23 février 2026

Après 4 ans de guerre en Ukraine, « pas de sérieuse perspective de paix »

 


« Même fatigués, exaspérés, blessés dans leur âme et leur chair, lacérés par les bombardements russes, les Ukrainiens ne sont pas d’humeur à sortir le drapeau blanc, à la veille d’une cinquième année de guerre sans sérieuse perspective de règlement.


« Pour différentes raisons, et pas seulement par acharnement « absurde » ou par conviction envers une nation ukrainienne, distincte de la nation russe.


« Mais aussi parce qu’ils croient que la « paix », telle que la font miroiter les Américains en cet hiver 2026, n’est qu’une illusion.


« Selon un sondage du Centre d’analyse Razumkov, récemment publié dans The Kyiv Independent, seuls 18 % des Ukrainiens pensent que la guerre prendra fin en 2026.


« Non qu’ils ne la désirent pas : ils refusent simplement de croire à une « paix » jugée fallacieuse, non durable. Selon le même sondage Razumkov, trois Ukrainiens sur quatre sont convaincus que, si leur gouvernement signe un accord au rabais, la Russie le violera et attaquera de nouveau dès qu’elle le pourra.


« Selon l’Institut international de sociologie de Kiev (enquête de fin janvier), 65 % des Ukrainiens se disent être prêts à endurer la guerre « aussi longtemps que nécessaire » et 52 % rejettent catégoriquement l’idée de céder tout le Donbass, comme l’exige Poutine comme condition absolue.


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« Il y a d’autres raisons à ce refus : l’évolution du « terrain », et celle de la guerre au sens élargi, n’est pas forcément défavorable à la partie ukrainienne.


« Les forces russes ont encore, en 2025, grignoté quelques kilomètres carrés par jour, et Kiev n’a pas atteint la stabilisation totale des fronts. Mais la « révolution des drones », qui a métamorphosé en 2024-2025 la ligne de front en un no man’s land de 20 à 30 kilomètres d’épaisseur, favorise la fixité des positions.


« L’Institut pour l’étude de la guerre (dont le sigle anglais est ISW), basé à Washington, estime que Moscou n’a conquis que 5600 kilomètres carrés en 2025, soit 15 kilomètres carrés par jour : légèrement plus qu’en 2024, mais au total, moins de 1 % (0,8 %) du territoire de l’Ukraine.


« Et puis, malgré « l’effet de masse » d’une Russie presque quatre fois plus populeuse, et d’un Poutine qui envoie à la mort près de 1000 compatriotes par jour pour grappiller quelques kilomètres carrés, le terrain peut encore évoluer dans les deux directions.


« Ainsi, à la suite de la déconnexion des forces russes du réseau Starlink, les forces ukrainiennes ont repris, entre le 5 et le 19 février, l’équivalent de la zone de progression de l’armée russe en janvier, soit 262 kilomètres carrés (selon l’ISW).


« Au-delà des fronts terrestres quasi figés, il y a la guerre maritime en mer Noire, plus ou moins gagnée par l’Ukraine à la suite des offensives de drones navals contre les grands navires russes (coulés ou repliés vers la côte est de la grande mer intérieure).


« Quant aux frappes aériennes de l’Ukraine contre des cibles militaires en Russie, selon le commandant en chef Oleksandr Syrsky, elles auraient atteint en 2025 « 719 cibles et infligé des pertes de plus de 15 milliards de dollars à l’ennemi ».


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« Et puis, l’économie russe, après avoir tenu trois ans face aux sanctions, commence à accuser le coup. Les « fondamentaux », économiques mais aussi démographiques (avec des recrutements en panne, comme pour l’Ukraine), ne sont plus si bons : chute et vieillissement de la population, déficit croissant, crise budgétaire, inflation, taux d’intérêt, baisse des revenus pétroliers.


« Selon la sociologue russe Alexandra Prokopenko dans The Economist du 16 février, la Russie, tel un alpiniste, « est entrée dans […] la zone de non-retour : l’altitude supérieure à 8000 mètres, à partir de laquelle le corps humain se consume plus vite qu’il ne peut se régénérer ».


« Droguée à l’économie de guerre qui racle 40 % du budget fédéral et 8 % du PIB, la Russie guerrière de Poutine est moins forte qu’elle n’en a l’air. D’où cette étonnante détermination dans la souffrance : non, la fin de cette guerre ne doit pas signifier une reddition de l’Ukraine.»


Chronique intitulée

Quatre ans de résilience

François Brousseau

Le Devoir

le 23 février 2026

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