25 août 2026

Idées neuves - Remettre l’écriture authentique dans nos vies


« Saviez-vous qu’à l’école, l’écriture pouvait être solidaire plutôt que solitaire ? Que les élèves apprennent plus et mieux en bénéficiant du soutien de leurs pairs qu’en étant laissés à eux-mêmes dans une tâche d’écriture ? Saviez-vous que, lorsque les élèves écrivent tous les jours, à partir de déclencheurs authentiques, ils perçoivent le sens et l’utilité de l’écriture, éprouvent davantage de plaisir et développent un rapport positif à l’écrit ?


« Dans plusieurs classes du Québec, l’écriture se vit ainsi au quotidien à travers la démarche des cercles d’auteurs, une façon d’enseigner qui mise sur le plaisir d’écrire et la collaboration entre élèves tout au long de la production d’un texte. Depuis plus de dix ans, par des projets de recherche-action et des formations, nous accompagnons des enseignantes et des enseignants du primaire qui mettent en œuvre des cercles d’auteurs en classe.


« L’écriture à l’école prend alors d’autres formes que la traditionnelle dictée du vendredi ou des rédactions avec sujets imposés. En effet, dans les cercles d’auteurs, on propose aux élèves une contrainte d’écriture (une image, une phrase, un extrait de livre, une musique, un thème, etc.). À partir de celle-ci, les élèves, placés en équipe de quatre, vont produire des idées, puis écrire, individuellement, un texte.


« À chacun de puiser alors dans les suggestions du groupe pour écrire son propre texte, avec sa voix unique, sans contrainte de genre ou de nombre de mots imposés. Plus aucun élève ne se retrouve seul devant une page blanche ! L’écriture devient alors un espace d’exploration et de liberté où les idées et la pensée peuvent se développer, être discutées, reconnues et appréciées.


Façons d’enseigner

« Saviez-vous que certaines façons d’enseigner l’écriture peuvent contribuer à soutenir le développement d’habiletés de lecture et de communication orale ? C’est ce que visent les cercles d’auteurs, entre autres par la place prépondérante qu’occupent la lecture et l’écoute dans la démarche.


« Par exemple, après avoir écrit un premier jet, les élèves se réunissent pour en faire la lecture à voix haute, puis les pairs formulent des commentaires positifs à l’auteur (ils soulignent les traits d’humour, mentionnent la façon expressive dont le texte a été lu ; apprécient la présence de rimes, etc.). Il s’agit là d’un contexte de communication authentique, qui permet aux élèves d’entrer en relation avec les autres, de façon bienveillante et respectueuse.


« C’est aussi l’occasion d’apprendre à lire comme un auteur, c’est-à-dire d’être attentif aux effets que suscite un texte en soi afin de pouvoir ensuite les reproduire dans ses propres textes. La lecture, l’écriture et la communication orale sont alors mises à profit de manière intégrée et signifiante pour les élèves. L’apprentissage du français s’en trouve facilité et son enseignement, renouvelé.


Entraide

« Le contexte collaboratif de la démarche se révèle également porteur lorsque les élèves s’entraident à réviser leurs textes pour en améliorer la cohérence et le style. Ils développent alors des compétences de haut niveau qui leur permettent d’identifier les problèmes dans les textes de leurs pairs et de leur suggérer des pistes d’amélioration.


« Par exemple : « Si tu disais dès le départ où ton personnage se trouve, on comprendrait mieux la suite de l’histoire » ; « Ta phrase est longue. Si tu la raccourcissais, ça donnerait plus de rythme ». Lorsqu’en retour, leurs pairs leur proposent des pistes, ils sont en mesure d’apporter des modifications à leurs textes qui en améliorent la qualité. C’est notamment ce que nos travaux de recherche nous ont permis d’observer auprès d’élèves de la 3e à la 6e année du primaire.


« Enfin, saviez-vous qu’il est possible de faire vivre l’écriture de sorte que les élèves développent leur confiance en eux et en leur voix d’auteur, qu’ils construisent un rapport positif avec l’écriture envisagée comme un moyen d’expression de sa pensée et de sa créativité et non seulement comme une stricte maîtrise de règles d’orthographe et de grammaire ?


« Saviez-vous, par ailleurs, que, lorsque les élèves ont l’occasion de collaborer pour traquer les fautes de syntaxe, de grammaire ou d’orthographe dans leurs textes, afin de les diffuser auprès d’un public réel, ils y mettent du cœur et de l’enthousiasme, et apprennent, par la même occasion, la maîtrise de ces règles ? C’est ce que les enseignantes de nos projets ont observé, notamment chez les élèves en difficulté.


« À l’heure de l’intrusion de l’intelligence artificielle dans nos vies, il est plus que temps de remettre l’écriture authentique au cœur des interactions avec les enfants, à l’école et hors les murs. Nous sommes tous et toutes en lien avec des enfants : les nôtres, ceux de nos frères et sœurs, nos élèves, nos voisins, etc.


« Pourquoi ne pas profiter de la fin de l’été ou de la rentrée pour prendre la plume et écrire à un enfant de votre entourage : une carte de souhaits manuscrite, une carte postale, un petit mot dans la boîte à lunch ? Les occasions sont nombreuses. Si nous choisissons collectivement de faire de l’écriture une pratique courante, de nous montrer en modèles de personnes qui écrivent et y trouvent du plaisir, nous jouons un rôle transformateur pour les enfants, petits et grands.


« Vous avez envie de vivre vous-même l’expérience des cercles d’auteurs et de redécouvrir ou de nourrir votre plaisir d’écrire ? Nous vous donnons rendez-vous à Montréal, à la Grande Bibliothèque, le 9 septembre prochain, pour un 5 à 7 sous la forme des cercles d’auteurs, dans le cadre de la Grande rentrée du Quartier latin.


« Ce texte fait partie de notre section Opinion, qui favorise une pluralité des voix et des idées en accueillant autant les analyses et commentaires de ses lecteurs que ceux de penseurs et experts d’ici et d’ailleurs. Envie d’y prendre part? Soumettez votre texte à l’adresse opinion@ledevoir.com. Juste envie d’en lire plus? Abonnez-vous à notre Courrier des idées.


Section Idées

Article intitulé

Écrire ensemble pour mieux apprendre

Élaine Turgeon et Ophélie Tremblay

professeures titulaires à l’université du Québec à Montréal

Le Devoir

le 25 août 2026

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