26 mars 2026

Un cri du coeur pour le respect de ceux et celles qui soulagent la misère humaine

 


« Le communautaire n’en peut plus. Au lendemain de la présentation du budget 2026-2027 du gouvernement Legault, ce secteur névralgique et malmené dans l’offre des soins de santé se déclare tout simplement « à boutte ». Depuis lundi, des groupes de tout le Québec ont amorcé une grève atypique qui se traduira par des activités populaires et une manifestation à l’Assemblée nationale.


« Ce n’est pas la première ni la plus originale des illustrations d’un Québec qui craque de partout en matière de prestation des services publics. Le secteur communautaire ne fait pas « officiellement » partie du réseau public, mais, par son engagement et son sentiment d’abnégation, il s’en est rendu un indispensable allié.


« Au même titre que les éducateurs spécialisés, les professeurs, les infirmières et d’innombrables maillons essentiels du réseau public, les travailleurs du communautaire se plaignent de leurs conditions de pratique et sonnent l’alarme sur la détérioration des actifs. Une partie du discours relève des revendications syndicales traditionnelles, mais l’affaire ne peut se résumer à une banale histoire de dialectique dans les relations de travail.


« Dans tous les appels de détresse et cris d’indignation entendus dans les dernières années, c’est toujours le même signal faible qui se rend à nos oreilles distraites. Les services publics sont sous pression, ils se détériorent. Le personnel qui tient la cause à bout de bras n’en peut plus, débordé par la tâche, la bureaucratie, la lourdeur des cas des « patients » ou « bénéficiaires » qui se conjuguent à l’impératif de la complexité.


« Notre chroniqueuse invitée, Nathalie Plaat, vient de produire un émouvant récit sur la souffrance vécue par ceux et celles dont le travail quotidien consiste à venir en aide aux plus vulnérables d’entre nous. Quels mots leur viennent en tête lorsqu’ils décrivent le système ? Violent. Désabusé. Déshumanisé. Absurde. Rigide. Brisé. Il est ici question d’un « effondrement accéléré de nos immenses structures institutionnelles », écrit la psychologue clinicienne, renvoyant l’écho de ses patients en détresse… Qui se consacrent eux-mêmes à venir en aide aux gens en détresse.


« C’est la toile de fond de la grève de plus de 1600 groupes du secteur communautaire, mobilisés pendant les deux prochaines semaines. Ces travailleurs sont aux premières loges de ce triste spectacle qu’est la condition humaine. Ils sont dans la rue, les sous-sols d’église, les locaux mal chauffés, à soulager tant bien que mal la souffrance. Ils distribuent qui des vêtements, qui des repas chauds, qui un toit pour la nuit. Avec eux (et surtout elles) viennent la main sur l’épaule, la poussée dans le dos, afin d’offrir un peu d’espoir là où il n’y aurait que le manque dans la vie des plus démunis.


« C’est un travail mal payé, mais ô combien essentiel, car le réseau institutionnel n’est pas conçu pour combler ces besoins élémentaires. Elles se démènent depuis plus de 30 ans, telle une Mary Claire MacLeod, qui se déclare impuissante devant la vague de misère qui déferle sur sa ville, Longueuil, dixit notre journaliste Marco Fortier. Montréal n’a plus le monopole des enjeux complexes. Nommez aujourd’hui n’importe quelle ville de taille moyenne au Québec, et il y a de fortes chances pour que ses représentants vous disent qu’ils vivent aussi des crises du logement, de la santé mentale, de la dépendance, parfois les trois ensemble, sans espoir de remédiation à court terme.


« On peut toujours compter sur le communautaire pour mettre un baume temporaire sur la détresse. Mais justement, le milieu communautaire n’en peut plus. Il s’est rendu indispensable, aux yeux de l’État québécois, pour donner des services de proximité, sans obtenir toutefois une pleine reconnaissance. Voilà un secteur d’activité à prédominance féminine, où le taux de roulement du personnel est de 31 % et où le salaire médian est inférieur à 27 $ l’heure.


« Le mot « grève » est exagéré pour qualifier l’action des regroupements communautaires. La sortie est l’équivalent d’une grève sociale pour attirer l’attention sur la condition de ces travailleurs essentiels. La majorité d’entre eux ne sont tout simplement pas syndiqués et ne relèvent pas directement de l’État québécois, même si celui-ci leur consacre environ 2,2 milliards par année. C’est le double par rapport à la situation qui prévalait au début du mandat du gouvernement Legault.


« Le dernier budget, en dépit des critiques, a entraîné une majoration de 782 millions pour le communautaire, des sommes qui seront réparties sur la durée. Selon les estimations du milieu communautaire, l’apport supplémentaire représente une augmentation inférieure à 1 %, alors que les besoins se font criants.


« Le milieu communautaire revendique une hausse du financement, de la prévisibilité, une autonomie accrue. C’est pour mieux lancer un cri du cœur à l’approche du prochain cycle électoral. C’est de respect et de reconnaissance pour leur rôle inestimable qu’il voudra discuter. »


Dans une version maintenant corrigée, on indiquait qu’une grève d’une centaine de groupes s’inscrivait en toile de fond. En réalité, plus de 1600 groupes du secteur communautaire prennent part à la grève. 


Éditorial intitulé

En rupture d’humanité

Brian Myles

Le Devoir

le 26 mars 2026, mis à jour à 11 h08

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