« Dans un monde de mensonges, les mots sont de plus en plus vidés de leur sens propre, pour être remplacés par une signification souvent contraire. Ainsi, le terme cessez-le-feu, qui désignait auparavant un arrêt temporaire ou définitif des hostilités, est aujourd’hui utilisé à toutes les sauces comme un synonyme de guerre larvée entre belligérants qui ne désirent pas s’affronter directement.
Dans cette nouvelle réalité déformée, Israël profite du cessez-le-feu pour gagner du territoire dans le sud du Liban. De son côté, Trump tire profit d’une suspension des hostilités avec l’Iran pour mener des attaques armées dans le but de faire pression dans la négociation pour l’ouverture du détroit d’Ormuz. L’Iran réplique en frappant les bases américaines cantonnées dans les pays du golfe Persique. À cela s’ajoutent les nombreuses promesses de trêves annoncées par Poutine qui se traduisent dans les faits par de violentes attaques contre l’Ukraine.
Dans tous ces cas du non-respect du cessez-le-feu, chacun rejette la faute sur l’autre selon le principe du renversement accusatoire. Les belligérants portent à la fois le chapeau de l’agresseur et celui de l’agressé. Une partie a violé le cessez-le-feu, parce que l’autre aurait frappée en premier ; c’est le paradoxe de l’œuf et de la poule.
Pour poursuivre dans cette métaphore d’une basse-cour canonnière, il est dit qu’il faut casser des œufs pour faire une omelette ; dans le cas des guerres, on casse des humains pour en arriver à ses fins. C’est une recette bien connue qui rallume sans cesse le feu de la bêtise guerrière. En ce sens, les cessez-le-feu seraient-ils devenus une nouvelle façon de faire la guerre autrement ? »
Lettre d’opinion intitulée
Quand les cessez-le-feu rallument sans cesse le feu
Marcel Perron
Le Devoir
publiée le 9 juin 2026

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