« Au début de la semaine, l’ex-députée républicaine de la Géorgie et égérie du mouvement Make America Great Again (MAGA) Marjorie Taylor Greene a mis en doute l’état de santé mental du président Donald Trump dans la foulée de l’intervention militaire lancée samedi par les États-Unis et Israël contre l’Iran.
« Qu’est-ce qui lui passe par la tête ? Quelle est sa condition mentale ? » a demandé l’ex-alliée du populiste devenue une de ses critiques les plus virulentes. C’était lundi, au micro de la commentatrice politique conservatrice Megyn Kelly sur Sirius XM. « Qu’arrive-t-il à l’homme que j’ai soutenu, l’homme qui a dénoncé ce qui s’est passé en Irak, l’homme qui a dit “Plus de guerre à l’étranger”, “Plus de changement de régime” ? »
« Et d’ajouter : « On est de nouveau dans une putain de guerre, et on a des soldats américains qui se font tuer. » Six sont morts en service depuis le début de la guerre, indique le dernier bilan de l’armée américaine, contre 787 victimes iraniennes, selon le Croissant-Rouge.
« La stupeur qui a suivi le déclenchement de l’opération « Fureur épique » (Epic Fury) lancée samedi contre le régime iranien par le Pentagone et l’armée israélienne ne s’est pas seulement répandue partout dans le monde. Elle semble aussi avoir gagné les rangs des fidèles du populiste et de son mouvement MAGA, où plusieurs se retrouvent désormais en porte-à-faux face à une guerre déclenchée par le président du peuple et « de la paix ».
« Depuis des années, l’homme a promis à sa base électorale de sortir le nez des États-Unis des affaires des autres sur l’échiquier international et des conflits lointains et sans fin, pour mieux se concentrer sur les besoins essentiels des Américains à l’intérieur du pays. Un engagement à mettre l’« Amérique en premier », au cœur de sa dernière campagne, et que les frappes américaines en Iran viennent de transformer pour plusieurs en « trahison ».
« Le président a été très mal conseillé », a résumé dimanche le directeur exécutif du magazine The American Conservative et voix forte du trumpisme, Curt Mills, invité dans le balado de Steve Bannon, ex-conseiller du président américain. « Certes, l’Iran est un adversaire des États-Unis, mais le pays ne représentait aucune menace imminente. Ce n’est donc pas une question que le président Trump devait gérer dans l’intérêt des États-Unis.»
« Selon lui, cette guerre est menée « par les élites, et plus précisément par l’État profond », a-t-il dit dans les pages de The Atlantic, plaçant ainsi le président, ouvertement anti-élite et promoteur de la théorie complotiste dudit État profond, face à une drôle de contradiction.
Entre condamnation et célébration
« Le suprémaciste blanc Nick Fuentes, dont la radicalité séduit les jeunes partisans de Donald Trump, est allé plus loin en disant voir dans les frappes américaines sur l’Iran la preuve que « le mouvement MAGA est bel et bien mort », a-t-il dit dans son balado baptisé America First. « Vous pouvez voter pour un candidat qui rejette la guerre mondiale contre le terrorisme, la guerre en Irak, les changements de régime, quelqu’un qui promet explicitement de ne pas nous entraîner dans de nouveaux conflits et vous aurez tout cela quand même. Nous sommes dans une situation désespérée. Ce n’est plus une république », a-t-il ajouté en qualifiant le gouvernement Trump de « régime illégitime » et en appelant à le « destituer ».
« Tucker Carlson, vecteur médiatique de la droite radicale et du complotisme, a qualifié le déclenchement de la guerre d’« absolument dégoûtante et maléfique ».
« Des propos durs qui contribuent à alimenter un schisme au sein même de la coalition ayant redonné les clefs du pouvoir à Donald Trump en 2024 et où, dans d’autres extrêmes, plusieurs osent aussi saluer la décision du président. « C’est un héros, et il fait la fierté de notre pays », a résumé Laura Loomer, militante extatique du trumpisme sur le réseau X après avoir félicité au téléphone le président pour ses frappes, samedi.
« C’est le plus grand jour de la politique étrangère américaine depuis la chute du mur de Berlin », a commenté le chroniqueur conservateur Marc Thiessen sur les ondes de Fox News samedi. « Donald Trump va s’imposer aujourd’hui comme l’un des commandants en chef les plus influents de l’histoire américaine », a-t-il ajouté.
« N’empêche, les Américains restent divisés devant la décision de Donald Trump de partir en guerre contre l’Iran, tout comme devant les justifications divergentes des frappes en provenance de la Maison-Blanche et de l’entourage du président depuis près de 72 heures. Un sondage YouGov dévoilé lundi indique que 48 % d’entre eux désapprouvent l’intervention miliaire lancée contre l’Iran, contre 37 % qui disent l’approuver. Chez les démocrates (78 %) et les indépendants (55 %), la désapprobation est majoritaire.
« Lundi, le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, a cherché à convaincre l’opinion publique du bien-fondé de cette guerre, en cherchant au passage à rassurer la base électorale de Donald Trump sur la conformité du geste avec l’idéologie du mouvement MAGA.
« L’opération Fureur épique, a-t-il dit, est un acte de résistance « au politiquement correct » mené « selon nos conditions, avec tous les pouvoirs nécessaires », et sans nos « alliés traditionnels qui s’indignent et s’offusquent de l’usage de la force », a-t-il dit lors d’une conférence de presse. « Ce n’est pas l’Irak. Ce conflit n’est pas sans fin. Notre génération est plus avisée, et ce président aussi. Il a qualifié de stupides les vingt dernières années de guerres [visant à reconstruire et démocratiser des pays], et il a raison. C’est tout le contraire qui s’est produit. »
« Un message qui semble percoler depuis samedi dans les rangs républicains, où l’appui aux attaques est passé de 68 %, au moment du déclenchement des hostilités, à 76 % lundi, selon YouGov, creusant ainsi davantage le clivage au sein d’une coalition MAGA en train de se fracturer.»
Analyse intitulée
L’Iran réveille un schisme au sein du mouvement MAGA
Fabien Deglise
Le Devoir
publiée le 3 mars à 16 h 49

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