé

Le piège se referme sur l’administration Trump

Jonathan Paquin 

directeur de l’École supérieure d’études internationales, Université Laval

La Presse

le 11 mars 2026

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