25 janvier 2026

Manifestant tué à Minneapolis - La peur au pouvoir

 


« Ce que vous ne comprenez pas, c’est que cette administration aime la mauvaise presse. Elle veut avoir de la mauvaise presse », me disait un avocat en droit de l’immigration à Miami.


« Ils carburent à la cruauté. Toutes ces histoires de familles séparées, de violence des agents de l’ICE, ça fait leur affaire. Ils veulent faire peur aux immigrants, pour qu’ils partent d’eux-mêmes. »


« C’était il y a deux semaines, après que Renée Good avait été abattue à bout portant.


« Depuis, on a vu un enfant de 5 ans se faire arrêter comme un bandit en revenant de l’école.


« Et samedi, un manifestant a été tué d’une dizaine de coups de feu pendant qu’il était au sol.


« Dix – 10 – coups de feu. Tirés par deux agents fédéraux. Un autre « incident tragique » prévisible, pour ne pas dire provoqué.


« Encore une fois, avant la moindre enquête, les autorités fédérales plaident la légitime défense des agents. Les vidéos soulèvent un énorme doute sur cette version, c’est le moins qu’on puisse dire.


« Alex Pretti avait une arme à feu. Il la portait légalement. Ce n’est probablement pas une bonne idée de se présenter à une manifestation avec une arme à feu, surtout face à des agents fédéraux lourdement armés. Mais jusqu’ici, aucune image disponible ne montre l’homme de 37 ans en train de menacer un agent ou de pointer son arme. Certaines images semblent indiquer que l’arme a été enlevée à Pretti avant que les agents ne l’abattent.


« La légitime défense est une réponse proportionnée à une menace immédiate. Et cette menace, on ne l’a pas vue jusqu’à maintenant dans les images de la mêlée où une demi-douzaine d’agents le plaquent dans la rue. Aucune des tactiques des manifestants, y compris les plus agressives, ni le harcèlement, la provocation ou le dérangement des opérations de l’ICE ne justifient d’ouvrir le feu.


« Le président ayant le record des expulsions en un an n’est pas Donald Trump. C’est Barack Obama. Mais jamais une administration n’avait utilisé des tactiques d’intimidation publique comme celles dont on est témoin en ce moment.


« À Minneapolis-St. Paul, une agglomération d’environ 4 millions de personnes, le nombre d’agents de l’ICE est trois à quatre fois plus élevé que celui des policiers municipaux.


« Ce sont des agents fédéraux, nullement formés pour ça, qui effectuent le contrôle de foule. Il n’y a pas de coopération entre les agents fédéraux et la police locale. Y compris pour examiner une mort par balle commise par un agent fédéral. La scène où sont morts Alex Pretti et Renée Good a été sous le contrôle total des fédéraux.


« Le patron de l’ICE à Minneapolis, Greg Bovino, a affirmé que Pretti avait deux chargeurs, sans dire où ils étaient. Mais selon Bovino, Pretti s’apprêtait à commettre un « massacre ». Il n’a fourni aucune preuve de cela.


« Ce ne serait pas si mal si le FBI était mené comme avant l’arrivée de Kash Patel, homme de main de Donald Trump. Mais déjà, des procureurs et des agents du FBI ont démissionné à cause de l’orientation politique donnée à l’enquête sur la mort de Renée Good, qualifiée de « terroriste intérieure » par l’administration Trump.


« Les administrations mentent souvent par omission. Mais voir les représentants actuels du FBI, de la Justice, de la Maison-Blanche et de la Sécurité intérieure faire des affirmations carrément contredites par des vidéos que tout le monde a pu voir est du jamais vu.


« Quelle est la suite ? Le gouverneur Tim Walz a appelé en renfort la Garde nationale de l’État du Minnesota, pour aider la police locale. Sauf que Donald Trump accuse les autorités du Minnesota et de Minneapolis de fomenter le trouble, et même d’« inciter à une insurrection ».


« On a compris depuis longtemps déjà que Trump veut déclarer un état d’urgence pour enclencher le mécanisme de la Loi sur l’insurrection. Cela permet de déployer l’armée américaine.


« Les cas d’utilisation de cette loi d’exception ont été très différents. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle a été invoquée par des présidents dans le contexte d’émeutes raciales et d’abus des États du Sud ségrégationnistes (Eisenhower, 1953, Kennedy, trois fois, Johnson, trois fois, notamment après les émeutes ayant suivi l’assassinat de Martin Luther King). Puis en 1987, 1989 et 1992 par Reagan et Bush père à la suite d’émeutes majeures.


« À Minneapolis, il y a des affrontements, mais on ne voit ni destruction ni morts… sauf celles causées par les agents fédéraux eux-mêmes.


« Comment l’armée réagira-t-elle à un ordre d’occupation ? En septembre, Donald Trump a convoqué les 800 plus hauts gradés des forces armées américaines, l’an dernier, pour leur dire qu’ils devaient se tenir prêts à intervenir dans les villes américaines, au lieu de faire la police partout sur la planète.


« Il faut combattre l’« ennemi de l’intérieur », car il y a une « guerre » dans les villes, a-t-il dit aux dirigeants de l’armée.


« On ne devrait donc pas être surpris si ça se produit. Il a trouvé le lieu, le prétexte.


« J’ai dit plus haut que le but était d’effrayer les migrants. Le but en réalité est de faire peur à tout le monde. Car pour Trump, le pouvoir c’est la peur, et la peur, c’est le pouvoir.


«Il y aura d’autres morts.»


Chronique intitulée

La cruauté comme propagande

Yves Boisvert

La Presse

le 25 janvier 2026

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