Les frappes échangées dimanche entre plusieurs pays du Moyen-Orient vont-elles mener à une nouvelle escalade de la violence dans la région ? Pas nécessairement, selon un expert, qui voit se dessiner plusieurs scénarios dans la suite du conflit qui implique également les États-Unis.
L’histoire jusqu’ici
. 28 février 2026 : Début des bombardements américains et israéliens en Iran.
. 2 mars 2026 : Le Hezbollah entraîne le Liban dans la guerre en attaquant Israël pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué dans une offensive israélo-américaine.
. 8 avril 2026 : Les États-Unis acceptent, de concert avec Israël, de mettre fin à leur offensive contre l’Iran pendant deux semaines en contrepartie d’une réouverture temporaire du détroit d’Ormuz. Mais depuis, l’Iran et les États-Unis s’accusent régulièrement de violer ce fragile cessez-le-feu, et Israël continue ouvertement de vouloir intensifier ses attaques au Liban contre le Hezbollah.
Que s’est-il passé, dimanche et lundi matin (heure locale) ?
« Dimanche, au 100e jour de la guerre au Moyen-Orient, le ton est monté entre Israël et l’Iran après une frappe israélienne dirigée vers le Liban, qui a touché la banlieue sud de Beyrouth – un bastion du Hezbollah. Deux personnes ont été tuées et 20 autres ont été blessées, dont quatre enfants, selon le ministère de la Santé libanais.
« En réponse, pour la première fois depuis le cessez-le-feu du 8 avril dernier, l’Iran a tiré plusieurs missiles contre Israël, qui dit les avoir interceptés. Téhéran a qualifié ces tirs d’« avertissement », soutenant qu’Israël avait « franchi toutes les lignes rouges » en attaquant Beyrouth et prévenant que toute nouvelle agression ferait l’objet d’une « riposte plus forte ».
« Un porte-parole de l’armée israélienne, le général de brigade Effie Defrin, a qualifié l’acte de Téhéran de « grave erreur ». L’armée va poursuivre « dans tout le Liban » ses opérations et « intensifier la pression » sur le Hezbollah, a-t-il promis.
« Lundi, l’armée israélienne a annoncé avoir mené des frappes aériennes contre des « cibles militaires » dans l’ouest et le centre de l’Iran, puis que le pays était frappé par un nouveau barrage de missiles iraniens. En parallèle, l’Iran a également déclaré avoir ciblé des « groupes terroristes » dans le Kurdistan irakien et Israël a indiqué avoir été visé par un tir lancé du Yémen, où les rebelles houthis appuient l’Iran.
« La veille, l’Iran avait annoncé fermer son espace aérien dans l’Ouest. D’autres pays de la région avaient également annoncé faire de même, comme l’Irak et la Syrie.
En quoi les États-Unis sont-ils concernés ?
« Ces nouvelles frappes se déroulent dans un contexte tendu, alors que des négociations pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient sont engagées entre les États-Unis et l’Iran, mais également entre le gouvernement libanais et Israël – sous l’égide des États-Unis.
« Même si ces négociations sont menées de façon distincte, elles sont étroitement liées, indique Thomas Juneau, spécialiste du Moyen-Orient rattaché à l’Université d’Ottawa, Téhéran exigeant que tout accord avec Washington englobe la fin des hostilités sur le front libanais. « L’Iran considère que ces deux fronts sont unis, souligne-t-il. En termes simples, l’Iran insiste pour qu’Israël cesse de frapper le Hezbollah. »
« Mais de son côté, Israël est plutôt « marginalisé » dans les négociations entre Téhéran et Washington, indique-t-il. « C’est un élément sous-jacent à la situation dans les dernières heures », mentionne le professeur Juneau.
« Il y a beaucoup de cette angoisse, en Israël, que les États-Unis arrivent à une entente avec l’Iran qui mettrait un terme à la guerre, mais qui ne ferait pas l’affaire d’Israël. On ne parle que de ça dans les médias israéliens depuis plusieurs semaines. »
Comment a réagi Donald Trump ?
« C’est dans ce contexte que dimanche, le président américain, Donald Trump, a appelé l’Iran et Israël à calmer le jeu, craignant que ces nouvelles attaques ne mettent à mal ses négociations avec Téhéran. Il a déclaré n’être « pas très content » de cette frappe israélienne contre Beyrouth et a incité l’Iran à « revenir à la table des négociations », d’après le média Axios.
« Nous sommes sur le point de conclure un accord définitif avec l’Iran. Ce sera un bon accord. Je ne veux pas qu’il tombe à l’eau à cause de ce qui se passe actuellement », a-t-il déclaré selon le journaliste Barak Ravid, du média Axios, qui dit l’avoir eu au téléphone.
« Il a également affirmé vouloir convaincre le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, avec qui il devait s’entretenir de manière imminente, de ne pas riposter. Il a finalement plaidé, dans une interview diffusée dimanche, pour des frappes plus « chirurgicales » contre le Hezbollah.
« Les frappes israéliennes sur le Liban ont fait plus de 3560 morts depuis le début de la guerre le 2 mars, selon les autorités libanaises.
Est-ce que ces nouvelles attaques sont surprenantes ?
« Pas vraiment, selon Thomas Juneau. « Le cessez-le-feu était évidemment très fragile. Et de “petites” escalades de violence, il y en avait déjà eu plusieurs depuis début avril. »
« Depuis le cessez-le-feu, l’armée israélienne avait déjà mené de larges frappes dans le sud du Liban.
« Après des attaques américaines contre l’Iran, Téhéran avait aussi répliqué en ciblant le Koweït et Bahreïn, de même qu’un centre de commandement américain. Le premier ministre Nétanyahou avait indiqué mercredi dans une entrevue à la chaîne CNBC que « l’Iran jouait avec le feu » avec ces frappes.
« Malgré tout, Washington et Téhéran avaient réitéré vouloir poursuivre la recherche d’une solution négociée.
S’agit-il d’un tournant dans la guerre au Moyen-Orient ?
« Tout dépendra de l’intensité de la réponse d’Israël », indique le professeur Juneau. «Une réponse « forte » entraînerait une nouvelle escalade de la violence, mais mettrait aussi « toutes les négociations sous une pression énorme », note-t-il.
« Pour lui, le scénario « le plus probable » serait donc qu’Israël mène des frappes contre l’Iran, et éventuellement contre le Liban, mais qui seraient « très limitées » pour envoyer un message de désescalade. « Mais je ne parierais pas mon hypothèque là-dessus », souligne-t-il.
Article intitulé
Nouvelles frappes au Moyen-Orient - La situation pourrait-elle s’envenimer ?
Chloé Bourquin
avec l’Agence France-Presse
La Presse
le 8 juin 2026
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