(London, Kentucky) Ça peut paraître incroyable après tout ce qu’on a toléré depuis un an et demi. Mais il y a peut-être certains actes de corruption que Donald Trump ne sera pas capable d’accomplir.
« Son « fonds antipolitisation », destiné à « rembourser » les attaquants du Capitole poursuivis et condamnés en justice, ne passe tout simplement pas.
« Jeudi, les sénateurs ont refusé de voter sur un projet de loi portant sur les budgets de la police de l’immigration parce qu’il contenait aussi 1 milliard pour la salle de bal de Trump et 1,8 milliard pour « indemniser » les insurgés. Tout est reporté de 10 jours.
« Déjà que le président a accordé un pardon aux quelque 1270 délinquants dûment condamnés pour avoir envahi l’enceinte sacrée dans l’intention d’empêcher la certification de la victoire de Joe Biden, ce triste 6 janvier 2021. Il a aussi commué la peine des six plus violents d’entre eux, membres de milices d’extrême droite.
« Et voilà que cette semaine, il annonce un fonds de 1,8 milliard du département de la Justice pour indemniser ces délinquants. « Un fonds de remboursement pour les agresseurs de policiers du Capitole », a dit un sénateur démocrate.
« J’ai écrit 1,8 milliard, mais c’est 1,776 milliard, comme dans 1776, année de la Déclaration d’indépendance, dont on célébrera le 250e anniversaire le 4 juillet. Car Trump l’a souvent dit : ces gens n’étaient pas des insurgés, mais des « patriotes ».
« Plusieurs sénateurs encore en poste étaient au Capitole ce 6 janvier 2021. Ils ont eu la peur de leur vie. Non seulement le président des États-Unis a inspiré cette agression, mais il en a fait un acte héroïque. Les républicains ont avalé cette couleuvre. Ils n’ont rien dit quand il a signé les pardons. Mais maintenant, « indemniser » des gens condamnés par la justice – la plupart ayant plaidé coupable –, c’est un peu trop fort de café.
« Eh oui, mesdames et messieurs, il y a un degré de corruption qui peut sonner le réveil tardif de certains sénateurs.
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« Je rappelle que ce fonds est le fruit d’une entente elle-même hallucinante entre Donald Trump… et lui-même.
« Trump poursuivait l’État fédéral, avant même sa réélection, pour la fuite de ses documents fiscaux personnels, obtenus par le New York Times. Divulguer les informations fiscales d’une personne est un crime, et si Trump pouvait prouver la responsabilité d’employés du fisc, il avait une cause. Sûrement pas pour 10 milliards, mais ça, c’est une autre histoire.
« Voilà qu’il redevient président. Le procureur général par intérim est maintenant son propre avocat, Todd Blanche. Même Trump a blagué que si sa poursuite allait de l’avant, à la cour, il se retrouverait à se poursuivre lui-même. Ce n’est évidemment pas le cas, puisqu’il n’est pas (encore) l’État, et que le procureur général est censé être indépendant.
« Sauf qu’on a la preuve depuis longtemps qu’il n’y a plus d’indépendance au département de la Justice, qui est à la botte du président.
« Résultat : il n’y aura pas de procès ; une entente à l’amiable est intervenue, par laquelle le fisc s’engage à ne jamais poursuivre Trump et sa famille pour une quelconque raison fiscale. C’est un énorme gain, car les contestations visant la famille Trump s’élèveraient à 100 millions de dollars.
« À côté de ce règlement, le département de la Justice a accepté de créer ce « fonds » tout à fait exorbitant. Pour évaluer les demandes, on formerait un comité de cinq personnes, choisies par nul autre que Todd Blanche. Aussi bien dire par Donald Trump.
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« On aurait pu penser qu’après le laminage de leur collègue contestataire Thomas Massie mardi, les républicains au Congrès se tiendraient tranquilles. Qui veut se faire mettre un opposant de son propre parti dans les pattes ? Ou voir les fonds pro-Trump déferler pour assurer sa défaite aux élections ?
« Un phénomène contraire semble émerger. Plusieurs élus, en fait, n’ont pas accepté le traitement réservé à Massie et à d’autres, comme le sénateur républicain Bill Cassidy de Louisiane, que Trump a réussi à faire battre par un des siens.
« S’ajoute à cela l’impopularité grandissante du président. Les élus d’États plus modérés sont maintenant en danger s’ils continuent à signer tout ce que Trump demande. Le président contrôle très bien sa base et son parti. Mais la bataille électorale se joue chez les indépendants. Et ce groupe est en train de tourner le dos massivement aux républicains.
« Et puis, en janvier, il ne restera plus que deux ans à cette présidence. Son pouvoir d’influence sera grandement diminué. On pensera à l’après-Trump.
« Attribuer des fonds publics pour une salle de bal à la gloire du président, pendant que tout coûte plus cher, cela n’est pas de nature à vous faire gagner des votes.
« Et récompenser financièrement des gens qui ont saccagé le Capitole, blessé des policiers, menacé la démocratie, contribué à des morts, c’est simplement inacceptable… Ou trop coûteux politiquement.
« Dans un Congrès où l’on ne semblait plus se scandaliser de rien, ni de l’abus de pouvoir ni de la corruption, on est presque étonné que ce minimum éthique soit atteint.
« Il y a de l’espoir, en somme. »
Chronique intitulée
Tout n’est pas foutu
Yves Boisvert
La Presse
le 21 mai, à 20 h00

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