13 mars 2026

Un livre pour survivre à « un monde en péril »

 


Le plus récent ouvrage de Charles-Philippe David décortique les assauts répétés du président contre la «Pax americana».


« Plus d’un an après le retour de Donald Trump derrière le Resolute Desk, l’ordre international retraite devant la montée d’un grand chaos mondial fomenté depuis la Maison-Blanche. C’est ce rapide basculement de l’échiquier mondial que Charles-Philippe David, observateur de la politique américaine depuis 42 ans, décortique dans Le monde en péril, un livre lucide sur l’effondrement de la Pax americana et son impact sur la suite du monde.


« Le brouhaha incessant d’une actualité frénétiquement alimentée par le président américain lui-même fait perdre de vue l’ampleur des bouleversements que cette Maison-Blanche a infligés, et continue d’asséner, à la planète.


« Afin d’y remédier, le président de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal propose un condensé de la dernière année, aussi percutant qu’éclairant, sur la portée d’une présidence dont les foudres n’épargnent personne. Le titre l’indique d’emblée : le dynamitage en règle de l’ordre hérité de la Deuxième Guerre mondiale, entrepris par un chef d’État « qui conçoit la géopolitique internationale tel un gangster jouant une partie de poker », constitue un danger sans équivalent dans l’histoire moderne.


« Je voulais alerter tout le monde [sur le fait] que nous sommes dans un changement profond du système international, explique l’éminent chercheur. Le président des États-Unis — comme il le dit lui-même — n’a rien à faire de l’ordre international que les États-Unis ont construit pendant 80 ans. Au fond, il souhaite presque le liquider — c’est du jamais vu dans l’histoire moderne. »


Le suicide d’une toute-puissance

« Un an a suffi au porte-étendard MAGA pour faire sortir l’histoire du lit qu’elle suivait depuis huit décennies. Il s’agit « presque d’un suicide hégémonique », affirme Charles-Philippe David, où une grande puissance fracasse « par choix, et non par nécessité », les colonnes de son propre temple.


« Les anciennes certitudes n’existent déjà plus, la coopération entre États cède rapidement le pas à la loi du plus fort et les sirènes de l’autoritarisme répondent au bruit des sabres que la Chine, la Russie et d’autres affûtent en silence, le regard tourné vers Taïwan, l’Europe de l’Est ou ailleurs.


« Nous jouons avec le feu », ajoute-t-il en entrevue avec Le Devoir, car, dans un contexte où « les États-Unis ne sont plus la superpuissance fiable », les nations du monde se jettent dans un réarmement à tous crins, convaincues « qu’une guerre majeure entre grandes puissances est de plus en plus […] inévitable ».


« Même « le tabou nucléaire s’efface avec le souvenir de son utilisation il y a 80 ans », observe Charles-Philippe David.


« Le monde se transforme petit à petit en une jungle menée par un roi, Donald Trump, qui s’avère le plus vorace — et irréfléchi — des prédateurs.


Un président ignare et sans contrainte

« Ce président, constate l’auteur, s’avère impulsif, narcissique à l’extrême. C’est un menteur compulsif et un autocrate en herbe qui, de surcroît, est mal informé, rageur et vindicatif. Charles-Philippe David ne peint pas seul ce portrait peu flatteur de l’homme le plus puissant sur Terre : il invoque l’opinion de dizaines de sommités en la matière, qui dessinent, trait par trait, un Bureau ovale où plus rien ne tourne rondement sous Donald Trump.

« Les personnalités s’avèrent déterminantes dans le cours de l’histoire des relations internationales, expose Charles-Philippe David. C’est incroyable que nous vivions ce moment-là avec Donald Trump, qui n’a rien de l’intellect ni de la puissance des idées d’autres grands leaders qui ont transformé le monde. »


« Contrairement à ce qui s’est passé dans son premier mandat, plus rien ni personne, exception faite de la Cour suprême — « et encore », soupire le chercheur —, ne contrecarre les volontés du président. Son entourage, explique Charles-Philippe David, pouvait encore contenir ses pires instincts entre 2016 et 2020. Désormais, c’est une coterie de fayots dociles, voire complètement rampants, qui entoure Donald Trump.


« Son administration lui est totalement inféodée et, en l’absence de contre-pouvoirs réels, surtout au Congrès, il a complètement personnalisé la conduite des affaires internationales. C’est presque comme une dictature en politique étrangère », analyse le chercheur. Le « POTUS » a rompu des alliances, malmené des partenaires, mis à genoux des institutions multilatérales, comme l’UNESCO, l’Organisation mondiale de la santé — et même l’union postale universelle — sans même faire broncher le Capitole.


« Les dommages qui sont faits, déplore l’observateur aguerri de la scène américaine, seront très difficiles à cicatriser. »


« La tempête ne passera pas »

« Avec une Maison-Blanche de plus en plus va-t-en-guerre et impérialiste, nul n’est à l’abri — le Canada y compris.


« Nous pourrions être les prochains, signale Charles-Philippe David. Si Donald Trump décide, un matin, de s’emparer des ressources de l’Arctique ou de décréter la mainmise américaine sur notre passage du Nord-Ouest, qu’est-ce que nous allons faire ? Rester à la maison et attendre que la tempête passe ? J’ai des nouvelles pour vous : elle ne passera pas. 


« L’espoir viendra, selon l’auteur, si « les pays qui nous ressemblent » se solidarisent pour imaginer un ordre international capable de graviter autour d’un autre soleil que les États-Unis.


« Arrêtons de toujours déterminer nos politiques en fonction de ce que pense Washington. Nous n’avons pas les armées de Napoléon, mais les mots sont gratuits et les discours, comme celui que Mark Carney a fait à Davos, ne coûtent pas cher. Il n’y a pas que la force de l’arme, il y a aussi la force du porte-voix, conclut le chercheur. Et jusqu’à présent, je trouve que le Canada n’a pas suffisamment utilisé ce dernier. »

Compte rendu intitulé

Le monde en péril : Donald Trump, le fossoyeur en chef de l’ordre mondial

Sébastien Tanguay

Le Devoir

1e 13 mars 2026


Le monde en péril : La fin de la Pax americana

Charles-Philippe David 

Éditions Somme toute/Le Devoir 

Montréal, 2026, 288 pages 

En librairie le 17 mars

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