24 février 2026

Regard sur le monde - Les États-Unis et l'Iran


« La démonstration de force, jumelée à une guerre de mots, continue à s’intensifier entre les États-Unis et l’Iran. La possibilité d’une intervention militaire se fait de plus en plus forte. En parallèle, l’effort diplomatique se poursuit. Les deux parties négocient-elles de bonne foi ou n’est-ce qu’un exercice de façade ? Le Devoir fait le point.


Est-ce que les États-Unis vont attaquer ?

«Difficile de prédire l’avenir et de voir clair dans les intentions du président Trump. « Mais il y a une forte probabilité qu’une sorte de conflagration se produise. […] Il semble que nous nous dirigions vers une sorte de conflit », analyse Ross Harrison, chercheur principal au Middle East Institute et auteur du livre Decoding Iran’s Foreign Policy.


« Des pourparlers indirects sur le programme nucléaire iranien devraient avoir lieu jeudi à Genève. S’il ne s’agit pas que d’un simulacre de négociations, une issue diplomatique est donc toujours possible. « Je donne 30 % de chances qu’un accord soit réellement conclu », poursuit l’expert.


« Les États-Unis ont déployé deux porte-avions dans la région, rappelle-t-il. « Le USS Lincoln, on pourrait dire que c’était une démonstration de force pendant les négociations. Mais le déploiement d’un deuxième groupe aéronaval [le USS Ford en route vers le Proche-Orient] indique un engagement massif de ressources, et je ne crois pas que ce soit fait simplement pour une démonstration de puissance. »


Quelle forme pourrait prendre une attaque militaire ?

« Si la proposition mise sur la table jeudi par les négociateurs iraniens ne répond pas aux attentes de Trump, une intervention militaire pourrait être imminente. Trump pourrait « ordonner une frappe limitée cette fin de semaine pour pousser l’Iran à accepter ses exigences », estime le journaliste irano-états-unien Hooman Majd, auteur de plusieurs livres sur l’Iran.


« Si une attaque était lancée, des dépôts de missiles, des rampes de lancement et des cibles liées au programme nucléaire et aux Gardiens de la révolution pourraient être visés. Cette offensive pourrait être menée conjointement avec Israël, comme lors de la guerre des 12 jours en juin dernier.


« Il est toutefois peu probable qu’une intervention militaire de grande ampleur soit déclenchée dans un avenir rapproché, estime M. Majd. D’autant plus qu’un risque d’embrasement régional est bien réel, ce qui créerait de surcroît une flambée du prix du pétrole.


Quelles sont les intentions de l’Iran ?

« Lundi, le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a déclaré que l’Iran riposterait « avec force », même à une « frappe limitée ». « Un acte d’agression sera considéré comme un acte d’agression », a-t-il tonné en assurant que l’Iran fera usage de son droit à la légitime défense.


« Même s’il veut éviter une guerre ouverte avec les États-Unis, le régime des ayatollahs sait qu’il joue sa survie. Selon le New York Times, la théocratie considère que céder aux exigences de Washington — qui réclame de Téhéran une baisse du taux d’enrichissement d’uranium, une diminution de son arsenal de missiles et une cessation de son soutien à des milices régionales — « est plus risqué pour sa survie que d’entrer en guerre.


« Du point de vue des ayatollahs, les États-Unis cherchent avant tout un changement de régime, souligne Ross Harrison. « Cela signifie que les Iraniens ne vont probablement pas négocier de bonne foi, car ils croient que toute forme de flexibilité sera considérée comme une faiblesse. Et des signes de faiblesse ne feront qu’encourager davantage l’hostilité des États-Unis. »


Est-ce que les États-Unis cherchent à renverser le régime Khamenei ?

« En ce moment, Trump est plus intéressé à conclure un accord [sur le nucléaire] qu’il pourra présenter comme étant meilleur que celui d’Obama et comme ayant apporté la paix dans la région », croit Hooman Majd.


« Un changement de régime « dans un pays de la taille de l’Iran, doté d’un système politique bien enraciné et d’une armée qui, jusqu’à présent, lui reste loyale » est très complexe, rappelle-t-il.


« Ce régime n’est pas l’Irak de 2003. Ce n’est pas la Libye de 2011. Ce n’est pas la Syrie de 2024. Il a été conçu pour être résilient », ajoute Ross Harrison. Les Iraniens s’attendent à être attaqués et ont développé des plans de contingence, souligne-t-il.


« Même si les têtes dirigeantes étaient éliminées, une autre strate de dirigeants est déjà prête à prendre la relève. « À moins que les États-Unis n’envoient des troupes au sol, le régime ne s’effondrera pas facilement », croit l’expert.


Est-ce que les Iraniens souhaitent une intervention extérieure ?

« Difficile à dire. On entend bien sûr des voix de la diaspora réclamer une intervention états-unienne pour soutenir la révolte du peuple iranien. Des citoyens à l’intérieur de l’Iran demandent aussi un soutien extérieur. « Mais je soupçonne que ce n’est pas la majorité », répond Hooman Majd.


«Une perception qui est partagée par Ross Harrison. « Les Iraniens sont très nationalistes et font la distinction entre protéger leur patrie et protéger le régime. Ils détestent peut-être le régime, mais veulent-ils une guerre totale entre les États-Unis et l’Iran ? Non, ils ne le veulent pas. »


Article intitulé

Une attaque imminente des États-Unis en Iran ?

Magdaline Boutros

Le Devoir

le 24 février 2026

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