« Devant les fleuves de sang versés par ce régime d’assassins, aurait-il fallu attendre encore un an ? Dix ans ?
« L’éradication violente du régime des mollahs iraniens est un évènement qui ne fera pleurer personne, comme on dit partout. C’est une nécessité politique, humanitaire et, j’oserais dire, légitime juridiquement.
« Combien de temps fallait-il encore attendre pour respecter le droit international ? Dans quel monde imaginaire le Conseil de sécurité des Nations unies va-t-il voter une résolution d’intervention militaire en Iran ? Avec la Chine et la Russie à la table ?
«Cela n’arrivera jamais, cela ne serait jamais arrivé.
« Bien sûr, avec comme commandants en chef Donald Trump, méprisant toutes les organisations internationales, et pire encore Benyamin Nétanyahou, accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, l’opération a mauvaise presse.
« Mais comment exactement ce régime de fanatiques religieux était-il censé tomber ?
« Ce sont les forces vives de la nation qui sont assassinées. Emprisonnées. Torturées. Les étudiants. Les opposants. Les manifestantes.
« Le 5 février, donc il y a un mois, Human Rights Watch avait établi avec des sources médicales et autres que 7015 personnes avaient été abattues par le régime seulement depuis le début de l’année, à l’occasion de soulèvements contre le pouvoir. Les médias officiels iraniens parlent de plus de 3000 morts. Et d’autres évaluations, dont celle de Time Magazine, établissent à plus de 30 000 morts le bilan de cette répression.
« Ça, c’est pour cette année seulement.
« L’Iran est également le pays qui exécute le plus de citoyens per capita, et de loin.
« En plus d’opprimer sa population, notamment en infligeant un code vestimentaire aux femmes, l’Iran est le plus grand commanditaire du terrorisme dans la région. Derrière le Hamas et le Hezbollah, il y a le financement massif de l’Iran.
« Ajoutons à cela les nombreuses déclarations de ses dirigeants appelant à faire disparaître Israël de la carte. Et, ce qui n’est pas un détail, son double jeu constant au sujet de l’arme nucléaire.
« Combien de temps « le reste du monde » doit-il attendre, pendant que les prisons et les morgues débordent ?
***
« Le droit international pose comme principe la souveraineté des nations. Avant d’intervenir militairement dans un pays, avant de lui faire la guerre, il faut des motifs sérieux. Une menace imminente. Une riposte à une agression.
« Dans un monde idéal, ou disons simplement meilleur, il faudrait une coalition internationale, l’approbation d’instances crédibles confirmant que tout a été essayé et qu’il n’y a pas d’autre solution.
« J’en conviens.
« Mais il existe aussi en droit international une très élusive « responsabilité de protéger » les populations. Je dis élusive parce qu’on ne compte pas beaucoup de succès dans les interventions militaires faites au nom de ce principe – poussé d’abord et avant tout au début des années 2000 par le Canada, en passant.
« C’est pourtant un principe valable, une avancée du droit humanitaire international. D’où vient-il ?
« Il vient des massacres des années 1990, quand le monde savait et ne faisait rien.
« Quand Milošević exécutait son nettoyage ethnique en Bosnie-Herzégovine, quand la Croatie était attaquée. Quand le génocide au Rwanda a fait 800 000 morts.
« On a dit ensuite « plus jamais ».
« L’OTAN a ordonné des bombardements, Bill Clinton était alors en poste à Washington. Oui, il y a eu des négociations, des pourparlers… et beaucoup trop de délais.
« On peut légitimement recourir à ce principe de responsabilité pour justifier l’éradication du régime iranien.
« En plus des arguments « préventifs » concernant l’arme nucléaire et le soutien au terrorisme.
« Tout cela n’a pas été articulé clairement par le président des États-Unis. On peut lui soupçonner toutes sortes de motifs obliques – écarter le dossier Epstein, faire main basse sur les réserves pétrolières, plaire à Israël, etc.
« Je n’ai aucune confiance dans la vision géopolitique de Donald Trump, ni de son entourage.
« Il n’y a pas non plus de stratégie claire pour la suite des choses. On ne peut pas prévoir l’enchaînement des évènements à partir de maintenant. Peut-être verra-t-on que c’était un mauvais calcul. On n’est pas à l’abri d’une catastrophe ou cinq.
« Mais des fous de Dieu ayant juré de mourir en martyrs plutôt que de céder le pouvoir ne pouvaient pas partir tranquillement.
« Il fallait qu’ils partent. Parfois, il faut assassiner les tyrans. C’est de la légitime défense.
« Il fut un temps, avec l’établissement de tribunaux internationaux, où l’on proclamait la fin de l’impunité des tyrans. Ce temps n’est hélas jamais arrivé. Un droit sans police est généralement impuissant.
« Israël et les États-Unis ont pris un risque considérable dans cette opération. Mais remarquez que cette fois, Washington n’a pas la prétention de se lancer dans le nation building. Ce sera aux Iraniens de changer le régime… sous supervision américaine.
« Personne ne sait ce qui en sortira et on ne peut qu’être d’accord avec tous ceux qui s’inquiètent. Les 25 dernières années de décapitations de régimes n’ont pas donné de très bons résultats.
« Mais si un régime d’un pays devait être écrasé, c’est celui-là. Il me semble qu’on doit le dire moins timidement, même si Donald Trump était aux manettes. »
Chronique intitulée
Il faut parfois assassiner les tyrans
Yves Boisvert
La Presse
2 mars 2026

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