29 août 2026

Lettre d’opinion - Voter pour la planète



« Selon moi, il n’y a qu’un enjeu principal pour les prochaines élections : l’environnement. Car, au-delà des problèmes sociaux et économiques, se pose la « question de l’urne » : comment sauver la planète ?

En effet, comment éviter les catastrophes entamées des changements climatiques ? Comment faire pour que nos enfants et nos petits-enfants puissent vivre décemment dans un environnement plus sain, ou simplement viable ? Comment freiner la croissance économique qui ruine les ressources naturelles et réduire les spéculations qui détruisent les conditions de vie humaine ? Comment vivre mieux sans excès, sans engranger des surplus au détriment des générations futures ?


Bref, un coup de barre est nécessaire. Il est presque trop tard pour éviter les inondations, les feux de forêt et l’augmentation de la température. Pensons aux enfants et aux adolescents qui vivront avec les conséquences de nos choix écologiques, politiques et économiques. En allant voter, pensons aux jeunes qui ne peuvent pas encore voter pour leur survie. 


Quel parti politique comprendra cette urgence au-delà d’une campagne partisane pour le pouvoir ? »


Lettre intitulée

Voter pour l’avenir

Guy Ferland

Professeur retraité de philosophie et de littérature

Le Devoir

le 27 août 2026

28 août 2026

Pilons de poulet sur plaque de Geneviève +

J’aime bien les recettes de Geneviève O’Gleman et c’est sans le vouloir que j’ai modifié hier sa recette, mais comme nous l’avons trouvée savoureuse, je suis sûre que ma distraction n’a pas eu de conséquences fâcheuses sur le goût. Je la publie donc comme je l’ai réalisée avec un peu plus d’huile pour la cuisson.

Ingrédients pour deux avec petit reste

1/2 patate douce, en cubes, 200 g, en cubes (ou autre, voir note)

400 g de pommes de petites pommes de terre grelot ou La Gabrielle, en morceaux égaux ou en tranches épaisses

1 oignon, en quartiers

2 c à soupe d’huile d’olive

1 c à soupe de moutarde en poudre (j'ai oublié)

8 pilons de poulet avec la peau, de marque Prime en promotion chez Maxi*

1 c à soupe de cassonade

1 c à thé de poudre d’ail

1 c à thé de paprika fumé

1/4 c à thé de sel et un peu plus

1/8 c à thé de poivre de Cayenne


*Jusqu’au 2 septembre 26, 8 pilons pour 6 $


La cuisson se fait dans un four à 425 °F (210 °C) sur la  grille au centre, dans un grand poêlon comme je l’ai fait ou sur une plaque à cuisson tapissée de papier parchemin (ou d’une feuille de cuisson réutilisable).


1. Déposer les légumes sur la plaque ou  dans le poêlon et verser 1 c. à soupe d’huile. Mélanger avec les mains pour bien les enrober. Saler et poivrer.


2. Verser l’autre cuillerée d’huile dans un petit bol et la mélanger avec la cassonade, la poudre d’ail, la moutarde, le paprika, le sel et le poivre de Cayenne.


3. Enrober un pilon à la fois du mélange d’épices et l’imprégner avec les mains, puis le déposer sur la plaque ou dans le poêlon et faire de même avec les autres.


4. S’il y a lieu, saupoudrer les légumes avec le mélange restant.

Cuire au four 45 minutes ou jusqu’à ce que le poulet et les légumes soient dorés et servir.


Note de Messidor

Le poulet n’est pas sec, mais une petite sauce barbecue maison au service serait un atout. Et je remplacerais la patate douce qui devient pâteuse à la cuisson par des carottes nantaises colorées.


La recette originale est pour quatre 

https://ici.radio-canada.ca/mordu/recettes/4636/plaque-pilons-poulet-bbq






Pendant que le président s'amuse à signer des décrets, le directeur du FBI se rend à Moscou

« (Moscou) Le Kremlin a qualifié jeudi d’« histoires alarmistes » les informations parues dans la presse américaine selon lesquelles le directeur de la CIA s’est rendu à Moscou cette semaine pour dissuader la Russie d’attaquer l’OTAN, les jugeant dénuées de tout lien « avec la réalité ».

Donald Trump, qui avait déjà minimisé l’importance de ce voyage inhabituel, a de son côté assuré que son homologue russe Vladimir Poutine « n’allait pas attaquer un territoire de l’OTAN », dans un échange avec la presse à la Maison-Blan.


La Russie, qui mène depuis février 2022 une offensive militaire de grande ampleur contre l’Ukraine, a toujours catégoriquement démenti toute velléité d’attaquer les pays de l’Alliance atlantique, une organisation militaire dont l’expansion jusqu’aux frontières russes ces dernières décennies est considérée comme une menace existentielle par Moscou.


Le Wall Street Journal et la chaîne de télévision CBS ont assuré que le patron de la CIA, John Ratcliffe, était allé mardi en Russie pour mettre en garde celle-ci contre toute potentielle attaque qui viserait un pays membre de l’OTAN, des évaluations des services de renseignement américains avertissant que le gouvernement russe pourrait chercher à mettre l’alliance à l’épreuve.


Interrogé sur les informations de ces médias américains jeudi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a affirmé que « de nombreuses histoires alarmistes » étaient « publiées en ce moment ».


« Bien entendu, cela n’a rien à voir avec la réalité et n’a rien à voir avec les intentions de la Russie », a-t-il dit, accusant au contraire les pays européens de faire preuve d’« agressivité ».


Une haute responsable européenne a affirmé jeudi que les services de renseignement européens ne disposaient d’aucun élément permettant de conclure que la Russie se préparait à attaquer l’OTAN.


« Les services européens ne voient pas de risques d’attaque russe contre les pays européens », a assuré cette responsable sous le couvert de l’anonymat.


Mais elle a ajouté qu’il n’y avait aucun doute sur le fait que la Russie essayait « activement de créer des difficultés à nos pays », l’Union européenne soutenant

fermement l’Ukraine. « L’escalade de la part de la Russie est clairement là ».


« Semi-routine »

Donald Trump avait déclaré mercredi que la visite du patron de la CIA n’était pas liée à des menaces russes contre l’OTAN, tout en laissant entendre qu’elle avait un lien avec l’Ukraine.


« Nous aimerions que la guerre en Ukraine s’arrête », avait-il déclaré dan un entretien avec le commentateur conservateur Glenn Beck.

Plusieurs pays de l’OTAN ont récemment dit avoir été la cible d’opérations de sabotage ou d’espionnage, des actes de « guerre hybride » imputés à la Russie. Et certains, comme la Pologne et la Roumanie, ont subi des intrusions de drones et de missiles, attribuées à la Russie.


Donald Trump avait aussi tenté d’atténuer la portée de cette visite en la qualifiant de « semi-routine », bien que le précédent voyage connu d’un directeur de la CIA en Russie remonte à novembre 2021, avant le début de l’offensive russe en Ukraine.


Sur la même ligne, le chef des services de renseignement extérieurs russes (SVR), Sergueï Narychkine, a estimé jeudi que sa réunion avec John Ratcliffe n’avait « rien d’inhabituel ».


« Les rencontres entre dirigeants [de services secrets], qu’elles soient en présentiel ou en ligne, font partie intégrante de notre travail », a-t-il insisté auprès de journalistes, assurant participer « presque chaque semaine » à des réunions avec ses homologues « de tous les continents ».


Sergueï Narychkine a refusé de détailler les sujets abordés avec John Ratcliffe, se contentant de noter qu’ils relevaient « de la compétence des services de renseignement ».


« Se calmer »

Le Kremlin avait jugé mercredi qu’il était « encore trop tôt » pour savoir si la visite de John Ratcliffe pourrait avoir une incidence quant à une sortie des relations russo-américaines « de la crise ».


Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a maintenu le contact avec Vladimir Poutine, avec lequel il a échangé au téléphone plusieurs fois et qu’il a reçu avec les honneurs en Alaska à l’été 2025.


Mais le président américain a ensuite multiplié les signes d’agacement envers son homologue russe, même s’il a aussi eu des mots durs pour le président ukrainien Volodymyr Zelensky.


Donald Trump, qui a promis un temps de mettre fin au conflit en 24 heures et comptait être pour cela couvert de lauriers, s’est heurté aux positions inconciliables de Moscou et de Kyiv.


Le thème d’une supposée attaque russe en préparation contre l’OTAN revient régulièrement dans le débat public européen, malgré les démentis répétés de Moscou.


Interrogé à ce sujet en juin, le président finlandais Alexander Stubb, l’un des principaux alliés de Kyiv en Europe et dont le pays, voisin de la Russie, a rejoint l’Alliance atlantique en 2023, avait appelé à « simplement se calmer ».


« Je consulte tous les rapports des services de renseignement, je les lis très attentivement », avait souligné M. Stubb, estimant que mettre l’OTAN à l’épreuve n’aurait « aucun sens » pour Moscou.


Article intitulé

Le Kremlin rejette les récits « alarmistes » 

sur le risque d’une attaque contre l’OTAN

Agence France-Presse

La Presse

le 27 août 2026

27 août 2026

Burgers de thon à la mexicaine, bis +

Une recette qui sied bien à l’été, une saison encore avec nous, continuons donc à la célébrer avec des mets simples qui goûtent l’été, burgers, grains de maïs, poivron et cumin.

Ingrédients pour deux

2 pains à burger, ici petits pains croissants (Métro)


Galettes de poisson

1 conserve de thon dans l’huile, égouttée et hachée au couteau

1/3 tasse de panko ou de chapelure

1 gros œuf, battu

1/3 tasse de grains de maïs

1/2 poivron rouge, en dés très fins

1/2 c. à thé de cumin + 1/4 c. à thé de thym

1/8 c. à thé de poivre de Cayenne

1 bouquet de coriandre, haché finement avec les tiges ou herbes fraîches

Sel et poivre au goût


 La cuisson se fait dans un four à 400 °F (200 °C) et dure une quinzaine de minutes


1. Dans un bol, réunir le thon, le panko, l’oeuf, la chapelure panko, les grains de maïs, les dés de poivron, les épices et la coriandre hachée.


2. Bien mélanger, goûter, rectifier l’assaisonnement. Diviser le mélange en deux parties égales, former deux boulettes et les aplatir de manière à former deux galettes, ou, comme je l’ai fait, se servir d’un emporte-pièce.


3. Disposer sur une plaque doublée de papier parchemin et cuire une quinzaine de minutes ou jusqu’à ce que la surface soit ferme. Au bout de 10 minutes, ajouter les pains sur la plaque avec le fromage et cuire 5 minutes de plus, jusqu’à la cuisson des galettes.


Pour encore plus de saveurs !

Ces burgers ne sont pas secs, mais une petite sauce faite de yogourt, de mayonnaise, d'estragon, de zeste de lime et d’une giclée de sauce au piment plaira aux sauceux.


Déjà publiée dans mon premier blogue,

http://lacuisinedemessidor.blogspot.com/2020/07/burgers-de-poisson-la-mexicaine.html




Idées - Vivre dans un monde qui s'effondre

« Il y a longtemps que je n’ai pas écrit ici. Plus le temps passe, plus les choses tues s’accumulent en une sorte de blob que je ne sais plus par quel bout prendre alors que de nouvelles bûches alimentent chaque jour le grand feu de l’effondrement. À témoin, la photo saisissante du couple qui, confortablement assis sous son parasol, regarde le monde brûler sur une plage en Gironde.


Lire Ce qu’on trouve dans la cendre. Méditations sur le sens et le courage dans un monde en effondrement (Atelier 10), de Nicolas Langelier, a mis des mots sur mon mal (est-ce bien un mal ou, plutôt, une condition ?). Étrange de se sentir moins seule en lisant un livre dont la première phrase est « Ce livre débute par la fin, celle de notre civilisation » et qui nous rappelle que « la présente année est sans doute la plus plaisante de toutes celles qu’il nous reste » ? Il faut dire que j’ai si souvent levé les yeux au ciel par le passé que j’ai parfois craint de rester prise ainsi.


À l’automne 2025, au Salon du livre de l’Estrie pour parler de mon livre Raccommodements raisonnables, je m’étais entretenue avec l’essayiste Étienne Beaulieu. J’espérais encore un soubresaut, quelque chose comme un grand éveil collectif, pour éviter ce qui aujourd’hui me paraît inévitable.


Je venais de lire L’heure des prédateurs, de Giuliano da Empoli, et Autocracy, Inc., d’Anne Applebaum. Mes constats n’étaient pas jojo : on est rendu au bout du bout de la queue de la comète du rêve américain ; le capitalisme de la finitude se ressent davantage chaque jour ; le pacte social est brisé ; le coût de la vie nous oblige à travailler toujours plus, nous éloignant des autres et de ce qui nous permet de respirer tout en nous enfonçant le mythe de la méritocratie dans la gorge.


Reprenez votre souffle, je n’ai pas fini : le ruissellement ne ruisselle pas pantoute ; les algorithmes programmés par les puissants vont anéantir les démocraties et ceux qui défendent les oligarques ne cesseront de le faire que le jour où ils s’ébouillanteront dans leur piscine de banlieue pour éviter de la voir saisie parce que la bulle de l’IA s’est effondrée, non sans avoir accéléré la détérioration de la planète avec ses mégacentres de données qui pillent nos idées, notre eau et notre air.


Ouf, hein ? Si j’étais actrice, je pourrais faire revivre le personnage de Debbie Downer à Saturday Night Live.


Lucidité

Ne vous inquiétez pas, je vais somme toute bien. Ce n’est pas du pessimisme, mais bien de la lucidité. « Tout commence par le courage de regarder », écrit Langelier. « Voir la réalité telle qu’elle est provoque une immense douleur, une déchirure, une perte de sens. Il faut traverser cette sidération. » Se rappeler que ce monde en fin de vie, que nous avons longtemps considéré comme normal, « était en réalité une exception violente, fondée sur l’exploitation du vivant, des ressources, des corps ».


L’époque actuelle, bâtie sur la domination, l’extractivisme et les écocides, n’était qu’une parenthèse « alimentée par du pétrole vieux de 100 millions d’années » qui nous aura menés au 

« dépassement ».


Si je suis relativement correcte, c’est parce que, ces derniers temps (pour ne pas dire « ces temps derniers »), j’ai traversé plusieurs des états nommés dans la partie « deuil » du livre : « l’incrédulité, le sarcasme, la lassitude, puis cette lucidité douloureuse qui ne vous quitte plus ».


À l’aube d’une campagne électorale québécoise où le seul parti qui ose parler d’environnement annonce qu’il revoit ses objectifs à la baisse, la lucidité est de circonstance.


En discutant avec Étienne Beaulieu, j’arrivais à peu près au même constat que Langelier : la politique actuelle est « une hégémonie libérale qui se fait passer pour une démocratie représentative » et que celle-ci, comme elle se fait aujourd’hui, ne peut plus grand-chose pour nous. Il faut changer d’échelle, la faire dans nos rues, villages, collectifs et quartiers, écrit Langelier.


Certains osent déjà et se butent à la rigidité institutionnelle, comme ce fut le cas du boulanger du petit marché de Saint-Adrien, où il se passe de si belles choses, mis à l'amende par le MAPAQ ! Mais il faut persévérer en dépit de ces décisions qui vont dans le mauvais sens du monde. « C’est peut-être cela, au fond, la politique de l’effondrement : non plus l’art de gérer l’État, mais celui de préserver la possibilité du commun alors que tout conspire à nous isoler. »


Car voir clair n’est pas abdiquer. Il nous faut à la fois « ne pas nier la violence de ce qui vient, mais refuser de croire que tout est perdu ». Il y aura toujours des humains qui voudront le bien du plus grand nombre. Il faut trouver l’énergie pour s’extirper de chez nous pour les trouver pendant que l’air est encore respirable.


Les prochaines années exigeront de « danser avec le chaos ». La planète peut très bien vivre sans nous, mais nous ne pouvons pas vivre sans les autres, que tout concourt à nous faire craindre et détester. « Il faut se rappeler qu’il y a des choses qui ne s’effondrent pas. Elles ne font pas de bruit. Elles ne paraissent pas dans les états financiers, les bulletins de nouvelles et de vote. Mais elles tiennent, elles veillent. » C’est à cela que je décide de m’accrocher. »


Article intitulé

Dans le mauvais sens du monde

Josiane Cossette

écrivaine, rédactrice et scénariste

Le Devoir

le 27 août 2026

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26 août 2026

Le point de vue de nos voisins - Tourner le dos à son meilleur ami


« J’ai honte. »
Juste de l’autre côté de la frontière, c’est le sentiment que partagent de nombreux Américains face aux nouvelles attaques économiques de Donald Trump contre le Canada. Beaucoup espèrent que les élections de mi-mandat permettront de freiner ses ardeurs vindicatives, avant que la situation ne s’aggrave encore.

(Plattsburgh, État de New York) Dès qu’on entre dans la petite ville de Plattsburgh, le ton est donné. Au détour d’une rue, une maison arbore plusieurs drapeaux, où l’on peut lire « Publiez les dossiers Epstein » ou encore « Make Americans kind again ».


« J’ai le sentiment d’être un prisonnier dans mon propre pays », dit d’emblée l’homme qui nous accueille avec sa chienne, Lulu. Des mots lourds de sens : celui-ci a été gardien de prison pendant 37 ans. Il ne souhaite pas dévoiler son nom ni être pris en photo, par crainte de représailles.


Depuis que Trump a été élu, certains de ses amis ont complètement cessé d’utiliser les réseaux sociaux, raconte-t-il. D’autres se sont acheté des burner phones – des téléphones jetables. « Sauf si vous êtes 100 % MAGA, les gens ont peur de franchir la frontière, puis qu’on les empêche de revenir parce qu’ils ne sont pas d’accord avec les politiques de Trump. On est vraiment à leur merci. C’est terrifiant. »


De son côté, les drapeaux ont fleuri dans sa cour, comme un acte de résistance. Et les insultes n’ont pas tardé à suivre.


Des personnes nous crient dessus en passant, nous lancent des déchets depuis leur voiture. On nous a même volé un drapeau une fois.

- Un ancien gardien de prison rencontré à Plattsburgh


Voir les relations des États-Unis avec le Canada se détériorer l’afflige, lui qui se souvient d’être allé à plusieurs reprises à Montréal et d’avoir profité d’après-midi ensoleillés au parc Jarry. « Le Canada a toujours été un voisin, un ami, un allié fidèle. Ce n’est vraiment pas normal, de tourner le dos ainsi à son meilleur ami », dit-il.


« Je me battrai pour vous ! »

Depuis l’élection de Donald Trump, la polarisation s’est accentuée au sein de la population américaine et se fait sentir jusque sous les porches des maisons de la petite ville frontalière de Plattsburgh.


Un peu plus loin, une autre résidence attire l’œil, arborant fièrement non pas un, mais deux drapeaux américains. L’un d’eux est orné d’un aigle, où l’on peut lire « 250 ans de liberté ». L’homme qui nous ouvre ne souhaite pas non plus donner son nom, mais il affirme soutenir Donald Trump dans sa guerre commerciale avec le Canada, avant de mettre rapidement fin à l’entrevue.


Chaque fois que nous abordons la question de la relation avec le Canada, les réactions fusent, souvent chargées d’émotions.


« Je n’aurais jamais cru que ça arriverait de mon vivant. Les États-Unis ne sont plus ce qu’ils étaient », se désole un retraité, Jovan Bico. « Si les États-Unis envahissent le Canada, je me battrai pour vous ! », promet-il avant de nous laisser pour attraper son bus.


La guerre tarifaire semble toucher la ville et ses habitants de multiples façons. Plusieurs nous ont confié voir moins de Canadiens venir à Plattsburgh, ce qui affecte durement les commerces locaux.


Orlando Chanduvi et Janet Rojas, qui sont propriétaires du Inca’s Sandwiches Shop depuis plus de 20 ans, ont aussi remarqué que les prix des aliments avaient bondi depuis deux ans. « La viande est deux à trois fois plus chère, même chose pour la laitue », souligne Orlando Chanduvi. Il a néanmoins décidé de ne pas augmenter les prix de ses sandwichs, pour éviter de perdre des clients. « C’est vraiment difficile pour tout le monde. »


Pour Steven Bouchard, dont la famille est répartie entre le Canada et les États-Unis, les rendez-vous familiaux ont dû s’espacer en raison des hausses du coût de la vie des deux côtés de la frontière.


Cette guerre commerciale réduit la force que nous offre la proximité [entre nos deux pays]. Il faudrait aller plus loin et travailler plus fort ensemble, plutôt que de se battre les uns contre les autres.

 - Steven Bouchard


Phil, qui n’a décliné que son prénom, affirme fièrement avoir voté pour Donald Trump et le soutenir dans la plupart de ses politiques. « Je l’aime bien. Il fait des choses bien pour le pays, pour l’économie. Il défend les Américains, il essaye de nous garder en sécurité », dit-il. Mais en ce qui concerne le Canada, « il va trop loin », précise-t-il. « Je pensais qu’on était de bons alliés, qu’on s’entendait bien. C’est dommage. »


Entre honte, incertitude et optimisme

À chaque nouvelle vague de droits de douane, on ne sait jamais si ça va influencer les prix des matières première, des produits transformés, ou les deux. Cette incertitude est vraiment difficile et génère beaucoup d’inquiétude chez nos clients.

- Breanon McCormick


 Il n’y a rien de bon qui sort de tout ça », soupire son amie, Brandi Taylor, attablée avec elle.


Toutes deux soulignent qu’elles « adorent » toujours autant venir au Canada. « Je m’y sens plus chez moi qu’aux États-Unis », confie Brandi Taylor.


« À chaque fois qu’on y va, on est à deux doigts d’aller voir les gens dans la rue pour leur dire à quel point on est désolées », renchérit Breanon McCormick.


Ce sentiment de honte est partagé par Laura Birtz-Sisson, une enseignante qui avoue se sentir démunie face à la situation. « Ça affecte durement l’économie, mais au-delà de cela, c’est surtout vraiment délétère pour les relations humaines. »


Il faut qu’on répare cette relation, pour maintenant et pour l’avenir.

- Laura Birtz-Sisson


Sheila Arruda, elle, est une éternelle optimiste. Elle a planté un drapeau moitié américain, moitié canadien, devant sa maison située en périphérie de Plattsburgh, en soutien à ses nombreux amis de l’autre côté de la frontière et en hommage à ses racines québécoises. Elle espère que la grogne de la population, notamment devant la détérioration des liens avec le Canada, fera basculer la Chambre des représentants, voire le Sénat, du côté démocrate lors des élections de mi-mandat.


« Je veux que mes petits-enfants aient une belle vie et qu’ils n’aient pas à payer une dette de 40 000 milliards de dollars, comme celle que nous devons payer maintenant », lance-t-elle.


Elle ne pense pas non plus que les relations entre les Américains et les Canadiens se soient effritées durablement. « Du moins, je l’espère », nuance-t-elle après une hésitation. « Mais si c’est le cas, c’est vraiment, vraiment triste. »


Article intitulé

Tourner le dos à son meilleur ami

Chloé Bourquin et Martin Chamberland

La Presse

le 26 août 2026

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