26 décembre 2025

Le mot qu’on retiendra de 2025: Réduflation

Coup de projecteur sur un mot de vocabulaire, intrigant ou étonnant, navigant dans l’air du temps

Carte d’identité

Définition : sous-dimensionnement d’un bien de consommation courante par son fabricant, sans diminution du prix de vente (OQLF).

Formation : mot-valise formé à partir de « réduction » et « inflation », sur le modèle anglais de shrinkflation.

Attestation : l’anglais shrinkflation apparaît vers 2009, mais l’équivalent français réduflation émerge à partir de 2021.


Moins pour le même prix

« En ces temps de magasinage intensif des Fêtes, sur fond d’inflation galopante, fabricants et commerçants mettent en œuvre toutes sortes de stratégies pour conserver ou augmenter leurs marges, sans forcément augmenter les prix de vente. Celle de la réduflation est l’un des exemples les plus courants, assez simple à instaurer. « Au lieu de monter les prix, on diminue les quantités vendues tout en conservant ces derniers… et on espère que les consommateurs ne s’en rendent pas compte », explique Anne Rouleau, réviseure à La Presse. Certains dictionnaires, comme le Larousse en ligne, proposent la forme « inflation cachée ». Mais Mme Rouleau préfère réduflation, qui circonscrit mieux le concept. « Inflation cachée est plus générique et moins explicite », souligne-t-elle, notamment parce que l’expression peut englober d’autres stratégies commerciales connexes (voir la partie suivante).


Un arsenal de stratégies commerciales

« La réduflation est un peu l’arbre qui cache la forêt, surtout quand on tente de vous passer un sapin. Il existe une myriade de stratégies de vente basées sur le même genre de principe. Il en va ainsi de la déqualiflation : « Au lieu de diminuer la quantité d’un produit, on en diminue la qualité, ce qui en fait un concept apparenté », explique notre réviseure. On parle ici de la qualité des ingrédients ou des matériaux. La définition de l’Office québécois de la langue française (OQLF) précise que ce phénomène peut également concerner les services. « Sur [ce] plan, la déqualiflation s’observe par la réduction des services offerts ou encore un allongement des délais occasionné par un manque de personnel, par exemple », indique l’organisme. On trouve également la duraflation (shelflation), une compromission de la durée de vie de denrées alimentaires, périssables plus rapidement, ainsi que l’enflation (stretchflation), une légère augmentation de la quantité d’un produit, accompagnée d’une hausse de son prix de façon importante.


Un concept médiatisé

« Même si le concept n’est pas nouveau, son apparition en français reste relativement récente,

« poussée par la fièvre inflationniste des années post-COVID. Aujourd’hui, il est bien implanté dans le paysage économique et médiatique québécois. Pour preuve, l’économiste et chroniqueur invité de La Presse Sylvain Charlebois a contribué à cette diffusion, en consacrant de nombreux textes explicatifs à ce concept et d’autres du même acabit, comme la duraflation. Il a par exemple épinglé les fabricants de chocolats et d’autres barres industrielles en flagrant délit de réduflation à la veille de Pâques, l’an passé, alors que le prix du cacao montait en flèche.


Le Québec ne brade pas le français

« La réviseure Anne Rouleau note une nette disparité de l’utilisation de ce concept entre le Québec et l’Europe. Bien qu’il soit utilisé dans le même sens de part et d’autre de l’Atlantique, la Belle Province a généralement réussi à s’affranchir de la précision par l’ajout du mot anglais. Pour être plus clair, « au Québec, 96 % des occurrences du mot réduflation apparaissaient seulement en français, sans ajouter le mot anglais. Les auteurs des textes supposent donc que les lecteurs vont comprendre le mot sans qu’on soit obligé de leur donner l’équivalent anglais », rapporte la réviseure de La Presse, qui a effectué la même recherche dans les textes publiés en Europe, d’où elle a tiré une conclusion inverse : dans 95 % des cas, le mot français était accompagné du terme anglais. Ce qui témoigne d’une intégration rapide et réussie de réduflation dans la langue au Québec. »


Chronique intitulée

Le fin mot - Réduflation

Sylvain Sarrazin

La Presse

le 21 décembre 2025



25 décembre 2025

Nous sommes bons, devenons meilleurs !


On s'arme de patience, 

on ne s'arme pas de bonté. 

On ne se protège pas avec elle. 

On est bon. 

Les échecs de la bonté 

ne prouvent rien d'autre 

que la nécessité d'être encore meilleur.


Robert Mallet

écrivain et homme politique français

1915-2002

24 décembre 2025

Escalopes de poulet, sauce crémeuse à l’oignon et à l’aneth +

Cette recette simplement poêlée, très rapide à préparer et qui ne nécessite que peu d’ingrédients nous a comblés et ravis. J’en avais déjà fait une version à l’estragon, je l’ai remplacé par de l’aneth et la présence de l’oignon rouge, à la fois tendre et croquant fut une autre belle découverte avec le poulet. À refaire sans hésiter !


Ingrédients pour deux 

1 blanc de poulet de 300 g, taillée en 3 ou 4 escalopes 

1 c. à soupe d’huile d’olive + 1 c. à thé de beurre 

Sel, poivre et paprika au goût


Sauce crémeuse au vin blanc à l’aneth 

1 c. à soupe d’huile d’olive + 1 c. à soupe de beurre

1 bel oignon rouge, taillé en lamelles 

1 c. à soupe de farine 

1/4 tasse de vin blanc 

1/3 tasse de bouillon de poulet 

2 c. à soupe d’aneth frais, effeuillé et émincé finement 

Zeste de 1/2 citron + 1 c. à thé de jus du fruit

1/3 tasse de crème à cuisson 15%  

Sel et poivre et paprika au goût 


1. Dans un grand poêlon, attendrir les lamelles d’oignon dans la matière grasse environ 3 minutes. Retirer du poêlon. 


2. Assaisonner les poitrines de poulet de sel, de poivre et de paprika. Dans le poêlon, ajouter un peu de beurre et y dorer les escalopes 2 minutes de chaque côté. Retirer du poêlon et réserver dans une assiette. 


3. Remettre les lamelles d’oignon dans le poêlon  et poursuivre leur cuisson 2 ou 3 minutes en ajoutant un peu de gras au besoin. Saupoudrer de farine en remuant et cuire 2 minutes. Verser le vin blanc et le bouillon de poulet, puis porter à ébullition, la sauce épaissira légèrement 


4. Ajouter l’aneth, le zeste et le jus de citron, puis la crème. Laisser bouillonner 2 minutes, remettre les escalopes dans la poêle. Couvrir et cuire entre 5 et 7 minutes su feu doux. 


5. Servies hier avec du couscous perlé et une bonne salade.





Un témoignage bouleversant - « Allumer une lumière dans ce désespoir »


« Quand je ne vois plus de lumière au bout d’un désespoir, je me dis souvent à voix basse : « Oh, Québec, qu’ai-je fait de mal ? » Comme si le Québec était une sorte de dieu cruel qui écrase ma vie quelque part, dans le vide. Je ne savais pas que la migration, la traversée pouvait être si épuisante.


« J’ai parfois l’impression que le temps s’écoule différemment : un seul jour coincé dans cet appartement de la rue Saint-Marc équivaut à une semaine en Haïti, mon pays d’origine. J’ai grandi dans un quartier sans loisirs, sans bibliothèque ni centre communautaire. Sans évoquer tout ce que mes yeux d’enfant taciturne ont vu : manifestations politiques, débris de barricades et de corps… Il y avait une vraie guerre entre les quartiers.


« J’habitais à Déchaos, un coin à la population pro-Aristide, l’ancien prêtre président haïtien. Pas trop loin, il y avait Raboteau, anti-Aristide. Les affrontements étaient d’une grande intensité. 


« Ces brutalités ont fait de moi aujourd’hui un homme déchiré quand je pense à mon pays. Une brûlure invisible couve en moi.


« Je pense à ces affrontements, à ces corps, voix et visages, à tous ces bruits. Je m’interroge sur la violence : ce qu’elle a fait de nous, ce qu’elle a brisé, mais aussi ce qu’elle a laissé vivant. C’est peut-être pour cela que je trouve le roman de Javier Cercas, À la vitesse de la lumière, si important. La guerre et la violence emportent toujours une part de nous, comme un vent qui arrache des feuilles à l’arbre et laisse ses branches nues s’incliner dans le vide. Il est presque impossible de chasser les peines, le passé douloureux… tout ce qui nous ronge de l’intérieur. Plus je grandis, plus leur poids me pèse, et plus je deviens sensible à leur présence au fond de moi. Mon grand défi est de transformer ces poids en force, en lumière.


« Je viens d’un pays dirigé par des hommes et des femmes politiques qui aiment le chaos. Ils adorent s’y engouffrer un peu plus chaque jour, avec fierté, en plus. J’aurais pu rester pour fonder un centre communautaire dans mon quartier, partager des livres, inviter des intellectuels à présenter des conférences, des expositions, des ateliers de dessin. Mon quartier en a grand besoin. Je ne sous-estime jamais la puissance de la culture : c’est elle qui m’a ouvert au monde et à plus de sensibilité. Elle m’a protégé d’une ombre qui voulait me dévorer, me ronger. Une ombre qui voulait m’enfermer dans une petite chambre, sans lumière, sans espoir. Et là, elle est apparue. Elle m’a appris à regarder le monde et les humains, non pas seulement dans les yeux, mais dans le cœur, dans l’âme.


« Mais ça devenait pire chaque jour. J’ai été obligé de partir. Quand je reviendrai, j’espère avoir assez de force pour poursuivre ce rêve.


« Oh, Québec, qu’ai-je fait de mal ? » Je ne peux rien demander de plus à ce pays. Il m’a ouvert ses bras avec générosité. J’appelle ça la générosité québécoise. Je le remercie aussi de me donner conscience de ce que je suis.


« Immigrer, c’est se confronter à soi-même et prendre conscience de qui l’on est et d’où l’on vient.


« Depuis mon installation, j’ai conscience que je suis un Noir, que je fais partie des minorités. On dit minorité visible. Que je viens d’un pays pauvre. Mon passeport n’ouvre pas toutes les frontières. On me demande toujours d’où je viens, et depuis combien de temps je suis arrivé ici. J’ai conscience que je suis un étranger. Quand je dis que ça fait quelques mois, on me regarde comme un étranger étrange.


« La question qui revient sans cesse est : « Quel est votre statut ? » Permis de travail ouvert. Très, très ouvert. Demandeur d’asile. Permis d’études. Votre statut est important. Quel est votre statut, encore ? Citoyen du monde de souche. Et la fameuse : « Pourquoi êtes-vous venu ici ? » Parce qu’il y a ma place ici. C’est un pays où il y a de la place pour tout le monde, non ? Et puis vous avez toutes les saisons. J’ai toujours rêvé d’être un homme de toutes les saisons.


La honte

« J’ai ressenti de la honte quand, lors d’une réunion, quelqu’un a pris Haïti comme exemple pour montrer comment fonctionnent les pays pauvres. Ou quand j’ai dit à une dame durant une rencontre que je viens d’Haïti, et qu’elle m’a répondu aussitôt : « Le budget d’Haïti dépend toujours de l’aide humanitaire. » J’ai passé la journée à réfléchir à ça. Ça m’a un peu choqué. C’est la vérité, mais je n’avais pas conscience de tout cela. Conscience que nous sommes l’exemple quand on parle de pauvreté, de chaos, de misère. Elle aurait pu dire : Haïti est le pays de René Depestre, d’Hector Hyppolite, d’Anthony Phelps, d’Anténor Firmin, de Georges Anglade… Je suis fier d’être cet Haïtien-là.


Quand le Québec ouvre ses portes

« C’est ici, au Québec, que j’ai aussi réalisé que je n’avais pas eu assez accès à la culture. J’ai vu des toiles de Picasso et de Matisse physiquement à 28 ans, au Musée des beaux-arts de Montréal. Je regarde ces toiles, ces livres, ces visages, et je comprends : chaque jour ici est un pas en avant vers le monde, mais aussi un pas en arrière vers mon origine. Parce qu’on porte son pays dans la peau. C’est votre identité. Et l’Occident vous regarde parfois non pas à partir de votre cœur, de votre humanité, mais de votre origine. On vous rappellera toujours qui vous êtes. Qui suis-je ?


« Comment serais-je si je n’avais pas fait le voyage ? Je ne saurais rien de ce qu’on pense de moi. Je n’aurais pas conscience de qui je suis. « Oh, Québec, qu’ai-je fait de mal ? » Québec n’est pas le dieu qui enfonce ma vie dans le chaos. Montréal m’apprend à tendre les bras au monde et à accepter mes propres racines. Et peut-être qu’un jour, je reviendrai dans mon pays avec ces regards, ces tendresses, ces intelligences que j’ai croisés ici, pour les partager avec les jeunes, pour allumer une lumière dans ce désespoir. »


Témoignage intitulé 

J’appelle ça la générosité québécoise

Marc Sony Ricot 

Chroniqueur littéraire et présentateur de balado 

La Presse

le 24 décembre 2025

23 décembre 2025

La chronique du jour - Que se passe-t-il à Gaza ?


« Après plus de deux ans de violents combats, un fragile accord de cessez-le-feu est entré en vigueur le 10 octobre entre le Hamas et Israël. Deux mois plus tard, la première phase de l’entente n’est toujours pas achevée : le corps d’un otage israélien n’a pas été restitué et des restrictions à l’acheminement de l’aide humanitaire perdurent. Et, surtout, la deuxième phase de l’accord tarde à être mise en place. Le Devoir fait le point.


Est-ce que le cessez-le-feu tient encore ?

« Des frappes israéliennes ont toujours lieu à Gaza, mais elles sont moins virulentes qu’avant le 10 octobre. Tant le Hamas qu’Israël accusent l’autre de multiples violations du cessez-le-feu.


« Selon le ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le Hamas, au moins 401 Palestiniens (civils et combattants) ont été tués par des tirs israéliens depuis le 10 octobre. De son côté, l’armée israélienne déplore la mort de trois de ses soldats à Gaza durant cette période.


« Vendredi, une frappe israélienne sur l’École des martyrs de Gaza, utilisée comme abri, a fait six morts, dont un bébé de 4 mois et une adolescente de 14 ans, a affirmé le directeur de l’hôpital al-Shifa, Mohammed Abou Salmiya.


« L’armée israélienne a déclaré avoir ouvert une enquête sur l’événement et « regretter tout préjudice causé à des [civils] non impliqués », selon le Times of Israel.


Où en sont les négociations sur la seconde phase de l’accord ?

« La Maison-Blanche espérait que la seconde phase du plan de paix de Donald Trump pourrait entrer en vigueur avant Noël, mais bien des aspects restent à être négociés.


« Cette phase — très complexe — prévoit le désarmement du Hamas, le retrait progressif de l’armée israélienne de toute la bande de Gaza, la mise en place d’une autorité de transition et le déploiement d’une force internationale. Des négociations ont eu lieu vendredi en Floride entre les États-Unis, l’Égypte, le Qatar et la Turquie — les médiateurs du cessez-le-feu.


« Après la rencontre, l’envoyé spécial des États-Unis pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, a réaffirmé sur le réseau social X « notre engagement total à l’égard de l’ensemble du plan de paix en 20 points du président » et a appelé « toutes les parties à respecter leurs obligations, à faire preuve de retenue et à coopérer avec les dispositifs de surveillance ».


Est-ce que les combats pourraient reprendre ?

« Si les négociations achoppent sur la seconde phase, il n’est pas exclu que les combats reprennent. La semaine dernière, Khaled Mechaal, un haut dirigeant du Hamas, a déclaré que le groupe islamiste ne rendrait pas les armes, mais pourrait geler son arsenal.


« L’idée d’un désarmement total est inacceptable pour la résistance », a-t-il dit au réseau Al-Jazeera. « Ce qui est proposé, c’est un gel ou un stockage [des armes]… afin de fournir des garanties contre toute escalade militaire à partir de Gaza face à l’occupation israélienne. »


« Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a rétorqué que, si le Hamas n’acceptait pas de se désarmer, « Israël devra gérer le problème ». Aux États-Unis, l’influent sénateur républicain Lindsey Graham a réclamé dimanche un délai clair pour le désarmement du Hamas, sans quoi il « encouragerait le président Trump à laisser Israël achever le Hamas ».


Est-ce que la famine perdure à Gaza ?

« L’ONU a indiqué vendredi que l’état de famine décrété à Gaza en août « n’est officiellement plus de mise dans le territoire palestinien ». « Un bien plus grand nombre de personnes peuvent désormais accéder à la nourriture dont elles ont besoin pour survivre », a souligné son secrétaire général, António Guterres. Les besoins sont toutefois immenses. Les trois quarts des habitants de Gaza ont des niveaux d’insécurité alimentaire jugés « critiques », « urgents » ou « catastrophiques », indique l’ONU.


« La majorité de la population vit dans des abris temporaires exposés aux intempéries. Dans les derniers jours, des tempêtes hivernales mêlant vent et froid ont causé d’importantes inondations à Gaza et ont entraîné la mort de trois enfants par hypothermie.


«Même si l’aide humanitaire entre plus facilement, de nombreuses restrictions perdurent. « Plus de 172 000 tonnes métriques d’aide préautorisée restent bloquées en attente de transfert vers l’enclave », a précisé l’ONU.


Quels sont les plans pour la reconstruction ?

« Vendredi, le Wall Street Journal a dévoilé les grandes lignes du projet Sunrise. Présenté par Jared Kushner, le gendre de Trump, et Steve Witkoff, ce plan propose que Gaza soit transformée en ville du futur jonchée de complexes hôteliers de luxe, de trains à grande vitesse et de réseaux électriques intelligents optimisés par l’intelligence artificielle.


« Cette proposition ressemble grandement au plan suggéré l’hiver dernier par Trump, qui consisterait à faire de Gaza une « Riviera » du Proche-Orient. Le gouvernement états-unien aurait présenté le projet Sunrise à plusieurs pays arabes.


« Sa réalisation est évaluée à plus de 112 milliards de dollars américains sur 10 ans, ce qui comprend des fonds pour l’aide humanitaire et les salaires des fonctionnaires. Il n’est pas précisé ce qu’il adviendrait des 2 millions d’habitants de Gaza pendant la reconstruction.


Pourquoi Israël a-t-il autorisé l’implantation de nouvelles colonies en Cisjordanie ?

« Le Conseil des ministres israélien a approuvé dimanche la création de 19 colonies en Cisjordanie, un autre territoire palestinien. La colonisation de la Cisjordanie, sous occupation israélienne depuis 1967, s’est intensifiée depuis l’attentat du Hamas du 7 octobre 2023.


« Selon l’organisation israélienne Peace Now, qui s’oppose à la colonisation, les colonies sont passées de 141 en 2022 à 210 aujourd’hui. Leur implantation, jugée illégale par le droit international, a pour effet de morceler le territoire palestinien.


« Dans un communiqué diffusé dimanche par le cabinet du ministre israélien des Finances, l’élu d’extrême droite Bezalel Smotrich, il est mentionné que cette initiative vise à empêcher la création d’un État palestinien. « Sur le terrain, nous bloquons l’établissement d’un État palestinien terroriste. Nous continuerons à développer et construire et à nous implanter sur la terre de notre patrimoine ancestral », est-il écrit.»


Chronique intitulée

Où en est l’accord de cessez-le-feu à Gaza ?

Magdaline Boutros

Le Devoir

le 23 décembre 2025


22 décembre 2025

La chronique du jour: La charité des riches

 


« En 1881, le juge Basile Routhier, l’auteur des paroles du Ô Canada, expliquait le monde à ceux qui l’applaudissaient lors de belles conférences. Les riches sont très riches et les pauvres sont très pauvres, expliquait-il en substance, parce que cela, au même titre que les étoiles dans le firmament, est voulu par Dieu.


« Les pauvres seraient donc appelés à demeurer pauvres, non par accident de l’histoire, mais par nécessité cosmique. « Dans le ciel comme sur la terre, et dans l’immensité de la création, l’inégalité existe à l’état d’attribut essentiel des êtres, et elle existera aussi longtemps que le monde », martèle Routhier, en citant à sa manière des paroles de Jésus : « Vous aurez toujours des pauvres au milieu de vous. »


« À ses yeux, toute revendication d’égalité véritable menait droit au chaos révolutionnaire : la guillotine, le jacobinisme, le dérèglement de l’ordre social béni par l’Église. Mieux valait donc préserver une société hiérarchisée, unie dans la foi, où les différences de classe disparaissaient par enchantement à la seule évocation du mot nation.


« En 1911, Routhier accède lui-même à la hiérarchie qu’il avait si soigneusement justifiée. Ennobli par le roi Édouard VII, il devient sir Basile Routhier. C’est l’aboutissement symbolique d’une carrière consacrée à la défense de l’ordre social existant. Dans le langage populaire, ces notables promus par la Couronne, engagés dans la reproduction du système qui les récompensait, étaient surnommés les « cirés ».


« Quelques années plus tôt, lorsqu’il martelait avec assurance, du haut de sa notoriété, qu’il est vain d’aspirer à une justice sociale mieux régulée, le juge Routhier n’était encore que l’orateur applaudi des salons. La consécration monarchique viendra sceller la cohérence de son discours : prêcher la résignation au nom d’un ordre présenté comme naturel, puis être élevé par cet ordre même.

« La conclusion du juge Routhier s’imposait donc d’elle-même : puisque l’inégalité est naturelle, inutile de la contester. Les pauvres n’ont qu’à prendre leur mal en patience dans l’espoir que, par magnanimité, les riches puissent parfois leur tendre la main. Cette conception du vivre-ensemble repose sur la résignation des uns et la générosité des autres. « Sois bon, et le riche te donnera », disait Routhier pour résumer. Faut-il alors déduire que ceux qui ne reçoivent jamais rien sont par définition mauvais ?


« Ce discours, partagé par les élites de son temps, permettait d’exercer la charité sans remettre en question les structures qui la rendaient nécessaire. La pauvreté est naturelle, alors que la générosité, elle, n’est toujours que facultative. On pourrait croire cette vision reléguée à un autre siècle. Il suffit pourtant de jeter un regard sur l’actualité pour constater que la logique de Routhier perdure.


« Les figures ont changé. Le décor aussi. Le scénario n’en demeure pas moins familier. Ici, un milliardaire amateur de voitures italiennes pose en visage souriant de la guignolée des médias. Là, un courtier immobilier se filme en train de distribuer des paniers d’épicerie, bien mis, bien éclairé, visiblement enchanté de la mise en scène. Ailleurs, un entrepreneur farouchement opposé à l’impôt offre de l’essence ou des denrées, le temps de figurer sur des vidéos.


« Tout cela repose sur une redistribution aléatoire, ponctuelle, entièrement soumise à la bonne volonté de ceux qui pratiquent la charité ostentatoire. Pareille mise en scène de la charité, hier comme aujourd’hui, continue de servir de substitut commode à la justice sociale. Elle soulage les consciences sans jamais inquiéter l’ordre qui produit la misère.


« Ces généreux de circonstance sont d’ordinaire faciles à repérer. Ils se désignent eux-mêmes, en multipliant les preuves visuelles de leur bonté et des gratitudes qu’elle est censée susciter. Plus difficile est d’apercevoir ce que font — ou ne font pas — les « personnes morales », ces entités qui concentrent pourtant une part considérable de la richesse, tout en demeurant remarquablement discrètes lorsque vient le temps d’en redistribuer les fondements.


« C’est peut-être cela que sont venus rappeler, à leur manière, les « Robins des ruelles ». En décembre, trois pères Noël et une trentaine de lutins ont mené une action théâtrale dans une épicerie Metro de Montréal. Ils se sont emparés de denrées alimentaires pour les redistribuer. Le geste, revendiqué comme politique, voulait dénoncer l’inflation alimentaire et l’emprise croissante de l’agro-industrie sur l’accès à la nourriture. La réaction ne s’est pas fait attendre : enquête policière, condamnation officielle par l’enseigne commerciale, indignation face à ces pères Noël jugés excessivement vengeurs.


« Dans la foulée, Metro s’est empressée de rappeler ses dons aux banques alimentaires : plus de 80 millions de dollars en denrées et un peu plus de 1 million en argent. En 2025, la même entreprise déclare avoir engrangé plus d’un milliard de dollars de profits. Une hausse de 9,4 % par rapport à l’année précédente.


« Devant pareil tableau, faut-il rappeler que l’écart entre le million donné et le milliard encaissé est si vaste qu’il excède celui qui sépare une personne sans ressources d’un millionnaire ? Un don d’un million représente à peine un dollar sur mille des profits gagnés par l’entreprise. Rapporté à l’échelle individuelle, c’est l’équivalent, pour une personne disposant d’un million, de donner mille dollars, tout en clamant son extrême générosité. Ici encore, la charité ne réduit pas l’inégalité : elle la met en scène.


« Comment se porte la richesse ? Du côté des plus nantis, les 560 individus les plus riches de la planète possèdent près de 6,5 milliards de dollars et ils ont vu leur fortune croître de 8,4 % en une seule année. Les 56 000 personnes qui les suivent sur l’échelle des possédants concentrent, à elles seules, trois fois plus de richesses que la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit 2,8 milliards d’adultes.


«Tout cela, bien entendu, est parfaitement normal. Naturel, même. Qui oserait en douter ?


« Joyeux Noël quand même.»


Chronique intitulée

La générosité en excuse

Jean-François Nadeau

Le Devoir

le 22 décembre 2025