« La lutte s’annonce serrée au Brésil entre le président sortant, Luiz Inácio Lula da Silva, en quête d’un quatrième mandat à l’âge de 80 ans, et le sénateur Flavio Bolsonaro, 45 ans, qui entend venger la défaite subie par son père en 2022 et remettre en selle l’extrême droite après des années riches en démêlés judiciaires.
Que disent les plus récents sondages ?
Les études des derniers jours suggèrent que Luiz Inácio Lula da Silva dispose de quelques points de pourcentage d’avance pour le premier tour, qui aura lieu dimanche. Ils indiquent par ailleurs que les deux candidats sont au coude-à-coude pour le second tour, ce qui ravive la possibilité d’un résultat extrêmement serré comme lors du précédent scrutin. Les chiffres témoignent d’un électorat profondément divisé et frustré qui entend plutôt « voter contre quelqu’un que pour quelqu’un », relève Jean Daudelin, spécialiste du Brésil rattaché à l’Université Carleton.
L’heure est au « désenchantement » au sein de la population, qui doit composer avec d’importants problèmes de sécurité liés à l’influence de groupes criminels contrôlant des pans importants de territoire, à la hausse du coût de la vie et à des scandales de corruption à répétition ayant miné la crédibilité des institutions étatiques.
Est-ce que l’un des deux camps est épargné par ces scandales ?
L’affaire Banco Master, centrée sur le comportement criminel d’un banquier sans vergogne qui a dérobé des milliards de dollars tout en distribuant des faveurs en haut lieu pour se protéger, a éclaboussé des figures de droite de renom, dont Flavio Bolsonaro lui-même, visé par une enquête pour blanchiment d’argent. La gauche est aussi concernée et doit composer avec les retombées d’allégations embarrassantes visant la famille d’un influent juge de la Cour suprême, Alexandre de Moraes, honni de l’extrême droite. Il avait joué un rôle central dans la condamnation à 27 ans de prison de Jair Bolsonaro pour une tentative de coup d’État survenue après l’élection de 2022.
Fábio Kerche, politologue rattaché à l’Université fédérale de l’État de Rio de Janeiro, note que l’impact de l’affaire a diminué au fil des mois. « On a l’impression que la société a été désensibilisée jusqu’à un certain point par le nombre de gens mis en cause et le volume des allégations », relève-t-il.
Quel rôle jouent les États-Unis dans le processus électoral ?
Depuis son retour au pouvoir, le président américain Donald Trump n’a pas fait mystère de sa volonté d’imposer les priorités de son administration en Amérique latine et est intervenu à plusieurs reprises pour favoriser des dirigeants populistes de droite qui lui sont favorables. M. Trump était intervenu notamment au Brésil l’année dernière en imposant des droits de douane élevés qui visaient à faire annuler les poursuites contre Jair Bolsonaro.
Le stratagème n’a pas fonctionné et a fait le jeu de Luiz Inácio Lula da Silva en lui permettant de se poser en protecteur de la souveraineté nationale. Le chef d’État américain s’est gardé à l’approche du scrutin d’annoncer de nouvelles mesures chocs, tout en précisant qu’il suivait de près le processus. « Je pense que les États-Unis favorisent Bolsonaro, mais il n’y a pas eu d’interférence directe jusqu’à maintenant », note M. Kerche.
À quoi faut-il s’attendre pour le Brésil si le président sortant est reconduit à son poste ?
Jean Daudelin souligne que la campagne du candidat socialiste n’a pas été riche en idées nouvelles, laissant planer l’incertitude sur la suite des choses. Après avoir fait sa marque par le passé avec de généreux programmes sociaux qui ont permis à des millions de Brésiliens d’échapper à la pauvreté, le président a dû composer avec un contexte économique moins favorable limitant la capacité d’intervention de l’État. Il risque par ailleurs, en cas de victoire, de se retrouver en minorité avec son parti au Congrès à l’issue des élections législatives qui se déroulent parallèlement au scrutin présidentiel. Le scénario l’obligerait, note M. Daudelin, à composer de nouveau avec les demandes de partis « centristes » plus préoccupés par l’appropriation de ressources de l’État que par le bien public.
Une victoire de Flavio Bolsonaro serait-elle dangereuse pour la démocratie brésilienne ?
Fábio Kerche s’attend à ce qu’une nouvelle administration Bolsonaro « soit plus radicale » que celle de Jair Bolsonaro, même si ce dernier avait multiplié les mesures autoritaires, faisant la part belle à des représentants de l’armée tout en exerçant une forte pression sur les médias et les tribunaux. « Flavio n’est pas plus modéré que son père – il est peut-être même plus dangereux. Ils n’ont aucun attachement à la démocratie », dit l’analyste brésilien. Jean Daudelin note qu’il faut s’attendre, en cas d’élection de Flavio Bolsonaro, à un virage sécuritaire musclé à la lumière des commentaires admiratifs du candidat de droite pour l’homme fort salvadorien Nayib Bukele. Il faut aussi prévoir une relance rapide des attaques contre les tribunaux, la Cour suprême en particulier, notamment par des procédures de destitution, afin de tenter de la faire pencher à droite. Le sénateur devrait aussi composer en cas de victoire avec les partis centristes du Congrès, qui avaient grandement compliqué la tâche de son père lors de son mandat à la tête du pays. »
Article intitulé
Élections au Brésil - Une chaude lutte s’annonce
Marc Thibodeau
La Presse
Le 3 octobre 2026 à 6 h
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