12 juin 2026

Entente Iran-États-Unis - « Est-ce vrai cette fois ? »


C’est la base de la parentalité. Apprendre à son enfant qu’il y a un véritable danger à crier au loup pour le plaisir, pour attirer l’attention. Lui faire comprendre que chaque interjection sans fondement mine sa crédibilité. Manifestement, les parents de Donald Trump ont eu du mal à enseigner cette leçon de vie à leur quatrième enfant.


« Jeudi, c’était presque comique de lire la dernière publication du président américain sur les réseaux sociaux au sujet de la guerre que les États-Unis et Israël ont déclenchée contre l’Iran le 28 février dernier.


« Prenant acte du fait que les discussions avec la République islamique d’Iran ont été portées aux plus hautes autorités iraniennes et approuvées, j’ai […] annulé les frappes et les bombardements qui étaient prévus contre l’Iran [jeudi] soir », a écrit M. Trump sur Truth Social, sa courroie de transmission préférée, ajoutant que les « derniers éléments » d’un accord avec l’Iran ont été conclus et que le lieu et le moment de la signature seront annoncés bientôt.


« Moins de deux heures plus tard, il a ajouté lors d’un point de presse dans le bureau Ovale que l’Iran n’aurait jamais l’arme nucléaire, que le détroit d’Ormuz serait bientôt ouvert à la circulation maritime et que la poignée de main entre les parties au conflit aurait lieu en Europe ce week-end.


« En principe, il n’y a rien de drôle là-dedans. Voici 104 jours que le Moyen-Orient en entier est sur le qui-vive, et ce, malgré un cessez-le-feu décrété le 8 avril. En Iran, au moins 3400 personnes ont perdu la vie. Au Liban, le bilan des morts frôle les 3700, le nombre de blessés dépasse les 11 000, et on estime que plus d’un million de personnes sont déplacées.


« Au moins 13 soldats américains ont péri. En Israël, on déplore 26 morts et plus de 7830 blessés. Et le décompte ne cesse d’augmenter au Koweït, à Bahreïn, en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et en Oman, des pays visés par l’Iran parce qu’ils abritent des troupes américaines.


« Il y aurait donc habituellement de quoi se réjouir en lisant l’annonce d’une entente imminente sous la plume numérique du président américain… s’il n’avait pas déjà fait la même annonce au moins, euh, quarante fois depuis le 23 mars dernier. Quarante fois à crier non pas au loup, mais à la colombe.


« On remercie d’ailleurs la chaîne CNN d’avoir fait le décompte plus tôt cette semaine. Un décompte auquel nous ajoutons les deux derniers énoncés de Donald Trump, survenus quelques petites heures après qu’il a menacé de « frapper l’Iran très fort » et de prendre d’assaut l’île de Kharg, où se trouve un important terminal pétrolier.


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« Est-ce vrai, cette fois ? Sommes-nous vraiment à un cheveu d’une entente ? Ou est-on encore devant un gros coup de bluff dont l’objectif semble être surtout de calmer la grogne des électeurs et des élus républicains qui ont cru lors des élections de 2024 que Donald Trump allait être un président de paix plutôt qu’un fauteur de guerre ?


« Ou le président cherche-t-il à lancer un peu d’eau froide sur l’angoisse brûlante qui consume les marchés mondiaux ? Pas plus tard que jeudi, la Banque mondiale prédisait que l’économie planétaire connaîtrait sa pire année depuis la pandémie de COVID-19. À cause de la crise énergétique et de l’incertitude que génère cette guerre.


« Même si Donald Trump s’est assuré de faire son annonce alors que la nuit était tombée depuis longtemps sur le Moyen-Orient, les premiers échos en provenance de Tel-Aviv et de Téhéran offraient un début de réponse jeudi. De quessé ? ont dit, en substance, des responsables israéliens aux médias de leur pays alors que l’armée de l’État hébreu continuait de bombarder Tyr, dans le sud du Liban, après la publication du premier message du président américain.


« Les Iraniens, qui ont nié aussi souvent les avancées diplomatiques que Donald Trump a annoncé la fin « imminente » de la guerre, ont maintenu leur posture. Non, non, il n’y a pas d’entente. Les États-Unis sont en train de perdre cette guerre et cherchent désespérément la sortie, ont répété les responsables iraniens dans les premiers rapports médiatiques.


« Et c’est tout à l’avantage du régime de Téhéran, qui semble pas mal moins pressé que Washington de tourner la page sur un conflit qui a renforcé son pouvoir en Iran plutôt que de le faire fléchir, en plus de montrer sa résilience sur la scène mondiale. Et tant pis pour les civils iraniens qui en paient le prix !


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« Cela dit, un jour, Donald Trump finira par avoir raison. Une horloge en panne donne la bonne heure deux fois par jour. Tous les conflits finissent autour d’une table de négociations, et en coulisses, d’immenses efforts diplomatiques sont actuellement déployés. Le Qatar, qui a joué un grand rôle dans les négociations d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, est de nouveau très actif. Le Pakistan n’est pas loin derrière. Tous les pays du Golfe, victimes collatérales de ce conflit, en ont plus qu’assez et font pression pour que cessent les hostilités. Pour de bon.


« Le problème, c’est qu’en hurlant à tue-tête et à répétition que la paix est arrivée, Donald Trump fait décamper les colombes bien plus qu’il ne les fait chanter. »

Chronique intitulée

Quand Donald Trump crie à la paix

Laura-Julie Perreault

La Presse

le 11 juin 2026, à 19 h 30

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