Le bloc d’opposition en Israël et le camp du premier ministre sortant, Benjamin Nétanyahou, seraient à égalité, selon des sondages réalisés à la sortie des urnes et publiés tard mardi. Plus tôt dans la journée, des sondages donnaient l’avance à la coalition formée par l’ex-chef d’état-major Gadi Eisenkot, du parti centriste Yashar. Les résultats finaux pourraient prendre plusieurs jours avant d’être confirmés. Le Devoir fait le point.
« Signe de l’importance de l’enjeu, le taux de participation dépassait les 77,7 % à 22 h, un record. Ce rendez-vous électoral — le premier depuis l’attentat du Hamas du 7 octobre 2023, dans un pays profondément polarisé et engagé dans plusieurs guerres régionales — a pris des airs de référendum sur la gouvernance de Nétanyahou. Les négociations sont maintenant ouvertes pour tenter de former une coalition gouvernementale.
S’agit-il de l’élection la plus importante depuis la création de l’État d’Israël ?
Oui, répondent tour à tour Gideon Rahat, professeur de science politique à l’Université hébraïque de Jérusalem, et Yael Shomer, professeure de science politique à l’Université de Tel-Aviv.
« Beaucoup d’Israéliens estiment que l’enjeu [de ces élections] va bien au-delà de la simple question de savoir qui va former la coalition […]. La question est ici plutôt de savoir quel sera notre avenir et dans quelle direction nous allons nous diriger », relève Yael Shomer.
Il s’agit de savoir si l’État d’Israël sera un État juif, fondé sur une démocratie libérale, ou un État juif religieux avec une assise autoritaire, résume-t-elle.
Pour Gideon Rahat, c’est l’existence même de l’État d’Israël tel qu’il a été réfléchi par ses fondateurs qui est en jeu. « Les institutions, le monopole de la force, les valeurs de l’État d’Israël telles qu’elles apparaissent dans la Déclaration d’indépendance sont menacés par la coalition de Nétanyahou », affirme-t-il.
Quand saura-t-on qui formera le prochain gouvernement ?
Les premiers sondages réalisés à la sortie des urnes donnaient le bloc d’opposition gagnant avec 53 sièges (dont 23 pour le parti Yashar de Gadi Eisenkot) contre 50 sièges pour la coalition de droite et d’extrême droite de Nétanyahou (dont 25 pour le Likoud). Selon ces projections, les partis arabes mettraient la main sur 17 sièges, un record.
Les résultats finaux seront publiés dans un délai maximal de huit jours. Les 120 sièges de la Knesset sont répartis proportionnellement entre les partis ayant remporté au moins 3,25 % des suffrages.
Puisqu’aucun parti n’a remporté les 61 sièges requis pour former la majorité, un jeu de négociation va s’enclencher pour tenter de former une coalition gouvernementale. « Ça peut prendre des mois », relève Yael Shomer.
Quels changements pourraient survenir dans la politique israélienne ?
Plusieurs scénarios sont possibles. Le bloc d’opposition à Nétanyahou, avec Gadi Eisenkot à sa tête, devrait tenter de former une coalition. « S’il réussit, ce sera probablement un gouvernement minoritaire puisque certains partis de ce bloc ont déclaré qu’ils ne voulaient pas s’allier à des partis arabes », analyse la professeure.
Un appui à la carte des partis arabes pourrait néanmoins permettre à cette coalition de survivre. La coalition de Nétanyahou pourrait aussi chercher des appuis pour tenter de gouverner. « Une autre possibilité est ce qu’on appelle un gouvernement d’union nationale » réunissant les partis d’Eisenkot et de Nétanyahou, mentionne Gideon Rahat.
Des transfuges pourraient aussi être recrutés ou de nouvelles élections organisées si aucune coalition ne parvenait à se former et à se maintenir au pouvoir.
Si le bloc d’opposition prenait le pouvoir, une commission d’enquête sur les attentats du 7 octobre 2023 devrait être lancée. « Nous devons nous assurer de comprendre ce qui a provoqué ces événements, ce qui nous a conduits à être aveuglés et à ne pas les voir arriver », pointe Yael Shomer. Nétanyahou s’est toujours opposé à la mise en place d’une telle instance.
Deux lois de la controversée réforme judiciaire du gouvernement Nétanyahou — sur la nomination des juges et sur le rôle du conseiller juridique du gouvernement — pourraient aussi être abrogées. « Ce sont des institutions censées servir de contrepoids et de mécanismes de contrôle des actions du gouvernement, relève la politologue. […] C’est très dangereux de les politiser. »
De manière générale, si le bloc d’opposition accède au pouvoir, le ton devrait changer, espère Gideon Rahat. « Nétanyahou est populiste et sème la division, alors qu’Eisenkot cherchera à rassembler. »
Quels seront les effets sur la guerre à Gaza et la colonisation de la Cisjordanie ?
L’enjeu de la sécurité a été au cœur de ces élections, « mais la question de Gaza n’a pas été un sujet de campagne, pour aucun des deux camps », rapporte Yael Shomer. Peu de changements sont attendus dans la conduite de la guerre dans le territoire palestinien — peu importe la coalition qui sera portée au pouvoir.
Il est fort probable que la colonisation de la Cisjordanie ne s’arrêtera pas non plus. Mais, si le bloc d’opposition prend le pouvoir, les violences exacerbées des colons pourraient diminuer pour attiser moins de colère internationale, croit Gideon Rahat.
« Si le prochain gouvernement n’inclut pas l’extrême droite, on pourrait s’attendre à un certain degré de pragmatisme », souligne-t-il. »
Article intitulé
Quel avenir pour Israël après les élections législatives ?
Magdaline Boutros
Le Devoir
Le 27 octobre 2026 à 21 h 47
…




