01 juin 2026

États-Unis - La destitution du président, une fausse bonne idée ?


(New York) La procédure de destitution d’un président n’a pas de secret pour George Conway. À l’époque où il était un avocat bien en vue chez les conservateurs, il a été mêlé aux manœuvres qui ont mené à la mise en accusation de Bill Clinton par la Chambre des représentants pour avoir menti sous serment sur sa relation avec une stagiaire de la Maison-Blanche (le Sénat a par la suite acquitté le président démocrate).

« C’était en 1998. De l’eau a coulé sous les ponts depuis. Ces dernières années, George Conway est devenu l’un des plus féroces critiques de Donald Trump. Ce rôle a contribué à ses divorces d’avec le Parti républicain et d’avec sa femme Kellyane, ancienne conseillère du 45e président.


« Et le voici aujourd’hui dans un nouveau rôle : candidat démocrate à la Chambre des représentants dans la 12circonscription de New York, qui comprend les parties les plus huppées de Manhattan.


« Sa principale promesse : mettre en accusation Donald Trump dans le cadre d’une procédure de destitution.


« La question de la mise en accusation et de la destitution touche à l’intégrité de ce pays », a répété George Conway la semaine dernière sur CNN. « Elle touche à l’intégrité de notre Constitution. Elle concerne la question de savoir si nous avons un gouvernement fondé sur les lois et non sur les hommes. Il s’agit de savoir si nous allons laisser un criminel condamné, un agresseur sexuel reconnu coupable, qui commet continuellement des crimes, semaine après semaine, diriger le gouvernement comme s’il s’agissait essentiellement d’une organisation mafieuse, et qui a amassé 4 milliards de dollars depuis son retour au pouvoir. Telle est la question, et c’est au Congrès de trancher. »


Une idée populaire

« George Conway est loin d’être assuré de la victoire lors de la primaire démocrate du 23 juin. Il compte parmi ses rivaux Jack Schlossberg, petit-fils de l’ancien président John Kennedy, qui jouit notamment de l’appui de l’ancienne présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi.


« Mais sa promesse résonne non seulement chez les électeurs démocrates, mais également au sein de la population générale.


« En avril dernier, 55 % des adultes américains estimaient que la Chambre des représentants devait mettre en accusation Donald Trump, selon un sondage Strength In Numbers/Verasight. Cette enquête avait été menée après la menace du président d’éliminer la civilisation iranienne, menace qui avait poussé 85 représentants démocrates à réclamer sa destitution.


« Donald Trump, lui, semble tenir pour acquis qu’il sera visé par une troisième procédure de destitution si, comme on s’y attend, les démocrates deviennent majoritaires à la Chambre lors des élections de mi-mandat.


« Il faut absolument qu’on remporte les élections de mi-mandat, parce que, si on ne les remporte pas, ils trouveront un prétexte pour me mettre en accusation », a-t-il dit au groupe républicain de la Chambre le 6 janvier dernier.


« Mais l’idée de lancer une troisième procédure de destitution contre Donald Trump ne fait pas l’unanimité au sein de l’opposition. Le chef des démocrates à la Chambre, Hakeem Jeffries, répète que la mise en accusation du président ne représente pas une priorité.


« J’ai clairement indiqué dès le début que notre priorité absolue serait de réduire le coût élevé de la vie », a-t-il déclaré fin avril sur Fox News.


« D’autres démocrates font valoir qu’une nouvelle mise en accusation mènerait au même résultat que les deux premières, soit l’acquittement de Donald Trump par le Sénat, où la destitution d’un président nécessite une majorité des deux tiers.


« Se concentrer sur la « corruption »

« Daniel Goldman suggère une autre voie. Comme George Conway, il s’y connaît en matière de procédure de destitution. L’ancien procureur fédéral a agi comme conseiller juridique de la Commission du renseignement de la Chambre lors de la première mise en accusation de Donald Trump, en 2019. Le président s’était alors vu reprocher d’avoir fait pression sur son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, pour qu’il annonce des enquêtes sur Joe Biden et son fils Hunter, en utilisant le gel d’une aide militaire comme levier.


« Aujourd’hui, Daniel Goldman sollicite un deuxième mandat à la Chambre des représentants dans la 10circonscription de New York, qui comprend le Lower Manhattan et une partie de Brooklyn.


« Comme d’autres collègues démocrates de la Chambre, il s’oppose à la mise en accusation précipitée de Donald Trump « pour ceci ou pour cela ».


« Cela ne ferait que détourner l’attention », a-t-il déclaré la semaine dernière lors du balado animé par Preet Bharara, ex-procureur des États-Unis pour le district Sud de New York. « Ce sur quoi nous voulons vraiment nous concentrer, c’est la corruption et la mise au jour de cette corruption flagrante d’une manière sans précédent. Nous en connaissons une partie, car il en parle très ouvertement, mais il y a beaucoup plus que nous ignorons. »


« Cela dit, les faits peuvent aussi forcer la main des démocrates. Nancy Pelosi, qui était opposée au lancement d’une procédure de destitution contre Donald Trump, l’a découvert en septembre 2018 lorsque la transcription de la conversation téléphonique entre Trump et Zelensky a été rendue publique. La pression était trop forte. Elle a dû donner le feu vert à une enquête de destitution.


« Le même scénario s’est répété en janvier 2021 lorsque des partisans de Donald Trump, enflammés par ses mensonges, ont pris d’assaut le Capitole en scandant : « Pendons Mike Pence ! »


Chronique intitulée

La destitution de Trump, prise trois

Richard Hétu, collaboration spéciale

La Presse

Le 31 mai 2026, publiée à 19h 45

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