17 mai 2026

Sondage - Les Québécois boudent encore les États-Unis

« Les Québécois continuent de bouder leur voisin du Sud comme destination pour leurs vacances, révèle un nouveau sondage Synopsis-La Presse. En raison du contexte politique, mais aussi à cause de la hausse du coût de la vie, la vaste majorité compte rester dans la province.


«D’après ce sondage, un peu moins de la moitié des Québécois prévoit de prendre des vacances cet été, tandis qu’un tiers est encore incertain. « Ça dénote une certaine insécurité », remarque Youri Rivest, associé chez Synopsis.


« Pour 64 % des voyageurs, le coût de la vie influence « beaucoup » ou « assez » le choix de la destination pour les vacances d’été. « Peu de gens disent que ça n’a pas ou peu d’impact », note Youri Rivest.


« Des personnes qui ont déjà commencé à planifier leurs vacances, 85 % entendent demeurer au pays ; les deux tiers comptent même rester au Québec ou autour de chez elles. Parmi les destinations québécoises envisagées, Québec ressort comme la plus prisée (voir autre texte).


« Mais près d’un an et demi après les droits de douane imposés par l’administration Trump, la grogne envers les États-Unis demeure élevée. À peine 4 % des répondants ont dit vouloir s’y rendre pour leur voyage « principal » cet été. C’est encore moins que l’an dernier, où seulement 6 % y avaient séjourné.


« Ces estimations peuvent sembler étonnamment basses, mais elles n’incluent pas les week-ends ou les séjours ponctuels de courte durée, précise Youri Rivest. « On regarde le voyage principal, et non tous les voyages » faits au cours de l’été, souligne-t-il.


« Cette bouderie des États-Unis n’est pas nouvelle. « L’année dernière, ça avait déjà baissé », se souvient Marc-Antoine Vachon, titulaire de la Chaire de tourisme Transat de l’ESG UQAM.


« Si on inclut tous les voyages « d’agrément », un sondage qui avait été réalisé pour sa chaire montre que 13 % des Québécois sont allés aux États-Unis durant l’été 2025 – soit une baisse de 10 points par rapport à 2024.


« Cette tendance à la baisse concorde avec les données de Statistique Canada, qui montrent que les traversées à la frontière sont, elles aussi, en déclin depuis février 2025.


« Au total, le nombre de Canadiens traversant la frontière terrestre a fondu de 31 % en 2025, en comparaison avec l’année précédente. Et la grogne ne semble pas s’être calmée depuis, puisque le nombre de Canadiens se rendant aux États-Unis en voiture a continué de décliner : dans les quatre premiers mois de 2026, le nombre de traversées était en baisse de 10 % par rapport à l’année précédente.


Le contexte politique en cause

« C’est quelque chose qui ne s’essouffle pas et qui est assez spécifique au Canada », remarque Julien Frédéric Martin, professeur au département des sciences économiques de l’UQAM.


« D’autres pays, comme l’Allemagne ou la France, ont eux aussi enregistré une baisse des voyages vers les destinations américaines, habituellement prisées par les touristes. Mais nulle on n’observe une chute « aussi constante et marquée » que chez nous, souligne l’expert.


« Chez les « hardcores », ceux qui sont vraiment férus de voyages aux États-Unis, ça a moins d’impact.

-Youri Rivest, associé chez Synopsis 


« Les pistes expliquant cette baisse des voyages vers notre voisin du Sud sont multiples : on peut penser au boycottage amorcé dès la mise en place des droits de douane par Donald Trump, ou encore à la peur de l’ICE, exacerbée par la médiatisation de cas de voyageurs qui restent bloqués à la frontière. « Mais je pense qu’il y a plus que ça », avance Julien Frédéric Martin.


Vancouver, Gaspésie, rester en ville…


« Selon lui, les menaces ciblées d’annexion de la part de Donald Trump ont fait l’effet d’une douche froide pour les Canadiens, après des décennies d’échanges économiques et amicaux avec ce pays allié.


« C’est un réflexe assez naturel », souligne le chercheur. « Je ne pense pas qu’il y ait d’animosité envers les Américains en général, c’est vraiment plus dirigé contre l’administration américaine. C’est la seule chose que les gens puissent faire pour riposter, pour dire qu’ils ne sont pas d’accord avec ces décisions sur lesquelles ils ont, en fait, très peu de contrôle. »


Plusieurs stratégies pour réduire les frais… ou non

« Les stratégies adoptées par les répondants pour rester dans leurs frais varient. Beaucoup pensent réduire les dépenses sur place – restos, sorties, activités –, ou choisir une destination plus proche pour économiser sur le carburant. Un jeune sur cinq pense même reporter ses vacances ou voyager hors saison, et chez les moins de 55 ans, on se tourne souvent vers le camping ou l’hébergement chez des proches.


« Cependant, peu de Québécois se résignent à prendre des vacances plus courtes : les deux tiers pensent partir pendant à peu près la même durée qu’en 2025.


« Et paradoxalement, près du quart des répondants ne prévoient « aucun ajustement » pour réduire l’impact de la hausse des prix pendant leurs vacances, même si cela les préoccupe. Ces données concordent avec celles de la Chaire de tourisme Transat, qui montrent que 22 % des voyageurs ne comptent pas adopter de comportements économes en 2026 – une hausse de 8 % par rapport à l’année précédente.


« Certains se disent qu’ils regardent les prix à l’épicerie chaque jour, mais qu’en voyage, ils se font plaisir », explique Marc-Antoine Vachon.»


Avec Pierre-André Normandin, La Presse

Méthodologie :

« Le sondage a été réalisé du 7 au 10 mai. Les 1000 répondants ont été recrutés par des panels en ligne et avaient le choix de répondre en français ou en anglais. L’étude a été menée en ligne. Les données ont été pondérées sur la base de l’âge, du sexe, de la langue maternelle et de la région afin de représenter la population adulte du Québec.»


Article intitulé

Belles vacances dans la Belle province

Chloé Bourquin et Léa Carrier

La Presse

le 17 mai 2026

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