« Les impôts et la mort sont les seules certitudes en ce monde, a dit Benjamin Franklin. Mais le refus de payer son tribut reste un geste de contestation important dans l’histoire américaine. Encore aujourd’hui, des citoyens comptent priver le gouvernement de ces revenus. Le mouvement de « résistance par les impôts » gagne du terrain.
« Pour beaucoup de gens, considérer de ne pas payer ses impôts ou de retarder le processus apparaît comme une mesure extrême », note Christina Thompson, jointe au Maryland. Mais la situation actuelle « n’est pas normale », ajoute la coordonnatrice du National Tax Strike.
« Ce groupe a vu le jour il y a un peu plus d’un an. Pour protester contre les coupes gouvernementales, les tactiques de la police de l’immigration (ICE), les opérations militaires ou l’inaction du Congrès, il prône la désobéissance civile par les impôts.
« L’option la plus radicale – et illégale – consiste à refuser de payer la somme due et peut entraîner des pénalités allant jusqu’à l’emprisonnement. La « méthode du ralentissement » consiste à attendre la date butoir du 15 avril pour envoyer sa déclaration de revenus. Si possible par la poste, en effectuant ensuite un paiement en personne ou par chèque. « Pour rendre le versement plus compliqué », explique Mme Thompson.
« Le but n’est pas de définancer le gouvernement – ce n’est pas réaliste –, mais de montrer de manière publique et non violente qu’on ne soutient pas les actions inconstitutionnelles de ce gouvernement. »
Christina Thompson, coordonnatrice du National Tax Strike
« Les participants sont invités à faire connaître leur position, en joignant une lettre à leur déclaration. Ce n’est pas un mouvement anti-impôts, souvent associé à la droite, mais un refus de financer certains choix. Des membres du National Tax Strike étaient présents aux manifestations No Kings samedi pour faire connaître cette option.
Retenues à la source
¨Dans un monde automatisé, les Américains doivent remplir un formulaire pour modifier leurs prélèvements à la source s’ils veulent exercer un contrôle sur les versements. Contrairement à l’Agence du revenu du Canada, l’Internal Revenue Service (IRS), son pendant américain, n’exige pas de pièces justificatives pour des crédits d’impôt anticipés.
« On peut toujours mettre à jour le formulaire pour baisser ou éliminer la retenue à la source », explique Lincoln Rice, coordonnateur du National War Tax Resistance Coordinating Committee (NWTRCC).
« Les membres de ce comité, né en 1982, s’opposent aux taxes et impôts pour les budgets militaires. Ils paient cependant les impôts locaux, et les sommes pour l’assurance maladie et la sécurité sociale sont toujours prélevées. L’organisme épaule le National Tax Strike.
« On ne peut mesurer le nombre de participants au boycottage des impôts, ni sous quelle forme ils y participent. M. Rice note cependant une hausse des visites sur le site du NWTRCC, d’abord après le début des opérations à Gaza, en 2023, puis avec les coupes dans l’administration publique peu après l’arrivée de Donald Trump et les tactiques brutales de l’ICE. De 40 000 visiteurs uniques en un an avant octobre 2023, le nombre a grimpé à plus de 110 000 en un mois en janvier, souligne M. Rice.
Refus de financer la guerre
« Joint au téléphone à Brooklyn, Ed Hedemann compte une longue expérience de « résistance aux impôts et aux taxes pour la guerre ». L’homme de 81 ans a refusé la conscription en 1969 et s’est opposé aux impôts pour la guerre peu après. « C’était incohérent pour moi de refuser d’y aller, mais de payer le gouvernement pour qu’il envoie d’autres personnes », explique-t-il, assurant avoir versé l’équivalent des sommes dues à des organismes.
« Il a été pourchassé par l’IRS, mais comme le délai de prescription pour recouvrer l’argent est de 10 ans, la majorité de la dette est effacée, assure-t-il.
« Les coupes à l’IRS, qui a perdu environ le quart de ses effectifs, pourraient rendre les mesures contre les récalcitrants encore plus difficiles à appliquer.
« Les contestataires puisent dans une longue tradition – le rejet d’un tribut sans représentativité en 1773, le refus de Henry David Thoreau de payer ses impôts en 1846 pour protester contre l’esclavagisme et la guerre au Mexique, le boycottage d’une taxe pour la guerre au Viêtnam dans les années 1970. C’est avant tout un moyen de pression. « D’un point de vue purement monétaire, l’impact serait négligeable », note Vanessa Williamson, chercheuse principale à la Brooking Institution et autrice du livre Read my Lips: Why Americans are Happy to Pay Taxes.
« Un nombre élevé d’Américains voient encore le paiement des impôts comme un geste « patriotique », d’après ses recherches. Mais elle craint une baisse du sentiment si les coupes à l’IRS ébranlent la confiance.
« Les coûts de la guerre en Iran inquiètent aussi les économistes, même si le secrétaire au Trésor a assuré qu’il n’y aurait pas de hausse des impôts pour financer les opérations.
« Il va falloir que ça augmente un moment donné », estime Heidi Peltier, associée de recherche principale à l’Université Brown. Surtout si la guerre se prolonge. Les intérêts sur la dette s’accumulent rapidement. « Ce n’est pas un modèle viable », ajoute celle qui participe à un projet sur les coûts des guerres. »
Article intitulé
La résistance par les impôts gagne du terrain aux États-Unis
Janie Gosselin
La Presse
le 31 mars 2026

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