« L’Ukraine, qui vient de subir une nouvelle attaque meurtrière de la Russie, manque dramatiquement de missiles intercepteurs et ne peut compter pour l’heure sur l’aide des États-Unis pour renflouer ses stocks.
« Ses forces n’ont réussi à abattre aucun des 28 missiles tirés sur la capitale dans la nuit de mardi à mercredi tout en arrêtant la majorité des drones envoyés par Moscou, ce qui confirme la situation difficile du pays sur ce plan.
« Le gouvernement a indiqué qu’au moins 17 personnes avaient été tuées et plusieurs dizaines d’autres blessées lors de l’attaque, qui a visé essentiellement des infrastructures civiles, selon le président Volodymyr Zelensky.
« Des missiles intercepteurs « auraient pu sauver les vies des personnes tuées aujourd’hui », a souligné le chef d’État en pressant ses « partenaires » d’en fournir sans tarder pour éviter d’autres victimes.
« C’est la première fois depuis le début de la guerre que l’Ukraine est incapable d’intercepter au moins une partie des missiles russes tirés lors d’une attaque. Ils n’ont plus de missiles intercepteurs », résume Dominique Arel, un spécialiste du pays rattaché à l’Université d’Ottawa.
Les États-Unis réticents
« L’Ukraine, dit-il, a reçu depuis le début de la guerre plus de 500 missiles intercepteurs Patriot de construction américaine.
« Les pays européens qui en ont fourni n’ont cependant plus les stocks pour le faire et les États-Unis rechignent à leur en transférer alors que la guerre en Iran et les attaques régionales qui en découlent exercent une pression sur l’arsenal américain, note M. Arel.
« Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a rejeté mercredi des rapports suggérant que le pays avait réduit pratiquement de moitié sa réserve de missiles intercepteurs depuis le début du conflit au Moyen-Orient.
« Le président Donald Trump a néanmoins fait écho à ces préoccupations en juillet lors d’une rencontre avec Volodymyr Zelensky.
« Nous avons des missiles Patriot, mais nous n’en avons pas tant que ça. Nous en avons besoin aussi pour nous. »
- Donald Trump, lors de sa rencontre avec Volodymyr Zelensky
« Le chef d’État avait laissé entendre que les États-Unis pourraient accorder une licence à l’Ukraine afin que le pays en produise lui-même, mais il a fait marche arrière à ce sujet.
« Un projet a été lancé par l’Ukraine de concert avec plusieurs pays européens pour permettre le développement d’un nouveau missile intercepteur, mais il faudra beaucoup de temps avant qu’il puisse aboutir, note M. Arel.
Crimes de guerre
« La seule avenue pour tenter de minimiser les frappes de missiles à court terme est de s’attaquer aux lanceurs situés en territoire russe, indique le professeur, qui s’attend à ce que Moscou multiplie les frappes aériennes dans les mois à venir pour infliger un maximum de pertes militaires et civiles en Ukraine par la voie des airs, alors que ses troupes au sol peinent à faire de nouveaux gains.
« L’objectif est de « briser le moral des Ukrainiens pour faire capituler le pays, mais ça n’arrivera pas. La population sait ce qui l’attend si les Russes ont le dernier mot », souligne-t-il.
« Selon un récent décompte du New York Times, l’armée russe a tiré 126 missiles balistiques en Ukraine durant le mois de juillet, le total le plus élevé depuis le début de la guerre, faisant 400 morts.
« La Russie maintient que les frappes ont toujours pour objectif des cibles militaires, mais Kyiv accuse le pays de commettre des crimes de guerre en s’en prenant à répétition à des cibles civiles.
« La situation survient alors que l’administration américaine mène une campagne agressive contre la Cour pénale internationale (CPI), qui mène notamment une enquête sur les crimes survenus en Ukraine.
« Le secrétaire d’État, Marco Rubio, a déclaré à la mi-juillet que Washington utiliserait tous ses pouvoirs pour détruire la CPI en procédant « brique par brique » s’il le faut.
« Maria Elena Vignoli, une spécialiste du droit international rattachée à Human Rights Watch, relève que le gouvernement américain souhaite « accorder une carte de sortie de prison » à des alliés mis en cause par le tribunal international alors que l’institution a pour objectif de garantir que « personne ne soit au-dessus de la loi ».
« Le président Trump, rappelle Mme Vignoli, a déclaré que les attaques contre la CPI visent à aider notamment le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt lié aux opérations militaires menées dans la bande de Gaza en réponse aux attaques du Hamas du 7 octobre 2023.
« Washington s’était réjoui qu’un mandat d’arrestation ait été lancé contre le président russe Vladimir Poutine en lien avec la guerre en Ukraine, rappelle Fannie Lafontaine, professeure titulaire à la faculté de droit de l’Université Laval, qui accuse le pays de faire preuve d’une « hypocrisie absolue » en défendant le droit international seulement lorsqu’il sert ses intérêts.
« Elle s’alarme que le Venezuela et le Tchad se soient récemment retirés de la CPI sous pression américaine et craint que d’autres pays ne leur emboîtent le pas.
« L’idéal serait de pousser pour une « ratification universelle » du traité sur lequel repose le tribunal plutôt que de chercher à réduire le territoire sous sa juridiction », estime Mme Lafontaine, qui aimerait entendre le Canada critiquer haut et fort les manœuvres américaines à ce sujet.
« En conférence de presse à Toronto mercredi, le premier ministre Mark Carney a affirmé que le soutien du Canada à la CPI était sans équivoque, tout en s’abstenant de critiquer le président américain Donald Trump. « Le Canada est fier d’être membre de la Cour pénale internationale, a-t-il déclaré. Nous la soutenons financièrement en lui fournissant du personnel, en lui transmettant nos valeurs et en agissant. Et nous continuerons à le faire. »
Article intitulé
Kyiv en manque de missiles Patriot
Marc Thibodeau, avec la Presse canadienne
La Presse
le 6 août 2026
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