Dans un débat à cinq chefs – ce qui montre assez bien combien les partis politiques québécois peuvent être divisés sur certaines questions fondamentales –, il est difficile de s’élever au-dessus de la cacophonie. C’est pourtant ce qui s’est passé mercredi soir dans le dernier débat de cette campagne électorale. Ce qui est tout à l’honneur du diffuseur et du modérateur.
Ainsi, sur un sujet qui peut être aussi explosif que l’immigration – on sait combien cela peut être source de division dans d’autres pays, à commencer par nos voisins du Sud – et même si l’on a compris que les partis politiques québécois n’avaient pas tous la même idée, on a pu voir un vif échange qui a permis à chacun de faire valoir son point de vue.
Ça ne veut pas dire que les partis ont tous des positions très cohérentes. Il est encore trop facile de dire qu’en cette période de pénurie de main-d’œuvre dans pratiquement tous les secteurs et toutes les régions, on peut se battre à coup de chiffres déconnectés de la réalité comme on le voit trop souvent. Mais on a pu avoir un débat serein, sans dérapage. Quand on se compare, c’était déjà ça de pris.
La même chose peut être dite sur des sujets comme l’école à trois vitesses. Les différences entre les candidats étaient bien réelles et le problème est important. Mais les solutions des partis ont pu être débattues.
Mais un débat électoral n’est pas seulement un exercice de rhétorique. C’est un moment important dans une campagne électorale pour voir qui pourra en tirer un avantage partisan.
Sur ce point, le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Charles Milliard, aura réussi à s’imposer plus qu’à aucun autre moment dans cette campagne. On ne peut pas dire qu’il a dominé le débat, mais il était au moins au même niveau que les autres chefs, ce qui ne lui était pas arrivé souvent ces derniers mois.
Il a réussi aussi à tirer son épingle du jeu et à passer son message essentiel : le PLQ est le seul parti qui est clairement fédéraliste et qui est donc un rempart contre la tenue d’un référendum sur la souveraineté. Quand on sait que c’est une idée qui rebute les deux tiers des électeurs, cela pourrait se traduire par un gain significatif pour son parti. Il s’est aussi bien tiré d’affaire sur les questions de santé – même s’il n’a pas besoin de rappeler à chaque occasion qu’il est pharmacien – et sur l’aide aux entreprises. La mauvaise nouvelle pour celui qui est de plus en plus à l’aise à chaque débat… c’est qu’il n’y en aura pas d’autre.
Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, s’est pour sa part assez bien sorti d’un débat où, comme leader dans les sondages depuis plusieurs mois, il aurait pu être l’unique cible de tous ses adversaires, que ce soit sur sa promesse d’abolir Santé Québec ou sur le référendum sur la souveraineté.
Bien sûr, on ne pouvait pas s’attendre à ce qu’il revienne sur sa promesse d’un nouveau référendum. Sa base ne le lui aurait jamais pardonné. Mais il a réussi à ce que cela ne devienne pas l’enjeu principal du débat, ce qui est une sorte de victoire dans les circonstances. Mais sa position sur les seuils d’immigration reste tout aussi fragile, quand on sait les pénuries de main-d’œuvre à la grandeur du territoire québécois.
La première ministre, Christine Fréchette, n’a pas eu une bonne campagne jusqu’à présent. Mais sa performance à ce dernier débat des chefs pourrait lui donner un nouvel élan. Pour les nationalistes qui ne veulent pas d’un nouveau référendum, elle se sera présentée comme une option valable, même si elle a encore réussi à ne pas dire si elle était souverainiste ou fédéraliste.
Mme Fréchette aura aussi été chanceuse : le bilan du gouvernement n’a jamais vraiment été un enjeu, ce qui est surprenant pour un débat où elle faisait face à quatre adversaires.
La porte-parole de Québec solidaire Ruba Ghazal a été solide, et ses adversaires lui auront donné le beau rôle, soit d’être la seule qui va défendre le modèle québécois et qui refuse de croire qu’on puisse avoir des politiques d’austérité sans affecter les services. Si le passé est garant de l’avenir, il est difficile de dire qu’elle aura eu tort.
Enfin, le chef conservateur, Éric Duhaime, a toujours été un bon communicateur, mais il n’aura sans doute pas réussi à convaincre beaucoup d’électeurs de changer d’idée et de l’appuyer. C’est bien de vouloir faire des coupes dans la bureaucratie, mais il est plus difficile de garantir que cela se fera sans diminuer les services, une question qui reste sans réponse. »
Chronique intitulée
Un bon débat, dans le bon sens du terme
Michel C. Auger
Collaboration spéciale
La Presse
le 24 septembre 2026

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