09 avril 2026

Guerre en Iran - Un cessez-le-feu fragile ?

« Le fragile cessez-le-feu annoncé mardi par les États-Unis et l’Iran reflète le besoin des deux pays de trouver une sortie durable au conflit, mais pourrait rapidement tourner court en raison des demandes « maximalistes » qu’ils défendent, préviennent des analystes.

Dans quelles circonstances le cessez-le-feu a-t-il été conclu ?

« Le président des États-Unis, Donald Trump, avait promis de faire de l’Iran un « enfer » si le pays refusait de relâcher son contrôle sur le détroit d’Ormuz, une voie énergétique cruciale, allant même jusqu’à promettre la destruction d’une « civilisation entière » si Téhéran s’entêtait à rejeter ses demandes. Une médiation menée par le Pakistan a toutefois permis l’annonce, quelques heures avant l’échéance, d’un cessez-le-feu qui doit mener vendredi à la tenue de négociations formelles à Islamabad.


Les termes du cessez-le-feu font-ils consensus ?

« Les deux camps ont convenu de cesser les hostilités pendant deux semaines, mais les termes du cessez-le-feu demeurent « ambigus » et propices aux dérapages, selon Thomas Juneau, un spécialiste du Moyen-Orient rattaché à l’Université d’Ottawa. Les États-Unis ont accepté, de concert avec Israël, de mettre fin à leur offensive contre l’Iran durant cette période en contrepartie d’une réouverture temporaire du détroit d’Ormuz, mais des divergences d’interprétation sont rapidement apparues mercredi sur la portée de ces engagements. 


« La volonté affichée du gouvernement du premier ministre Benyamin Nétanyahou d’intensifier les attaques au Liban contre le Hezbollah, un allié de l’Iran, a été dénoncée comme une violation du cessez-le-feu par Téhéran, qui a bloqué le passage prévu de pétroliers dans le détroit en guise de représailles après avoir permis une timide reprise de la circulation plus tôt dans la journée.


« Donald Trump a déclaré pour sa part que le conflit au Liban était distinct de celui avec l’Iran et n’était pas concerné par le cessez-le-feu, prenant le contrepied de ce qu’avaient annoncé les autorités pakistanaises la veille. « Les Iraniens veulent faire pression sur Trump pour qu’il fasse pression sur Nétanyahou pour arrêter les combats au Liban » sans aller jusqu’à torpiller purement et simplement le cessez-le-feu, estime Alex Vatanka, un spécialiste du Moyen-Orient rattaché au Middle East Institute.


Pourquoi le principe d’un cessez-le-feu a-t-il été accepté maintenant par l’Iran et les États-Unis ?

« Krister Knapp, un professeur d’histoire de la Washington University qui se spécialise dans l’étude des conflits, relève que les deux pays cherchaient une « voie de sortie » pour interrompre, au moins temporairement, l’escalade en cours. Donald Trump s’était « mis au pied du mur » en promettant de déclencher une attaque à grande échelle sur des infrastructures civiles clés de l’Iran qu’il ne « voulait pas vraiment réaliser », pense le chercheur. Alex Vatanka note que M. Trump voyait par ailleurs s’accumuler les difficultés sur le plan politique et économique.


« La guerre, dit-il, fait des vagues aux États-Unis dans les rangs républicains, tout comme la flambée du prix de l’essence liée aux attaques de l’Iran contre des infrastructures énergétiques de pays du Golfe et au contrôle de la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz. Quant au régime islamique, bien qu’il se félicite d’avoir résisté aux attaques américaines et israéliennes, il « souffre » considérablement de l’offensive militaire lancée contre lui et souhaitait une pause permettant de faire place à des négociations, estime M. Knapp.


Ces négociations, si elles vont de l’avant, peuvent-elles aboutir à un accord durable ?

« Thomas Juneau estime que la conclusion d’un cessez-le-feu était « la partie la plus facile » et que la suite des choses s’annonce beaucoup plus corsée. L’attitude de l’administration Trump et de l’Iran, qui affirment tous deux avoir remporté une victoire historique par leurs actions, les amène à mettre sur la table des demandes « maximalistes ». Le président des États-Unis, dit M. Juneau, s’était montré ouvert mardi à l’idée de négocier à partir de propositions émanant de l’Iran, mais la Maison-Blanche a changé de cap à ce sujet mercredi en affirmant s’inspirer plutôt d’un plan américain en 15 points qui avait été décrié il y a quelques semaines comme une demande de reddition par Téhéran, notamment en ce qui a trait à son droit d’enrichir de l’uranium.


« M. Juneau croit que le régime iranien va demander de « grosses concessions », notamment la levée des sanctions et des garanties solides contre de nouvelles attaques, en menaçant de bloquer au besoin le détroit d’Ormuz. « C’est un énorme levier pour eux, ils ne vont pas l’abandonner », dit-il. M. Knapp pense que Donald Trump va se montrer intraitable sur la question de l’enrichissement d’uranium en vue d’empêcher tout développement futur d’une bombe atomique. Les autres enjeux sont plus « négociables », estime le chercheur, qui juge possible un retour aux armes avant la période prévue de deux semaines si les pourparlers s’enlisent. »


Article d'analyse intitulé

Le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis mis à l’épreuve

Marc Thibodeau

La Presse

le 8 avril 2026 à 20 h

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