« Donald Trump aura mis un mois avant de s’adresser directement aux Américains pour expliquer la guerre qu’il a lancée en Iran avec Israël. Un mois pendant lequel il semble s’être exercé à parler d’une guerre idéale plutôt que de la réalité.
« Car dans son discours, le président des États-Unis n’a évoqué que la force incroyable et le génie des forces armées américaines qui ont, en quatre semaines, « décimé l’Iran économiquement et militairement », oblitéré ses forces navales et aériennes ainsi que son programme nucléaire. Un grand cadeau de son pays au reste du monde.
« Il n’a pas parlé de tout ce qui fâche. Des objectifs changeants et décriés de ce conflit armé qui coûte 1 milliard de dollars par jour aux contribuables américains et 300 millions aux citoyens israéliens.
« Il a à peine évoqué la réplique iranienne, qui a surpris tout le monde, secoué l’ensemble du Moyen-Orient et qui se poursuivait alors qu’il prononçait son discours mercredi.
« Il n’a surtout pas dit un mot sur les quelque 1500 civils iraniens qui ont péri depuis le début des frappes israélo-américaines, ou encore sur les 1300 personnes qui ont perdu la vie au Liban, où le conflit s’est étendu après que le Hezbollah, un des principaux alliés de l’Iran, a lancé des roquettes vers Israël. Silence total au sujet du million de Libanais, soit le cinquième du pays, qui a été forcé de fuir pour échapper aux attaques israéliennes, ou encore sur la crise humanitaire qui se pointe le nez.
« Il a été à peine question des rebuffades des alliés traditionnels des États-Unis – dont le Canada – qui refusent de se faire entraîner dans un conflit pour lequel ils n’ont pas été consultés.
« Tout ça aurait entaché l’image du commandant en chef qui maîtrise la situation que Donald Trump voulait projeter mercredi, mais qui semble craquer de partout. Les derniers sondages démontrent que deux Américains sur trois s’opposent à cette guerre et pensent que le président fait du mauvais boulot à la tête des forces armées du pays.
« Non, Donald Trump a préféré inventer le fait qu’il a réussi à provoquer, sans même le vouloir, un « changement de régime en Iran » en tuant une grande partie des dirigeants de la République islamique. Tous ceux qui connaissent un tant soit peu la République islamique savent qu’il nage dans la fiction.
« Les ayatollahs et leur bras armé, les Gardiens de la révolution, contrôlent toujours le pays et le sort de ses 93 millions de citoyens. Ils exécutent, ils terrifient et coupent les Iraniens du reste du monde en rendant inopérants presque tous les modes de communication. Comme avant le 28 février.
« L’objectif de Donald Trump mercredi était de convaincre les Américains que cette « excursion » en Iran roule comme sur des roulettes et que les quelques inconvénients qu’ils ressentent – à commencer par le prix du carburant – ne sont que passagers. Une mouche qu’ils pourront chasser du revers de la main. Or, rien n’est moins sûr.
« L’Iran continue de contrôler le goulot d’étranglement qu’est le détroit d’Ormuz, où transite 20 % de la production pétrolière mondiale. Il continue de s’en prendre aux installations énergétiques des pays du Golfe qui abritent des bases américaines.
« Donald Trump, qui promet de frapper l’Iran « très fort » au cours des deux ou trois prochaines semaines, a évoqué mercredi la possibilité de s’en prendre dorénavant aux installations de production d’énergie et aux réserves pétrolières. Tout ça n’annonce en rien le retour à la normale du prix du baril de pétrole, qui a augmenté de plus de 30 $ depuis le début des attaques le 28 février.
« Tout cela est un cauchemar pour le politicien qui s’est fait élire à la Maison-Blanche en promettant de faire chuter le coût de la vie. Alors, en fixant le télésouffleur, il préfère s’inventer un conflit rêvé en espérant que le réveil ne sonnera jamais. »
Chronique intitulée
Vendre une guerre qui n’existe pas
Laura-Julie Perreault
La Presse
le 2 avril 2026

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