« Il est devenu presque étrange de s’asseoir sur un banc dans un parc pour regarder des gens qui passent, les oiseaux qui volent sans scroller son téléphone. La récupération cognitive à l’ère de l’hyperconnexion est pourtant une véritable compétence, et on semble l’ignorer.
Un cerveau qui ne s’arrête jamais
« Pour être en santé, il est primordial de prendre soin de celui qui nous permet de fonctionner : le cerveau.
« Notre cerveau a des ressources énergétiques limitées. Il n’est pas invincible et pour rester en santé il a besoin de plusieurs éléments. Les connaissez-vous ? On pense immédiatement à l’alimentation, le sommeil, l’activité physique, les relations sociales. Et on en oublie souvent un, pourtant absolument primordial dans notre monde hyper moderne et hyper stimulant : le temps d’arrêt, la pause, le silence.
« Personne n’y échappe, même pas ceux qui semblent avoir une énergie sans limite. Aucun cerveau, même le plus performant, ne peut s’en passer. Les chercheurs distinguent trois modes de fonctionnement connus à ce jour : le système 1, le mode auto, le système 2, le mode de réflexion profonde et le réseau du mode par défaut, ce mode de rêverie qui bascule quand on ne stimule pas notre tête.
« Le cerveau représente 2 % du poids corporel, mais consomme 20 % de l’énergie totale quand il est au repos. On a l’impression qu’il fonctionne comme un bras : si on ne porte pas de poids, le bras est au repos. Mais c’est bien différent avec le cerveau, il ne s’arrête jamais.
« Même lorsqu’on arrête de le stimuler il va traiter les informations qu’on a reçues, les images qu’on a vues. Cette pause de stimulation permet au cerveau de « digérer » en quelque sorte ce qu’il a vu, vécu, entendu…
La « culture du sans repos »
« Selon plusieurs études internationales, un adulte passerait en moyenne 4 à 5 h sur le téléphone et le consulterait 160 fois par jour. Cette hyperconnectivité garde notre cerveau stimulé en permanence, et ne lui laisse jamais le temps de digérer.
« Ce n’est pas entièrement notre faute et c’est très important de le préciser. Nous avons dans les mains des outils numériques qui sont conçus pour nous faire consommer et pour créer des réflexes chez nous.
« S’ajoute à cela aujourd’hui ce que j’appelle la « culture du sans repos » : cette manie qu’on a de combler chaque instant de calme avec une connexion numérique pour occuper l’attente ou le silence.
« Les origines de ce geste sont variées et différentes pour chacun d’entre nous. Cela peut être une conséquence de la pression sociétale qui nous inflige une disponibilité numérique constante. Ou peut-être est-ce à cause de la glorification de cette célèbre phrase dans nos bouches « pas l’temps ».
« On veut avancer notre liste de choses à faire en permanence en oubliant qu’elle ne se réduira jamais vraiment. Alors on rentre dans une boucle infernale : on refuse des moments d’oisiveté, car même si ce qu’on fait n’est pas productif, il peut sembler bon de « paraître occupé ».
Les mythes de la déconnexion numérique
« La déconnexion numérique est la base d’une pause réussie pour notre cerveau dans notre société hyperconnectée.
« Mais attention, je ne parle pas ici de détox numérique drastique où on part au fond d’une forêt sans aucun réseau ! Je parle de pause consciente et progressive en fonction de son profil d’utilisateur.
« La déconnexion n’est pas forcément une activité lente. On associe souvent la déconnexion à une personne assise en position de yoga, une image qui en freine plusieurs. Or, elle peut prendre bien des formes et des rythmes. C’est à chacun de trouver sa façon de faire.
« Et parce que regarder des vidéos de chats qui se courent après stimule encore notre cerveau, pourquoi ne pas limiter son temps sur les réseaux sociaux plus souvent pour s’ancrer dans le moment présent ?
« Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que déconnecter est plus difficile que de continuer à scroller ou à travailler. On pense que la déconnexion est un geste plus simple, alors que c’est celui qui demande le plus d’effort. On doit prendre la décision de se reposer.
« On associe souvent la productivité à l’action, au mouvement, au fait de constamment « faire ». Mais s’accorder une vraie pause, sans écran, c’est le geste le plus productif qu’on puisse poser dans une journée et durant les vacances. Cette déconnexion donne au cerveau le temps de digérer avant de repartir. »
Article intitulé
L’ingrédient oublié d’un cerveau en santé
Laurie Michel
Fondatrice de Vivala, conférencière TEDx, experte en bien-être numérique et auteure du livre Votre bien-être numérique aux éditions Édito
La Presse
le 16 juillet 2026

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