24 août 2026

Trois Canadiens sur quatre approuvent le refus de négocier avec les États-Unis

« Une écrasante majorité de Canadiens – et ce, partout au pays – approuve la décision de Mark Carney d’avoir abandonné les négociations avec les États-Unis, tard vendredi. Au Québec, ce soutien atteint un sommet, avec 85 %. En contrepartie, des sentiments d’inquiétude et de peur persistent, car près de deux Canadiens sur cinq craignent directement pour leur emploi, selon un sondage Angus Reid.

Un soutien important

« À travers le Canada, 76 % des 1468 répondants au coup de sonde d’Angus Reid sont d’avis que le gouvernement Carney a bien agi « en refusant les conditions [américaines] et en mettant fin aux négociations sans entente ». Même la province à l’appui le plus faible, soit la Saskatchewan, présente un taux d’approbation de 65 %, montre le document publié dimanche. « Durant plusieurs mois, la population a voulu que les négociateurs canadiens adoptent la ligne dure », justifie Shachi Kurl, présidente de l’Angus Reid Institute, en entrevue avec La Presse. Il est « très peu commun » qu’un enjeu génère des opinions aussi alignées, souligne-t-elle. Il faut penser, par exemple, aux menaces d’annexion du Canada comme 51e État, qui avait fait grimper le sentiment d’unité nationale. Même les électeurs conservateurs donnent leur soutien à la stratégie de Carney, à 53 %.


Le Québec particulièrement d’accord

« Le taux de 85 % d’approbation du Québec, le plus élevé au pays, peut provenir de différents facteurs. D’abord, il y a le fait que le français a clairement été ciblé comme obstacle commercial par Washington. « D’un point de vue purement économique, oui, c’est une barrière au commerce, car ce sont des normes différentes notamment pour l’emballage. Mais c’est un enjeu très politique. S’y attaquer, c’est quelque chose à quoi les gens vont répondre », estime Patrick Leblond, professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa. Puis, il y a l’histoire : cellule francophone dans une mer anglophone, le Québec a toujours dû se battre pour exister. Ce geste de défense ferme correspond à cette pensée, poursuit-il.


« Fortes sont les chances que les nouveaux développements de la guerre commerciale influencent la campagne électorale québécoise, disent les deux experts consultés. Les électeurs voudront connaître le plan des chefs provinciaux face à cette « nouvelle normale » de menaces tarifaires répétées, surtout maintenant que le référendum proposé par Paul St-Pierre Plamondon est reporté à 2029, au plus tôt. Christine Fréchette pourrait gagner quelques points, car elle est appelée à exercer ses fonctions de première ministre, ajoute M. Leblond.


Emplois à risque

« Tout près de deux répondants sur cinq, soit 38 %, craignent de façon élevée ou modérée pour leur propre emploi. « Si vous œuvrez dans l’un des nombreux secteurs de l’économie qui sont affectés, ceci touche une corde sensible. C’est passé de la théorie au réel », indique Shachi Kurl, précisant que bien des domaines auparavant épargnés sont maintenant visés : agroalimentaire, biens de consommation, produits de loisirs et matériaux de construction, entre autres. Des spécialistes canadiens en économie, cités par Angus, prévoient que la nouvelle salve tarifaire de Donald Trump pourrait faire perdre jusqu’à 0,4 % de son PIB et 90 000 emplois au Canada.


Le coût de la vie au centre des préoccupations

« Pas moins de 89 % des Canadiens sont inquiets du contexte de guerre commerciale et de ses effets potentiels sur le coût de la vie. Vient ensuite la crainte pour l’économie canadienne dans son ensemble (87 %), pour l’économie de sa province d’origine (78 %), pour son épargne personnelle (63 %) et pour les emplois dans sa communauté (62 %). Ainsi, comme dans tout contexte de crise, le dirigeant en place risque d’hériter de quelques points de popularité, car la population recherche la stabilité, fait valoir Shachi Kurl. « Il devient plus difficile pour les chefs de l’opposition de prendre leur place ou d’avoir des occasions de se faire écouter », ajoute la présidente de la maison Angus Reid.


Posture de force

« La majorité des Canadiens apprécie globalement la posture de Mark Carney ; 69 % d’entre eux pensent qu’il a « démontré de la force » en faisant échouer les pourparlers avec les États-Unis, puis 62 % croient que la réplique de droits de douane d’Ottawa 

« au dollar près » prévue le 8 septembre est « appropriée »

« Pour moi, ça a toujours été clair. Les Américains font des demandes pour limiter la marge de manœuvre et la souveraineté décisionnelle du Canada. C’est inacceptable », s’indigne Patrick Leblond, de l’Université d’Ottawa. Le professeur s’attend déjà à une réplique. Un scénario possible, le 8 septembre, est que les Américains « essaient intentionnellement de faire du tort à des entreprises canadiennes qui opèrent aux États-Unis ». Malgré tout, 64 % des répondants osent croire que le Canada sortira de cette saga « plus fort » qu’au départ, peut-être avec une dépendance plus faible au géant américain. »


Méthodologie

« Ce sondage Angus Reid a été mené auprès de 1468 adultes canadiens, en ligne, les 22 et 23 août. Les répondants sont représentatifs de la démographie du Canada selon la région, le sexe, l’âge, le revenu médian et le niveau d’éducation. La marge d’erreur pour ce type d’échantillon est de 2 points de pourcentage, 19 fois sur 20. »


Article intitulé

Les trois-quarts des Canadiens approuvent le refus de négocier de Caney

William Thériault

La Presse

le 24 août 2026

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