11 août 2026

Ceux qui brûlent la planète ne doivent plus être les maîtres du jeu


« La crise climatique n’est pas une fatalité. C’est un choix politique.


« La présente année est probablement la plus plaisante de toutes celles qui nous restent. » Assis sur le bord d’un lac, bercé par le chant des huards, je lis ces lignes écrites par Nicolas Langelier au début de son essai Ce qu’on trouve dans la cendre. Méditations sur le sens et le courage dans un monde en effondrement (Atelier 10, 2026). L’odeur de fumée est partout dans l’air. Le ciel est jaune. Au loin, les actionnaires des compagnies pétrolières encaissent les dividendes de la fin du monde.


« L’été 2026 est un autre de ces étés apocalyptiques qui sont devenus la norme. Au moment où j’écris ces lignes, la température de l’Arctique atteint les 32 degrés. Vingt mille personnes sont mortes des suites de la pire canicule de l’histoire en Europe. Au plus fort des incendies sur ce continent, plus de 300 000 personnes étaient évacuées en France et en Espagne. On a parlé de la plus importante évacuation depuis la Seconde Guerre mondiale.


« En Amérique du Nord, on estime à 4000 le nombre de décès liés à la pollution atmosphérique causée par les incendies de juillet. À l’échelle mondiale, ce sont 1,5 million de personnes qui mourront prématurément cette année en raison de la pollution de l’air due aux incendies.


« Un été normal, qui vous est offert par l’industrie des énergies fossiles. Des milliards de dollars de profits, une Terre brûlée.


Surprofits

« Le journal britannique The Guardian nous a appris au début du mois que, dans la foulée de la guerre d’Iran, les huit plus grandes pétrolières au monde avaient engrangé près de 93 milliards de dollars de profits au deuxième trimestre de 2026, presque le double des bénéfices réalisés à la même période l’an dernier. Partout dans le monde, les appels au prélèvement d’un impôt spécial sur ces surprofits se multiplient. Bien que 66 % des Canadiens appuient l’idée, le gouvernement ignore cette possibilité.


« Au Canada, on estime que les cinq plus grandes pétrolières engrangeront des surprofits de 60 milliards en 2026. Ces profits proviennent des poches de gens ordinaires qui peinent à joindre les deux bouts. Ils remplissent directement les portefeuilles des actionnaires américains des grandes pétrolières canadiennes. Vous avez bien lu : ce qu’on appelle l’industrie pétrolière canadienne est de propriété américaine à hauteur de 60 %.


« Malgré ces profits historiques, cette industrie qui a de la cendre sur les mains vous demande maintenant de financer son nouveau pipeline à même vos impôts, ce que le gouvernement fédéral s’apprête à faire, le tout en prétendant défendre la souveraineté canadienne. Rassurez-vous, vous n’êtes pas seuls à penser qu’on nous prend pour des valises.


« Le gouvernement Carney a annoncé sa décision de financer un nouveau pipeline pour une quarantaine de milliards, en plus d’offrir 15 milliards en crédits d’impôt pour un projet de captation de carbone qui n’empêchera pas les émissions du secteur de continuer à croître. Facture totale : 55 milliards, ou près de 2000 $ par contribuable. Et ce n’est que le début : rappelez-vous que le dernier pipeline à avoir été financé par le gouvernement fédéral devait nous coûter 7,4 milliards. La facture finale a été quatre fois plus élevée.


« Comme Canadiens, vous aurez maintenant le privilège d’enrichir les actionnaires américains de l’industrie pétrolière de deux façons : à la pompe et sur votre déclaration de revenus. Tout cela pendant que notre pays brûle. Les coûts au Canada. Les profits aux États-Unis. C’est aussi ça, être le 51e État.


Solutions de rechange propres

« L’industrie pétrolière et gazière met tout en œuvre pour poursuivre son expansion, peu importent les conséquences. Mais elle n’est plus maîtresse du jeu. Les véhicules électriques, qui représentaient 4 % des ventes en 2020, ont atteint 25 % des parts de marché en 2025. L’énergie solaire à elle seule a fourni 75 % de l’augmentation de la production d’électricité dans le monde l’an dernier. Les plaques tectoniques sont en mouvement. Les solutions de rechange propres sont maintenant plus abordables et plus efficaces pour la plupart des usages et elles prennent d’assaut les chasses gardées qui font la fortune des énergies fossiles depuis deux siècles.


« Et elles ne sont pas vulnérables aux chocs géopolitiques. Comme le dit le grand écologiste Bill McKibben, la lumière du soleil parcourt 150 millions de kilomètres pour se rendre à la Terre. Aucun de ceux-ci ne passe par le détroit d’Ormuz. Les énergies propres portent en elles la promesse de sécurité et d’indépendance énergétiques.

« L’expansion pétrolière et gazière n’est plus un besoin matériel. C’est un choix politique. L’industrie fossile le sait, et c’est pourquoi elle investit massivement dans des campagnes de lobbying et de désinformation. L’industrie a tenu 1318 rencontres avec le gouvernement Carney dans sa première année au pouvoir. Un nombre sans précédent. À défaut de capter le carbone, elle a réussi à capter l’attention du gouvernement.


« L’industrie pétrolière roule à tombeau ouvert vers le précipice. Ce précipice sera le nôtre si le climat se dérègle irréversiblement parce qu’elle aura réussi à poursuivre son expansion avec ses efforts de désinformation et de lobbying. Mais ce précipice sera le sien si la demande de pétrole et de gaz s’effondre face à la croissance exponentielle des technologies propres.


« Entre ces deux scénarios, il y a nous. Pour la première fois, les solutions sont là, prêtes à être déployées. Nous avons à portée de main la promesse d’une énergie propre, abondante et abordable. La crise climatique n’est pas une fatalité. C’est un choix politique. Ce choix ne se fera pas derrière des portes closes. Le lobby le plus fort est celui des électeurs.


« Désormais, ceux qui brûlent la planète ne doivent plus être maîtres du jeu. Nous avons assez reculé. Il est grand temps de reprendre notre marche. L’avenir est un choix. Prenez la parole. Votez. Électrifiez l’avenir. »


Article d’opinion intitulé

L’avenir est un choix

L'auteur est président-directeur général de la Fondation familiale Trottier, vouée à la promotion de la science, de l’environnement, de l’éducation et de la santé.

Le Devoir

le 11 août 2026

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