«Les forêts canadiennes sont dévorées par quelque 1000 incendies actifs, dont 160 au Québec. C’est une tragédie qui revient chaque été, avec une féroce intensité, résultat des dérèglements planétaires induits par le réchauffement climatique. Le plus important brasier, dans le nord-ouest de l’Ontario, couvre une superficie équivalant à six fois celle de l’île de Montréal, enveloppant d’un panache de fumée des communautés entières, y compris des métropoles américaines.
« Il n’en fallait pas plus pour déclencher l’ire du président des États-Unis, Donald Trump, et des élus dans les États incommodés par les fumées toxiques. Ils exhortent le Canada à contrôler ses brasiers et à mieux gérer ses forêts, au nom de la santé de leurs citoyens. Le président Trump, toujours à la recherche d’une nouvelle querelle avec son allié du Nord, a même menacé le Canada d’une nouvelle salve de tarifs douaniers. « Nous tenons le Canada pour responsable du fait qu’il n’entretient pas correctement ses forêts et la végétation qui s’y trouve, et que les États-Unis sont inutilement envahis par un air sale, pollué et malsain, dont la qualité est dangereuse et totalement inacceptable ! » a déclaré le président Trump.
« Nous aurions espéré que l’accumulation des brasiers déboucherait sur une forme de solidarité climatique. En lieu et place, nous avons droit à une manifestation de rapacité climatique du voisin déréglé. C’est maintenant la faute du Canada si la planète brûle, comme si nous pouvions attribuer les impacts de l’urgence climatique à un seul pays (le Canada), dans des circonstances bien définies (les feux de forêt dans le Nord). La qualité de l’air n’est pas meilleure au nord de la frontière soit dit en passant. L’air sale se moque bien des frontières.
« Quand la planète se réchauffe, se dérègle et brûle, les limites entre les pays ne veulent strictement rien dire. C’est le bilan global qui compte, de même que l’idée de responsabilité collective quant au destin de la planète. D’ailleurs, des sapeurs forestiers des États voisins prêtent main-forte au Canada en ce moment, et la situation inverse se produit régulièrement lorsque les forêts du Sud-Ouest américain s’embrasent.
« À ce chapitre, les États-Unis, pays de consommation effrénée, arrivent sur le podium des plus grands contributeurs au réchauffement climatique. L’air sale, pollué et malsain, c’est l’une des pièces de résistance de leurs politiques environnementales au cours de l’histoire.
« Après la Chine, les États-Unis occupent le deuxième rang mondial pour les émissions de gaz à effet de serre (GES). Pour environ 4,5 % de la population mondiale, les États-Unis génèrent environ de 11 % à 15 % des émissions de GES, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Depuis le début de la révolution industrielle, le bilan est toujours désastreux. Les États-Unis sont bons premiers, avec de 20 % à 25 % des émissions de GES. Ils émettent entre 14 et 15 tonnes de CO2 par habitant, comparativement à moins de 5 tonnes par habitant pour le reste du monde. La tendance n’est pas près de s’inverser, car nous avons affaire au premier producteur mondial de pétrole.
« C’est sans doute une fausse nouvelle — ou un complot de la gauche radicale —, diront les négationnistes du réchauffement climatique.
« Le Canada est loin de jouer un rôle exemplaire dans la lutte contre les changements climatiques, surtout depuis l’élection de Mark Carney. Le premier ministre démantèle pièce par pièce l’héritage, fragile et naissant, du précédent gouvernement (libéral), au point de susciter une vive déception de l’ex-ministre fédéral de l’Environnement Steven Guilbeault. « Je pense que, sur la question de la lutte contre les changements climatiques, le gouvernement a fait son lit. Très clairement, la priorité, c’est le développement des hydrocarbures », a-t-il confié au Devoir dans le cadre d’une mission en Arctique.
« Le premier ministre Carney n’est guère plus inspirant que Donald Trump. Questionné sur l’intensité des feux de forêt en cette saison estivale qui se déroule sous des cieux sombres ou orangés, M. Carney a blâmé son prédécesseur, Justin Trudeau, pour le bilan environnemental du pays. C’est plutôt fort de café. À force d’attaquer et d’annuler les politiques visant à atteindre la carboneutralité défendue avec courage et conviction par Steven Guilbeault, le premier ministre a fini par le décourager de la politique au point de provoquer sa démission. Ce bourbier planétaire qu’est le réchauffement climatique ne traverse pas seulement les frontières, il est constant au-delà des cycles politiques. C’est l’aboutissement d’un laisser-faire dont les effets cumulatifs iront crescendo dans un avenir immédiat.
« Continuez de forer, les braves. Continuez de pointer des doigts accusateurs avec votre belle insouciance. Quand nous regardons les forêts brûler, nous voyons bien, au loin, votre courage partir en fumée. »
Éditorial intitulé
Des feux de forêt et de frivolité
Brian Myles
La Devoir
le 21 juillet 2026
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