12 mai 2026

L’«imprévisible» président s’en va en Chine

« Donald Trump sera en Chine cette semaine pour un sommet avec le dirigeant Xi Jinping. L’imprévisible président américain, au plus bas dans les sondages, voudra sans doute pouvoir se féliciter d’une issue positive. À quel prix ? La question suscite une certaine nervosité sur la scène internationale.


Relations complexes

« Trump se rendra en Chine jeudi et vendredi. Il rencontrera le leader chinois, Xi Jinping, pour une visite repoussée de mars à mai en raison de la guerre en Iran. Conflit au Moyen-Orient, Taïwan, intelligence artificielle, échanges commerciaux, armes nucléaires : les sujets annoncés par des responsables américains à Reuters toucheront d’importantes préoccupations des deux pays. Si des élus du Parti républicain restent bellicistes et méfiants face à la Chine, Trump n’a pas caché son admiration pour Xi, un « homme fort ». « La Chine dispose d’un tel levier sur les États-Unis concernant la question des minéraux critiques que même les faucons hésitent à adopter une position véritablement agressive envers elle actuellement », estime Mary Gallagher, experte de la Chine rattachée à l’Université de Notre-Dame, en Indiana. La Chine contrôle la plus grande part du marché de ces composants devenus essentiels pour la fabrication d’articles comme les téléphones et les voitures.


Tensions commerciales

La guerre commerciale entre les deux pays a atteint des sommets l’an dernier, avec des produits « chinois taxés à 145 % et des produits américains taxés en retour à 125 % au plus fort des ripostes. Les deux dirigeants ont conclu une trêve commerciale en octobre. Tiendra-t-elle ? Les discussions sur les échanges commerciaux devraient être au cœur de la visite. La Maison-Blanche a annoncé la présence d’au moins 16 présidents de grandes entreprises, dont Elon Musk, président de Tesla, qui compte une importante usine à Shanghai, Tim Cook, d’Apple, et Kelly Ortberg, de Boeing. Les États-Unis souhaitent promouvoir l’exportation en Chine des avions, mais aussi du bœuf et du soya américains. Les technologies et l’intelligence artificielle, et leur sécurité, sont importantes pour les deux pays et devraient faire l’objet de discussions.


Guerre en Iran

« Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, s’est lui aussi rendu à Pékin ce mois-ci. La Chine est l’une des principales alliées de l’Iran, avec la Russie. Le blocage dans le détroit d’Ormuz commence à faire sentir ses effets sur la Chine, note Guy Saint-Jacques, ex-ambassadeur du Canada en Chine. Sur ses usines de plastique, mais aussi sur ses marchés : 80 % du pétrole qui sort normalement du détroit d’Ormuz est expédié en Asie. Le dirigeant chinois a pris soin de ne pas plonger officiellement dans le conflit. « La Chine craint un renversement de régime en Iran, parce qu’avec un nouveau régime plus proche des États-Unis, elle perdrait un allié important », dit M. Saint-Jacques, aussi fellow à l’Institut d’études internationales de Montréal. Le pays aurait joué un rôle en coulisses dans l’acceptation du cessez-le-feu par l’Iran le 7 avril dernier.


Taïwan

« Si la Chine accepte des propositions favorables pour les États-Unis, qu’exigera-t-elle en retour ? Pour les experts, la plus grande menace pèse sur Taïwan, considéré par le gouvernement chinois comme faisant partie de son territoire. Les États-Unis ne reconnaissent pas la souveraineté de l’île – gouvernée selon des principes démocratiques –, mais lui apportent une aide militaire importante. Le président a d’ailleurs autorisé une vente d’armes américaines d’une valeur de 11 milliards US en décembre, mais l’envoi a été mis sur pause en raison de discussions avec Xi, selon Associated Press. Trump a fait pression sur Taïwan dans le passé, jugeant les échanges commerciaux injustes envers les États-Unis. Le leader américain reste imprévisible. « Il pourrait dire quelque chose de symbolique qui aurait un impact sur Taïwan », souligne Mme Gallagher. En déclarant que les États-Unis s’opposent à son indépendance. Ou en mettant un frein aux ventes d’armes américaines. La propension du président américain à parler sans discours préparé suscite de l’inquiétude, comme l’ont soulevé cinq diplomates asiatiques et européens au média américain Politico lundi. Trump a déjà indiqué qu’il aborderait l’épineuse question de l’armement avec Xi lors du sommet.


Alliés

« La Chine procède régulièrement à des exercices militaires dans la région. Un changement de position des États-Unis sur Taïwan, même petit, enverrait un message aux alliés asiatiques. « Ça serait un signal qu’on ne peut plus se fier aux Américains et ça pourrait entraîner une course aux armements dans ces pays – c’est déjà commencé », dit M. Saint-Jacques. Les États-Unis comptent d’importantes bases militaires au Japon, aux Philippines et en Corée du Sud.


Article intitulé

Un sommet attendu avec nervosité

Janie Gosselin

avec l’Agence France-Presse et Associated Press

La Presse

le 12 mai 2026

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