16 juin 2026

Guerre au Moyen-Orient - L'entente avec les États-Unis sera signée le 19 juin



À moins d’un nouveau revirement, l’entente de principe conclue entre les États-Unis et l’Iran devrait être signée vendredi. Cet accord-cadre, dont les détails n’ont pas été officiellement dévoilés, permettrait la prolongation du cessez-le-feu et une réouverture du détroit d’Ormuz. Des négociations seront ensuite entamées pour conclure une entente durable sur plusieurs sujets délicats, dont le programme nucléaire iranien. Mais bien des doutes subsistent quant à la conclusion d’un accord pérenne.

Les objectifs de guerre des États-Unis et d’Israël ont-ils été atteints ? 

« En donnant l’assaut sur l’Iran le 28 février dernier, Israël avait pour objectif de venir à bout de la République islamique et de forcer un changement de régime. Les États-Unis ont aussi épousé cet objectif dans les premiers jours de la guerre, avant de se réaligner sur la fin du programme nucléaire iranien.


« Pour Hussein Ibish, chercheur principal à l’Institut des États arabes du Golfe, à Washington, Israël et les États-Unis ont tous deux échoué à atteindre leurs objectifs de guerre. « Le changement de régime ne s’est pas produit […] et je ne vois aucune raison pour laquelle l’Iran ferait des concessions [sur ce programme nucléaire]. » Après plusieurs semaines de guerre, « l’Iran ne se sent en aucune façon dissuadé [deterred] », explique-t-il.


« Houchang Hassan-Yari, expert de l’Iran au Collège militaire royal du Canada, est moins catégorique. « Les objectifs ont été atteints en partie », dit-il. La République islamique est certes toujours en place, mais elle a été grandement affaiblie par l’élimination de ses têtes dirigeantes. Quant à son programme nucléaire, plusieurs sites ont été détruits. « Mais l’uranium est toujours là », rappelle-t-il. L’Iran détiendrait 440 kg d’uranium enrichi à 60 %, et rien n’est prévu dans l’entente-cadre pour que le pays s’en départe.


Qui sort gagnant de cette guerre ? 

 « Il est difficile de ne pas arriver à la conclusion que c’est l’Iran », mentionne Hussein Ibish. La République islamique a gagné en puissance depuis qu’elle a compris qu’elle est en mesure de bloquer le détroit d’Ormuz, où transite 20 % du pétrole mondial. « [Les autorités iraniennes] le soupçonnaient, mais elles ne savaient pas [qu’elles en étaient capables]. Et maintenant, elles savent à quel point c’est dévastateur et à quel point c’est facile à faire. »


« Houchang Hassan-Yari croit plutôt que ce sont les États-Unis et Israël qui ont fait le plus de gains en affaiblissant l’Iran. « La République islamique n’est plus ce qu’elle était avant juin 2025 [la guerre des 12 jours] », mentionne-t-il. L’économie iranienne est presque détruite, et le leadership politique et militaire du pays a été décapité. Sans oublier l’isolement diplomatique du régime iranien, qui s’est accru depuis un an, souligne-t-il. De son côté, Israël pourrait réussir à normaliser ses relations avec plus de pays arabes.


L’entente-cadre prévoit un délai de 60 jours pour négocier un accord complet, est-ce réaliste ? 

« Beaucoup de sujets sensibles doivent être abordés dans ce court laps de temps : le programme nucléaire iranien, mais aussi le programme de missiles iranien et le soutien de la République islamique à des groupes terroristes de la région. Les deux experts croient que ces négociations achopperont.


« L’accord va expirer après 60 jours, et je ne pense pas qu’il sera remplacé par quoi que ce soit d’autre », affirme Hussein Ibish. L’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, signé en 2015, avait nécessité plus d’un an et demi de négociations, rappelle-t-il. Et à cette époque, « l’Iran était soumis à une pression énorme, il n’était pas seulement confronté aux Américains, le pays faisait face à une coalition mondiale unie » et à de vigoureuses sanctions internationales, ajoute-t-il. « Je ne vois pas pourquoi l’Iran ferait d’autres concessions. »

« Houchang Hassan-Yari se dit aussi « extrêmement pessimiste » pour la suite. Les sujets qui doivent être discutés sont une série de lignes rouges pour le régime des ayatollahs, précise-t-il, et les négociations sur le nucléaire tenues avant la guerre n’avaient rien donné. Selon le professeur, les autorités iraniennes tenteront de gagner du temps. « La République islamique va faire absolument tout pour prolonger ce délai [de deux mois] dans l’espoir que les républicains aux États-Unis perdent les élections de mi-mandat », croit-il.


Israël pourrait-il faire péricliter cette entente-cadre en raison du front libanais ? 

« L’entente-cadre ne concerne que les États-Unis et l’Iran, mais elle inclurait un cessez-le-feu au Liban, où Israël mène des opérations militaires contre le Hezbollah. Pour M. Hassan-Yari, il est clair qu’Israël ne se sentira pas complètement lié par ce cessez-le-feu. « Au cours de son histoire, Israël n’a jamais fait de compromis sur la question de sa sécurité. Si le pays sent sa sécurité en danger, il ne va pas écouter ce que les Américains lui disent. »


« M. Ibish croit que l’entente-cadre pourrait néanmoins survivre à des violations du cessez-le-feu sur le front libano-israélien. Les précédents cessez-le-feu n’ont pas non plus été respectés par le Hezbollah et Israël, rappelle-t-il. « Malgré cela, l’Iran comme les États-Unis ont préféré faire comme s’il n’en était rien. »


Quels effets aura cette guerre sur l’équilibre des forces au Moyen-Orient ? 

« Selon Houchang Hassan-Yari, les effets seront profonds et mèneront à une reconfiguration stratégique de la région. L’Iran sort affaibli militairement et économiquement, rappelle-t-il, alors qu’Israël a clairement démontré qu’elle est la plus grande puissance militaire de la région. « L’Arabie saoudite [va aussi gagner en puissance] à côté d’Israël », prédit-il. »


Article intitulé

Quels résultats pour les États-Unis et Israël en Iran ?

Magdaline Boutros

Le Devoir

le 15 juin 2026, 18 h 08

...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire