07 novembre 2026

États-Unis - Un peu de lumière au bout du tunnel

« La vague démocrate qui déferle au Congrès américain injecte une bonne dose d’espoir dans un monde qui en a bien besoin. Enfin, on entrevoit un peu de lumière au bout du trumpisme.


Donald Trump, qui avait insisté pour que les élections de mi-mandat soient un référendum sur lui-même, s’est fait prendre à son propre jeu narcissique.


« Faites comme si j’étais sur le bulletin de vote », a répété durant la campagne un Trump qui se croyait inébranlable. Et pour cause… Voilà un président autoritaire, corrompu, misogyne et raciste qui, il y a à peine deux ans, avait réussi à se faire réélire en dépit des multiples scandales qui lui collent à la peau et de l’assaut du Capitole en 2021.


En 2016, alors qu’il était candidat, Trump avait déclaré que même s’il tirait sur quelqu’un au beau milieu de la 5e Avenue, ça ne lui ferait pas perdre un seul vote. C’était complètement fou et néanmoins presque vrai…


Dix ans plus tard, la vague bleue qui balaie les États-Unis nous montre que ce ne l’est plus. En faisant comme si Trump était sur le bulletin de vote, les électeurs lui ont fait subir une défaite historique, du Texas au Michigan.


Ce référendum perdu par Trump est beaucoup plus qu’un concours de popularité pour déterminer qui est le mieux placé pour répondre aux préoccupations terre-à-terre des Américains sur le coût de la vie et le prix de l’essence à la hausse en raison de la guerre en Iran.


C’est aussi un test de résilience pour la démocratie américaine mise à mal par un oligarque, plus obsédé par son propre intérêt et celui de ses amis milliardaires que par celui du peuple qui l’a porté au pouvoir.


Les victoires démocrates dans de nombreux bastions républicains ont montré qu’il est finalement possible de déjouer les stratagèmes populistes de Trump et de ses ingénieurs du chaos qui, jusque-là, semblaient marcher à tout coup.


Elon Musk aura eu beau dépenser près d’un demi-milliard pour influencer l’issue des élections de mi-mandat – une somme record pour une personne qui n’est pas elle-même candidate –, cela n’a pas donné les résultats qu’il espérait.


La désinformation et la haine (antitrans, antimigrants, antimusulmans, etc.) comme choix politiques pour fédérer la colère et la peur… aucun de ces « vieux trucs » trumpistes n’a fonctionné non plus.


On l’a vu au Texas avec la victoire historique du démocrate James Talarico, élu en dépit du fait que Musk ait injecté des millions dans la campagne de Ken Paxton, son adversaire républicain empêtré dans de multiples scandales.


Une victoire qui prouve, selon Talarico, que tout l’argent du monde ne fait pas le poids face au pouvoir du peuple. Et qu’une politique de division ne fait pas le poids devant une « politique d’amour » – une idée qui, visiblement, a interpellé les Texans choqués de voir des voisins tout à fait respectables être traités comme des criminels par la police de l’ICE chargée d’exécuter la plus grande expulsion de l’histoire des États-Unis promise par Trump.


On l’a vu au Michigan avec la victoire du Dr Abdul El-Sayed, premier homme musulman élu sénateur aux États-Unis, malgré une campagne électorale marquée par la vague la plus intense de rhétorique islamophobe en politique américaine depuis le 11-Septembre.


En fin de campagne, Trump et J.D. Vance avaient misé sur un blitz raciste délirant pour mieux démoniser El-Sayed. Après l’avoir rebaptisé de son deuxième prénom « Mohamed » et traité de terroriste, le président a prétendu que le candidat démocrate allait inviter au pays des « hordes de djihadistes » jusqu’à ce que les Américains ne puissent plus fêter Noël.


J.D. Vance a de son côté tenté d’associer El-Sayed aux débordements des manifestations en France et a prétendu que ce médecin, ancien responsable de la santé publique, allait encourager des émeutiers à « brûler Detroit », rien de moins.


J. D., habibi [mon chéri, en arabe], il y a cette délicieuse ironie dans le fait que tu es constitutionnellement obligé de me faire prêter serment en janvier.

- Abdul El-Sayed dans son discours de la victoire


Et il a ajouté à l’intention de Trump : « Je sais que tu as du mal avec mon nom, alors après que J. D. m’aura fait prêter serment, tu peux simplement m’appeler sénateur. »


On voit donc poindre un peu de lumière au bout du trumpisme, disais-je. Mais disons que l’on n’en est pas sortis pour autant. Il reste plus de deux ans au mandat de Trump et il serait pour le moins étonnant que cette défaite cuisante soit suivie d’un soudain sursaut de sagesse du locataire de la Maison-Blanche ou d’une folle envie de collaborer avec les démocrates pour le bien de la nation et de l’humanité.


Le pire est peut-être à venir de la part d’un homme humilié et imprévisible qui n’a plus rien à perdre. Mais, au moins, se dresse devant lui une forte résistance. »


Chronique intitulée

La lumière au bout du trumpisme

Rima Elkouri

La Presse

le 5 novembre 2026

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