30 août 2026

Y a-t-il des adultes auprès du président ?


« Et voici que Trump signe un décret présidentiel pour rebaptiser le lac Ontario « lac Amérique ». Et quoi encore !

C’est une provocation inutile de plus dans le cadre du conflit absurde et puéril qu’il entretient avec le Canada. Une guerre qu’il mène avec encore plus d’enthousiasme aujourd’hui qu’à l’époque de son premier mandat.


Plus les jours passent, plus la situation s’envenime. Et plus ça semble plaire au président américain, qui s’amuse à jeter de l’huile sur le feu.


N’y a-t-il pas quelqu’un dans son entourage qui pourrait lui expliquer à quel point cette guerre contre le Canada est stupide ?


Quelqu’un qui pourrait lui rappeler que traiter le Canada avec moins d’égards que l’Arabie saoudite et Mark Carney avec moins de bienveillance que Kim Jong-un est indécent ?


Quelqu’un qui aurait pu lui dire que c’était à la fois bête et contre-productif de se présenter jeudi devant les caméras avec son marqueur et de faire subir au lac Ontario le traitement qu’il avait réservé au golfe du Mexique ?


Hélas, non.


Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a les deux mains sur le volant, pour le meilleur et (surtout) pour le pire.


Pendant la quasi-totalité de son premier mandat, les membres de son entourage qu’on surnommait « les adultes » le protégeaient contre lui-même. Ils mettaient ainsi le reste du monde à l’abri des plus folles lubies de ce président, dont on se demande parfois s’il a encore toute sa tête.


Plus personne n’ose aujourd’hui se mettre sur son chemin. Il parvient ainsi à mener plusieurs de ses idées les plus délirantes à terme. Les nombreux errements, faux pas et scandales depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump en sont l’évidence même.


C’est aussi l’un des constats des journalistes du New York Times Maggie Haberman et Jonathan Swan, qui ont publié en juin un essai captivant sur la première année de Trump 2.0. Dans Regime Change, ces deux journalistes nous entraînent dans les coulisses de la Maison-Blanche. Ils nous permettent de mieux comprendre les causes et l’ampleur de la dérive en cours.


« Trump a abordé son premier mandat présidentiel en novice, rappellent-ils. Et bien que l’on ait beaucoup écrit sur les bouleversements de cette première présidence et sur l’ensemble des normes qu’il a transgressées, ces inquiétudes paraissent aujourd’hui bien désuètes. »


En 2015, il « avait rempli son cabinet de gens qui lui étaient étrangers, aux états de service irréprochables, des généraux comme James Mattis et John Kelly, qui le considéraient, lui ainsi que sa vision du monde, comme dangereux et 

détestables ».


Or, « vers la fin de son mandat, il a nourri un profond ressentiment face à l’impact qu’ils avaient eu sur sa présidence. Il a alors pris la résolution de gouverner différemment la fois suivante – s’il devait y avoir une prochaine fois », écrivent les journalistes.


Et c’est exactement ce que Donald Trump a fait.


***


On retrouve aujourd’hui autour de lui des idéologues zélés, comme Stephen Miller, qui est notamment conseiller à la sécurité intérieure, ou Russell Vought, qui dirige le Bureau de la gestion et du budget de la Maison-Blanche.


Il y a aussi bon nombre de lèche-bottes. Le cas du secrétaire d’État, Marco Rubio, l’illustre de façon éloquente dans Regime Change.


« Il attendait que Trump sollicite son avis pour le lui donner, avec déférence. Il voyait son rôle comme celui d’un exécutant de la volonté de Trump et cherchait rarement à lui imposer ses propres vues », lit-on. Comme la plupart des membres de l’entourage du président.


Il y a enfin, parmi les autres personnalités qui ont gravité dans l’entourage de Donald Trump depuis janvier 2025, une série de personnages louches et amoraux (Bill Pulte, Laura Loomer, Boris Epshteyn…), qui l’ont flatté tout en alimentant sa paranoïa, nourrissant ainsi ses « penchants les plus sombres ».


Des conditions gagnantes pour que les choses tournent mal.


D’autant plus que Donald Trump aime toujours plus provoquer des crises que les gérer, qu’il s’estime maintenant tout-puissant… et qu’il vieillit. Il est plus fatigué, il entend moins bien qu’avant et il apparaît encore plus décomplexé qu’autrefois, signalent les journalistes.


« Quel que fût le mince filtre verbal qu’il possédait par le passé, il avait désormais disparu. Il disait tout ce qu’il voulait, quand il le voulait. »


Les décisions de Donald Trump font trop souvent l’unanimité à la Maison-Blanche. Les républicains au Congrès sont également presque tous serviles. L’institution ne joue donc plus son rôle traditionnel de contre-pouvoir.


Mais il arrive parfois qu’un conseiller de Donald Trump, consterné par une décision prise par le président, tente de s’interposer et de le faire changer d’avis.


On apprend dans Regime Change que le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a demandé au président de mettre de l’eau dans son vin avant l’imposition de droits de douane à quelque 180 pays en avril 2025.


Lors d’une réunion à ce sujet dans le bureau Ovale, il a tenté d’intercéder en faveur du Canada et du Mexique et de freiner l’imposition de droits de douane dans le secteur automobile.


En vain.


Howard Lutnick a par la suite été pris à partie par Donald Trump, qui l’a accusé d’être trop faible. Il a appris la leçon. On l’a vu à plusieurs reprises, depuis, défendre publiquement son président avec zèle.


C’est ce qu’il a fait encore jeudi, en accusant le premier ministre Mark Carney de viles manœuvres qui auraient eu pour but d’empêcher le Parti québécois de remporter les élections provinciales.


On ne saura probablement jamais ce qui s’est vraiment passé vendredi dernier à Washington lorsque les négociations ont achoppé. Mais il faut s’attendre à ce que les membres de la garde rapprochée de Donald Trump continuent à s’en prendre au Canada et à Mark Carney avec virulence.


Certains recommenceront peut-être même à évoquer l’idée de faire du Canada le 51e État américain.


Ces loyaux conseillers ne se comportent pas en adultes. Ils ne reculeront devant rien pour faire le bonheur du président. »


Chronique intitulée

Trump, les adultes en moins

Alexandre Sirois

La Presse

le 28 août 2026

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