29 janvier 2026

Quand le président joue à la guerre en Iran



« Le Moyen-Orient en entier est sur le pied de guerre. L’armada américaine se déploie dans le golfe Persique. Les avions de chasse atterrissent en grand nombre dans les bases américaines de la région en Jordanie, en Arabie saoudite, à Oman, à Bahreïn et dans les Émirats. Le porte-avions Abraham Lincoln mène la flotte.


« On n’a pas besoin de savoir lire les étoiles pour conclure que l’administration Trump prépare une attaque imminente contre l’Iran. Ou du moins qu’elle masse ses forces militaires autour de la République islamique dans un ultime coup de force pour faire plier le régime des ayatollahs.


« C’est une flotte plus grande que celle qui a été déployée au Venezuela, a écrit Donald Trump mercredi sur Truth Social, et elle est « prête, volontaire et capable de remplir rapidement sa mission, avec célérité et violence, s’il le faut ».


« En surface, ça semble clair. Mais l’est-ce vraiment ?


« Dans ses communications, Donald Trump parle de mission, de but, du bien-fondé de cette escalade militaire, mais sans être bien précis sur la nature de cette mission, de ce but, de ce bien-fondé.


« En fait, le président américain semble changer d’idée sur ses visées en Iran aussi souvent qu’il change de cravate rouge. Un jour, il veut que le régime de Téhéran arrête de tuer les manifestants. Il promet des renforts à ces derniers et les exhorte à continuer de protester malgré la répression sans précédent. Le lendemain, il désire plutôt une entente sur le programme nucléaire.


« Pourtant, ces deux objectifs sont aux antipodes.


« Le premier – qui consiste à protéger les êtres humains – implique ni plus ni moins la chute du régime qui vient tout juste de massacrer des milliers de manifestants dans le plus gros bain de sang de son histoire déjà sanglante. 


« Et on ne parle pas seulement de kidnapper l’ayatollah Khamenei, le chef suprême de la théocratie, dans une mise en scène arrangée avec le gars des vues comme au Venezuela.


« Non, en Iran, pour que le régime tombe, c’est toute une classe politique qui doit être écartée du pouvoir et un appareil répressif qui compte des centaines de milliers de bras armés qui doit être démantelé. Le secrétaire d’État des États-Unis, Marco Rubio, est le premier à le reconnaître. « On parle d’un régime en place depuis longtemps, alors ça va demander une réflexion très poussée », dit ce dernier.


« Le second objectif – sur la question nucléaire – passe par une entente avec le régime en place. Un régime islamique qui en sortirait fort probablement affaibli parce qu’il viendrait de négocier avec un fusil sur la tempe, mais un régime qui survivrait quand même. Dans toute sa brutalité. Et le tout se terminerait par une poignée de main.


« Quand des journalistes ont demandé quelle direction allait prendre l’intervention américaine en Iran, le président américain a répondu un énigmatique : « On verra bien ! »


« Un « on verra bien » qui glace le sang. Car encore une fois, il semble que l’objectif principal de Donald Trump est de gagner, mais sans trop savoir comment ou pourquoi.


« Comme s’il jouait aux fléchettes à La Ronde au mois de juillet. Lançons-en une pour voir si elle atteindra la balloune rouge ou la balloune bleue. Pour voir si le prix sera une souris Mickey en peluche ou un gros ballon illuminé. La tête des gros bonnets du régime des mollahs ou la fin de l’enrichissement de l’uranium. L’important, c’est de ne pas repartir les mains vides.


« Sauf qu’en Iran, ce sont les vies de millions d’hommes, de femmes et d’adolescents qui sont en cause. C’est le destin d’un peuple à l’histoire millénaire qui est maintenant entre les mains d’un gambler.


« Et ce gambler change rapidement de table quand le jeu auquel il s’adonne le lasse. Une semaine, c’est la roulette russo-ukrainienne, la semaine suivante, c’est une partie de backgammon à Gaza, trois jours plus tard, il sort le Risk pour le Groenland et revient finalement aux dominos au Venezuela. L’Iran ne fera pas exception.


« Dans ce carrousel incessant, chaque pays n’est qu’un pion sur un échiquier où le roi joue à la guerre, sans se soucier des conséquences.


« On verra bien » ? Ça « regarde » bien mal. »


Chronique intitulée

Jouer à la guerre

Laura-Julie Perreault

La Presse

le 28 janvier à 19h 50 

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