« Téhéran a accusé les États-Unis de planifier « secrètement » une offensive terrestre, dimanche. La veille, le Washington Post révélait que le Pentagone prépare un envoi de troupes sur le sol iranien. Cela ne peut causer qu’une escalade des tensions, estime un expert.
« Après avoir martelé, au début du conflit, qu’aucune offensive terrestre ne serait entreprise, voilà que le président Donald Trump change son fusil d’épaule. Le conflit, amorcé le 28 février par une attaque américano-israélienne contre la République islamique, entame son deuxième mois.
« On est manifestement dans une logique d’escalade, de changement dans la nature du conflit », commente Julien Tourreille, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand.
« Selon le Wall Street Journal, jusqu’à 10 000 soldats pourraient être dépêchés sur le territoire de l’Iran dans un avenir rapproché, ce qui est généralement considéré comme un acte de guerre lorsque le pays concerné n’a pas autorisé le déploiement.
« Ces unités sont notamment des marines et des membres des forces spéciales, qui sont capables de réaliser des opérations derrière les lignes ennemies, explique M. Tourreille. Cependant, « la majorité ne sont pas des combattants, mais du personnel de soutien. Le ratio est d’un tiers, voire de la moitié dans la meilleure des conditions », précise-t-il.
« L’objectif ultime de Washington en Iran demeure nébuleux. Mais le possible envoi de troupes sur le sol iranien, pour Julien Tourreille, servirait à deux choses : « Mettre de la pression à Téhéran dans l’espoir d’obtenir des concessions sur le détroit d’Ormuz, puis essayer de prendre contrôle de portions limitées du territoire iranien comme l’île de Kharg, par laquelle l’Iran exporte 90 % de ses hydrocarbures. »
« Le président des États-Unis a justement affirmé que l’armée américaine pouvait prendre « très facilement » le contrôle de l’île de Kharg, lors d’un entretien au Financial Times diffusé dimanche soir.
Planification fautive
«En plus d’avoir mal planifié sa guerre et de ne pas avoir trouvé de justification valable, le président Trump donne l’impression d’improviser, juge Julien Tourreille, spécialiste en politique étrangère et de défense américaine.
« Dimanche, l’occupant de la Maison-Blanche déclarait que les États-Unis avaient obtenu un « changement de régime » en Iran, notamment en tuant le guide suprême Ali Khamenei et plusieurs hauts responsables de la République islamique. Mais c’est faux : le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, appartient à la même lignée familiale, et le clergé chiite dirige toujours le pays de façon autoritaire.
« C’est l’une des guerres les plus mal conçues, préparées et dirigées. »
Julien Tourreille, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand
« Avec une cote d’approbation qui plombe à 36 % dans certains sondages chez la population américaine, on parle de la « guerre contemporaine la moins populaire par une marge très significative », poursuit-il. À titre comparatif, l’invasion américaine en Irak, sous George W. Bush en 2003, était vue d’un œil positif à 76 %.
« Même la base républicaine et les adeptes du mouvement MAGA, qui soutiennent en grande majorité les manœuvres actuelles du président en Iran, ont des opinions divisées sur la nécessité d’une avancée terrestre.
« Le président américain Donald Trump lors d’un discours aux militaires américains à Fort Bragg, en Caroline du Nord, en février
« Avec leurs plus récents envois, les États-Unis comptent 50 000 soldats stationnés dans la région du Moyen-Orient, soit 10 000 de plus qu’à l’habitude. Ces soldats se trouvent en Arabie saoudite, à Bahreïn, en Irak, en Syrie, en Jordanie, au Qatar, aux Émirats arabes unis et au Koweït.
« Ça me paraît assez surprenant. Je ne pensais pas que le président soit prêt à prendre le risque dedéployer des troupes au sol et de se retrouver dans une configuration beaucoup plus dangereuse. Il s’expose à un potentiel de pertes assez significatives », souligne le chercheur.
Les bombardements se poursuivent
« À Téhéran, une série d’explosions, dont l’une très puissante, ont été entendues dimanche soir. Le ministère iranien de l’Énergie a signalé des coupures de courant dans la capitale et sa région, après des « attaques » contre des installations électriques.
« Israël a pour sa part annoncé avoir frappé un site clé de production de missiles iraniens, avant de lancer de nouvelles salves dans la soirée contre diverses cibles.
« L’État hébreu a aussi fait état sur son sol d’un « impact de débris de missile » dans un complexe industriel du sud d’Israël visé par des tirs des Gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique.
« Pendant que les tirs se poursuivent, le Pakistan s’est déclaré prêt à « accueillir et faciliter, dans les prochains jours, des pourparlers significatifs » entre les États-Unis et l’Iran. Le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, souhaite parvenir à « un règlement global et durable du conflit ».
« Peu importe la manière dont le conflit se soldera, la population iranienne en sortira ébranlée. Dans le dernier mois, des universités ont été bombardées, de même que des centrales électriques et des raffineries. Des milliers de personnes sont mortes, pas seulement des militaires et membres du régime.
« Une sortie de crise est difficilement envisageable pour le moment, mais pourrait survenir si Donald Trump se montre sensible à la baisse des appuis ou à la chute boursière, estime M. Tourreille.
Article intitulé
« On est dans une logique d’escalade »
William Thériault
Avec L’agence France-Presse, The New York Times et BBC
La Presse
Le 30 mars 2026

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire