Paris brûle, plusieurs autres villes également dans un pays malheureux, frustré, sans espoir, qui semble frappé d’une pulsion autodestructrice. Des manifestations légitimes, une fois de plus, ont été « doublées » et usurpées par des casseurs (en nombre inouï), qui s’en sont pris aux commerçants et aux symboles de la République.
À Paris, Lyon, Marseille, Limoges, des rues entières ont été saccagées, leurs magasins vidés, des édifices publics incendiés. Des forces de l’ordre débordées, incapables de maintenir l’ordre public ni d’empêcher la situation de dégénérer. Impuissantes mais régulièrement accusées d’excès (ou de maladresse) dans l’usage de leurs armes.
Ce qui donne un des slogans de l’extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon, candidat présidentiel en 2027 du parti La France insoumise (LFI) : « La police tue. » Phrase répétée à plusieurs reprises par le chef lui-même.
Bally Bagayoko, nouveau maire LFI de Saint-Denis, banlieue problématique du nord de Paris, a déclaré à la télévision : « La violence, à un moment donné, peut être légitime. »
La revendication initiale touche à la vie trop chère, à commencer par les prix de l’énergie, qui plombent tous les autres. Plus la question centrale des investissements en éducation, avec des écoles dans un état déplorable — malgré les dépenses publiques considérables déjà consenties par l’État français dans ce domaine, proportionnellement plus élevées que la moyenne des pays d’Europe.
***
Le « modèle français » a eu ses grandes années, avec une école et des universités respectées, des soins de santé sans égal, une générosité sociale faisant l’envie du monde entier.
Mais depuis 60 ans, la dette publique de la France a connu une hausse quasi ininterrompue, passant d’environ 20 % du PIB au milieu des années 1960 à 120 % aujourd’hui. Le dernier budget à l’équilibre remonte à 1974, année où la puissance économique et industrielle du pays était à son apogée : automobile, aéronautique, ferroviaire, énergie nucléaire, métallurgie, etc. Avec une balance commerciale excédentaire.
En 2026, le choc est terrible. Le déclassement du pays — désindustrialisation, invasion commerciale chinoise, dette accumulée qui rend impossible toute générosité supplémentaire de l’État — est dramatique.
Dans un pays où, malgré le niveau de vie toujours enviable de 80 % de la population, toute baisse relative, doublée d’une absence de perspective, est très mal vécue… Aujourd’hui, ce ne sont pas que les pauvres qui descendent dans les rues de France pour réclamer une baisse des prix ou de meilleures écoles. C’est une grande partie de la population qui se débat dans la double angoisse du déclin national et du déclassement personnel.
Les marchés des prêteurs, qui achètent de la dette française à des taux sans cesse croissants (maintenant 5 % à dix ans, contre 1 % en 2022), vont devenir impitoyables pour le budget de l’État.
Selon le Prix Nobel d’économie Philippe Aghion, dans une entrevue au Corriere della Sera diffusée hier, « les taux d’intérêt augmenteront encore, et nous nous retrouverons face au Fonds monétaire international. Peut-être est-ce là le seul moyen de mener à bien les réformes nécessaires. Je ne le souhaite pas, mais il est possible que nous en arrivions là. »
La France, comme une vulgaire Argentine ou un pauvre Portugal, biberonnée par le FMI : voilà une perspective tout à fait plausible pour ce qui fut naguère la quatrième puissance industrielle mondiale.
***
Une telle situation appelle la responsabilité politique, le courage de regarder les choses en face et de dire franchement à la population : ça va faire mal, mais tel est le prix du salut national.
À quoi un Jean-Luc Mélenchon répond qu’il veut « brûler une partie de la dette » et faire un bras d’honneur aux créanciers, tout en augmentant encore les dépenses publiques (déjà à 57 % du PIB national, record de l’OCDE). Et Marine Le Pen, à l’autre extrême, ne fait guère mieux, promettant de supprimer les aides sociales aux résidents non natifs et évoquant, sans détail crédible, un plafond de 3 % au déficit annuel (ce qui veut dire que la dette continue d’augmenter).
La France a habitué le monde à des images de violence qui, dans toute autre démocratie, seraient jugées inacceptables. Par exemple, les mobilisations du dernier mois en Espagne, autour de la crise du logement, montrent qu’il est possible d’exprimer son mécontentement dans la rue et de réclamer des avancées sociales… sans tout casser.
La France est prisonnière d’une mythologie révolutionnaire qui ressurgit à chaque mouvement social, qu’il s’agisse des manifestations contre la réforme des retraites en 2022 (à la fois nécessité budgétaire absolue… et impossibilité politique totale !) ou du mouvement des Gilets jaunes. Une mythologie qui renvoie à des épisodes comme la prise de la Bastille en 1789, la Commune de Paris en 1871 ou Mai 68.
Ce nouvel épisode est du pain bénit pour le Rassemblement national, en tête des intentions de vote au premier tour de la présidentielle, dans exactement six mois.
Car le désordre profite aux extrêmes en général, et à Marine Le Pen en particulier. Alors que Mélenchon joue l’ambiguïté et souffle sur les braises, elle s’avance au contraire, avec son RN, comme le « parti de l’ordre », persiflant contre « les autorités incapables » espérant — de façon plausible — tirer un bénéfice électoral du chaos français.
Elle fait ainsi oublier qu’elle est elle-même incapable de faire le ménage dans ses propres rangs, encore peuplés de racistes et d’antisémites (affaire Bardella), sans oublier une incompétence plus que probable en matière économique, comme la plupart des populistes de droite lorsqu’ils prennent le pouvoir.
Mélenchon et Le Pen, mais aussi Poutine et Trump, se régalent du naufrage de la France. »
Chronique intitulée
Paris brûle
François Brousseau
Le Devoir
le 19 octobre 2026
…
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire