10 avril 2026

Santé mentale du président - Des élus états-uniens inquiets

« Les mots crus utilisés par le président américain et la gravité de ses menaces contre l’Iran prouvent-ils un important déclin cognitif ? Pour plus de 50 élus démocrates, mais aussi pour d’anciens partisans de Donald Trump, la réponse est oui : ils demandent au Cabinet d’utiliser une mesure de la Constitution pour le suspendre de ses fonctions.

« Aucun président en pleine possession de ses moyens ne promettrait publiquement d’éradiquer une civilisation entière », a écrit sur X le sénateur démocrate du Connecticut Chris Murphy, en réaction à la menace lancée par le président à l’Iran mardi. Il est « devenu fou », a aussi réagi l’ancienne représentante républicaine Marjorie Taylor Greene sur le réseau social dimanche ; le matin de Pâques, Trump menaçait de détruire ponts et centrales électriques en Iran, utilisant le juron « fuckin’ » et terminant par « Allah soit loué ».


« Comme d’autres, ils ont demandé au Cabinet d’« invoquer le 25amendement ». Discours politique avant tout destiné à gagner des points auprès de l’électorat ou réelle inquiétude quant à la santé de Trump ? Peu importe la raison, la procédure n’a à peu près aucune chance d’être lancée dans un avenir rapproché.


« L’idée derrière le 25amendement n’est pas de donner un moyen de se débarrasser de présidents qu’on n’aime pas : c’est de s’assurer qu’il y a toujours quelqu’un aux commandes », explique Brian Kalt, professeur de droit à l’Université d’État du Michigan, spécialiste de la question.


« Cette disposition de la Constitution, adoptée en 1967, prévoit les règles de succession si le président meurt, démissionne ou est incapable de gouverner, temporairement ou à plus long terme. L’élection présidentielle étant à date fixe, l’amendement permet une passation simplifiée des pouvoirs au vice-président, jusqu’au prochain scrutin.


Refus

« Une section décrit la procédure en cas d’invalidité du président, pour des raisons physiques ou mentales, lorsqu’il ne peut prendre lui-même la décision de quitter ses fonctions.


« Ça touche une grande variété de situations, comme si le président est dans le coma : c’est alors très clair qu’il ne peut pas gouverner », dit Joel Goldstein, professeur émérite de droit à l’Université Saint Louis, au Missouri. 


« Mais les auteurs de cet amendement ont aussi prévu une situation des plus délicates : un président conscient, incapable de remplir son rôle pour des raisons physiques ou mentales et refusant de le reconnaître.


« C’est alors au vice-président et à la majorité des 15 membres du Cabinet à la tête des grands« départements de lancer la procédure et de démettre immédiatement le leader de ses fonctions. Le vice-président devient alors président.


« Si l’élu conteste ce retrait de ses fonctions, le vice-président et le Cabinet ont un maximum de quatre jours pour réitérer leur décision. Le Congrès doit ensuite voter, après un maximum de 21 jours à étudier la question. Les deux tiers des voix, à la fois au Sénat et à la Chambre des représentants, sont requis pour maintenir la décision.


Pas une destitution

« Une telle démarche n’a jamais été lancée.« La barre a été placée très haut », souligne M. Kalt.


« À titre comparatif, pour lancer une procédure en destitution, utilisée pour des accusations de fautes graves, il suffit d’obtenir une majorité simple à la Chambre des représentants. Les deux tiers des sénateurs doivent ensuite conclure à la culpabilité du président pour le démettre de ses fonctions.


« Les auteurs de l’amendement ont confié le soin de lancer la procédure aux plus proches collaborateurs du président, souvent les plus loyaux et les mieux placés pour connaître son état, parce qu’ils « ne voulaient pas que ça devienne un ballon de football politique », explique M. Goldstein, mais comptaient sur les décideurs pour « agir en fonction de la moralité et de la bienséance constitutionnelles ».


Partisanerie

« Dans le paysage actuel, le 25amendement est plus souvent soulevé par des membres du parti adverse. Les républicains, Trump en tête, avaient aussi demandé aux démocrates d’intervenir quand le président Joe Biden apparaissait de plus en plus diminué.


« Les anciens partisans de Trump ayant demandé le recours au 25amendement, comme Tucker Carlson, Alex Jones et Marjorie Taylor Greene, sont déjà en colère contre l’administration pour la guerre en Iran.


« Mais des personnes du domaine médical ont aussi soulevé des inquiétudes. 


« Le DVin Gupta, analyste médical pour MS Now, a écrit cette semaine que le président « présente tous les signes d’une démence ».


« La Maison-Blanche a nié les rumeurs sur de graves problèmes de santé du président, liés non seulement à ses déclarations outrageuses, mais aussi à différents problèmes physiques apparents – des ecchymoses sur ses mains, mal cachées par du maquillage, de l’enflure aux chevilles.


« Trump s’est fait un nom en défendant un style de négociation à la force du poignet, en recourant aux hyperboles, en provoquant ses adversaires. Ses propos récents ont repoussé des limites, mais il reste difficile de savoir ce qu’ils révèlent réellement sur ses capacités.


« Dans une situation où un président n’est pas totalement incapable d’exercer ses fonctions, le 25amendement vise à le protéger, à rendre difficile de lui enlever le pouvoir », rappelle M. Kalt.


Article intitulé

De plus en plus d’élus inquiets, démocrates comme républicains

Janie Gosselin

La Presse

le 10 avril 2026

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