« S’il est facile de protester contre les droits de douane imposés par le gouvernement Trump en boycottant les produits matériels états-uniens, il est plus difficile d’étendre cet élan de contestation aux produits culturels de nos voisins. Dans la perspective plus large de l’impérialisme culturel des États-Unis, ces produits ont envahi depuis longtemps nos espaces publics et privés. Qu’il s’agisse de musique, de cinéma ou de séries télévisées — sans oublier le sport —, vivre au Québec, c’est comme « vivre aux États-Unis », comme le chantait Charlebois. Même en littérature ! Parmi les dix livres les plus vendus au Québec en 2025, quatre titres étaient états-uniens, dont trois de la série La femme de ménage, de Freida McFadden.
Ma conjointe et moi avons décidé de boycotter livres, films et séries d’outre-frontière jusqu’à la fin du règne du grand malotru inculte de Washington. Côté littérature, pas trop difficile ! Il y a tant à lire en provenance d’ici et d’ailleurs. Nous allons devoir renoncer à quelques grandes plumes parmi nos préférées, mais nous y reviendrons dans deux ans. Choisir constamment des films non états-uniens peut s’avérer un peu compliqué, tant l’offre (en salle et sur nos écrans) est dominée par les productions hollywoodiennes, qui circulent à foison sur nos chaînes télévisuelles. Dans le téléhoraire de Médiafilm, on compte chaque jour pas moins d’une cinquantaine de films états-uniens offerts en version française. Et la qualité n’est pas souvent au rendez-vous. Les télédiffuseurs d’État que sont Radio-Canada et Télé-Québec ne pourraient-ils pas s’abstenir pour un temps d’offrir à leurs publics des films états-uniens ?
Les séries états-uniennes abondent aussi sur nos écrans. Nous avons songé à nous désabonner de Netflix, mais, étonnamment, ce diffuseur offre un grand choix de séries étrangères de bonne tenue. Depuis le début de l’année, nous avons regardé près d’une vingtaine de séries sur Netflix, dont seules quatre étaient états-uniennes.
En musique, le boycottage est plus facile si on aime la musique classique et la musique du monde : il n’est pas difficile de trouver airs et chansons qui nous plaisent en dehors des États-Unis. Il faut toutefois essayer de se boucher les oreilles dans les espaces publics, y compris à l’épicerie et au restaurant.
Une idée, sans doute extravagante, pour terminer : pourquoi ne pas taxer les produits culturels états-uniens, où qu’ils soient offerts ? »
Lettre d’opinion
Boycotter aussi les produits culturels états-uniens ?
Denis Poulet
Le Devoir
Le 1er septembre 2026
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