28 octobre 2025

Spaghettis aux escargots, saveurs grecques +

Les escargots adorent être entourés de pâtes, et quand celles-ci s’accommodent de saveurs méditerranéennes, tomates séchées, olives noires, ail, origan et feta, les petites bêtes, réputées pour leur lenteur, se lovent dans les délicieuses saveurs de la cuisine grecque. 


Ingrédients pour deux

1 conserve d’escargots, égouttés et soigneusement rincés

1/3 tasse de jus de pomme brut, ou de vin blanc, ou de bouillon

1 c. à soupe d'huile d’olive +1 c. à thé de beurre

1 échalote sèche, hachée finement

3 tomates séchées dans l'huile, épongées et émincées finement

7 olives noires, dénoyautées et hachées

2 gousses d'ail, dégermées et pressées

1/4 c. à thé d’origan + 1/4 c. à thé de thym

1 c. à soupe comble de beurre

1 c. à soupe comble de farine

3 pincées de paprika fumé ou de mélange à chili

1 c. à soupe de farine

¾ tasse de bouillon de poulet

1/4 tasse de lait de coco ou de crème à cuisson 15% 

Sel et poivre au goût

Spaghettis cuits pour deux


Garnitures 

1 ou 2 poignée de feuilles de basilic ou menthe émincées

1/4 tasse de feta, le fromage égrené 


1. Dans un bol, réunir les escargots et le jus de pomme (ou autres suggestions)et faire macérer une trentaine de minutes.


2. Dans un poêlon, faire fondre le beurre dans l'huile, sur un feu moyen, et y attendrir l’échalote 2 minutes. Ajouter les tomates séchées, les olives noires et cuire 3 minutes. Ajouter l’ail et les herbes séchées et cuire 1 minute.


3. Faire fondre le reste du beurre et le saupoudrer de farine, bien mélanger puis mouiller avec le bouillon et laisser épaissir doucement. Verser le lait de coco ou la crème et laisser cuire 2 minutes sur feu doux. Pour finir, retirer les escargots du jus de pomme, jeter celui-ci, ajouter les escargots à la sauce et bien réchauffer sur un feu moyen-doux.


4. Incorporer les spaghettis cuits dans la sauce, bien réchauffer et servir en garnissant d’une herbe fraîche et de fromage feta.


Inspiré de la recette suivante,

https://lacuisinedemessidor.blogspot.com/2013/10/spaghettis-aux-escargots-et-aux-tomates.html




Soigner notre façon de vivre ensemble


J'ai aimé le ton de cette lettre qui observe le conflit entre les médecins et le gouvernement avec lucidité et respect.


« Je tente ici un exercice de nuance. Comme bien des Québécois, il m’arrive moi aussi, parfois, de me dire que nos médecins sont déjà bien assez payés et qu’ils n’ont pas le droit de se plaindre. Puis, l’instant d’après, je me ravise. Parce que j’aime profondément les médecins. Je les considère comme essentiels, admirables, souvent héroïques. Leurs revendications sont légitimes, tout comme celles de n’importe quel autre groupe de travailleurs qui se sent brimé. Rares sont les corps de métier au Québec qui ont vu leur rémunération gelée ainsi pendant des années. Et il est vrai aussi que le doctor bashing, devenu sport national, commence sérieusement à me fatiguer.


« Mais l’ampleur de la réaction actuelle de ces derniers face au projet de loi du gouvernement me paraît exagérée. On y sent le choc d’une élite qui, depuis soixante ans, a été relativement épargnée par les grands bouleversements sociaux et économiques que le reste du Québec a dû encaisser. Une élite qui découvre, peut-être pour la première fois, ce que c’est de devoir se plier à des contraintes collectives.


« Je ne nie pas la difficulté du métier ni les conditions parfois intenables dans les hôpitaux et les cliniques. Je reconnais la charge mentale que ces professionnels de la santé doivent gérer au quotidien. Mais les médecins n’ont pas le monopole de la douleur. Ni du stress. Ni du surmenage. Des milliers de travailleurs québécois se lèvent chaque matin pour faire tourner ce pays, sans reconnaissance, sans prime de disponibilité, sans équipe de soutien, souvent sans même un merci. Qu’ils soient éducateurs, préposés, professeurs, infirmières, travailleurs sociaux, techniciens ou entrepreneurs, ils travaillent fort, eux aussi, et eux aussi subissent des décisions gouvernementales qui échappent complètement à leur contrôle.


« Dimanche dernier, à  Tout le monde en parle, la Dre Dominique Synnott a illustré, malgré elle, ce malaise. Son ton vindicatif, cynique et fermé au dialogue, reflète malheureusement le discours qu’on entend trop souvent, ces temps-ci, dans l’espace public de la part de certains médecins : un discours centré sur l’indignation, rarement sur la recherche de solutions. C’est dommage, parce que ce sont justement les médecins, avec leur crédibilité et leur intelligence, qui auraient le plus à gagner à mener ce débat autrement, en élevant la conversation plutôt qu’en l’envenimant.


« Quant aux fameux indicateurs de performance qui pourraient déterminer 15 % de leur rémunération, permettez-moi de dire que ce n’est pas une révolution bureaucratique. C’est une pratique courante dans l’entreprise privée depuis toujours. Oui, c’est imparfait. Oui, il y a des facteurs externes. Mais c’est le quotidien de bien des gestionnaires et des professionnels : atteindre des objectifs dans un contexte qu’on ne contrôle jamais totalement. Être imputable, ce n’est pas être humilié, c’est simplement faire partie d’un collectif qui se donne les moyens de mesurer son impact.


« Je ne crois pas que le gouvernement ait tout bon, je trouve sa méthode peu digne. Je suis particulièrement inquiet de la dérive autoritaire de la loi 2 qui appelle à une répression des moyens de pression et à l’instauration d’un climat de délation entre les professionnels de la santé. Le dialogue entre l’État et les médecins doit se faire avant tout dans le respect. Il doit toutefois aussi se faire dans la lucidité. Le Québec change. Le système public s’écroule sous son propre poids. Tout le monde devra contribuer à le redresser, y compris ceux qui, pendant trop longtemps, ont cru que la réforme, c’était toujours pour les autres.


« En fin de compte, j’aimerais qu’on se rappelle que les médecins sont d’abord des citoyens parmi d’autres. Des gens qu’on respecte, qu’on écoute, mais qui ne sont pas au-dessus du monde du travail. Et qu’au Québec, le courage ne se résume pas à soigner des corps, mais aussi à soigner notre façon de vivre ensemble.»


Lettre d’opinion intitulée

Les médecins n’ont pas le monopole de la douleur

Marc-André Bouvette

gestionnaire et citoyen

Le Devoir

28 octobre 2025

27 octobre 2025

Les États-Unis d’Amérique, un nouveau monde ?


Le degré de corruption de la présidence Trump nous échappe encore, je crois. L’inédit est difficile à appréhender. On demeure prisonnier des vieilles conceptions.


« Un peu comme les premiers explorateurs européens accostant en Amérique, à qui il a fallu des années pour comprendre qu’ils n’étaient allés ni en Inde, ni au Japon, ni en Turquie, ni dans rien de ce qu’ils croyaient reconnaître. Ils n’avaient pas de référence.


« La corruption de cette Maison-Blanche n’est pas « supérieure ». Ou « plus grave ». C’est une corruption d’une nature différente. C’est un continent nouveau, en quelque sorte.


« Ce qu’il y a de nouveau, à part l’ampleur et la profondeur de cette corruption, c’est sa transparence. Sa banalité. Sa quotidienneté.


« Ce n’est pas à la suite d’une longue enquête d’un journal pugnace qu’on apprend les gestes de corruption du président. C’est lui-même qui s’en vante. Car sous Donald Trump, ce n’est pas de la « corruption », c’est de la réparation. De la justice en retard.


« L’exemple le plus récent : ces réclamations totalisant 230 millions de Donald Trump au gouvernement américain. Des demandes déposées en 2023 et 2024. Et qu’il veut faire autoriser.


« La première parce que, dit-il, on a fait enquête malicieusement et illégalement sur l’influence russe dans sa campagne de 2016. Je rappelle que Robert Mueller a conclu à une intervention massive des services de renseignement russes. Bien qu’il n’ait pas établi de complicité directe de la campagne Trump, de nombreux contacts ont été démontrés. Trump lui-même a été visé par des actes d’entrave à la justice, mais le rapport n’était pas capable de démontrer qu’il avait « commis un crime » ni de l’exonérer. Ce rapport a mené à la première tentative de destitution.


« La deuxième demande de réparation concerne la perquisition à Mar-a-Lago, où le FBI est allé chercher des dizaines de boîtes de documents conservés illégalement par Trump. Malgré des tentatives de récupération, l’ex-président refusait de les remettre. Un procès a suivi, qui s’est conclu par un arrêt du processus judiciaire quand la juge a estimé la nomination du procureur irrégulière. Mais Trump ne l’a pas pris.


« Voici donc qu’on apprend que Trump réclame 230 millions en dédommagement pour ces enquêtes « malhonnêtes ». Ce serait un record de tous les temps, bien sûr. Car ni les pires victimes d’erreur judiciaire ni les victimes des crimes les plus graves n’ont reçu de telle indemnisation du gouvernement fédéral américain.


«La question maintenant : qui, à la Justice, va négocier l’affaire ?


« On a eu la réponse la semaine dernière : c’est Donald Trump lui-même.


« Dans une apparition devant les médias la semaine dernière, le président a eu ces mots : « J’ai une poursuite qui allait vraiment bien et quand je suis devenu président, j’ai dit : je me poursuis moi-même. Je ne sais pas. Comment on règle une poursuite ? »


« Selon les règles habituelles du département de la Justice, ces affaires sont réglées très loin du président, de manière indépendante. Je dis « ces affaires », mais jamais un président n’a poursuivi le gouvernement américain. Jamais un président n’avait été poursuivi devant la cour criminelle non plus, vous me direz…


« Toujours est-il qu’en fin de compte, c’est le numéro deux de la Justice, le procureur général adjoint, Todd Blanche, qui devrait approuver ou rejeter une entente négociée par les procureurs du département.


« Ça tombe bien, Todd Blanche, nommé par Donald Trump, était l’avocat de Trump dans son procès criminel à New York pour falsification de documents en marge du paiement fait à Stormy Daniels. Un des adjoints de Blanche est Stanley Woodward, avocat pour d’autres personnes coaccusées avec Trump dans l’affaire des documents secrets.


« Quant à la procureure générale, Pam Bondi, elle a été avocate de Trump dans son dossier de destitution.


« Quand Trump dit qu’il « se poursuit lui-même », techniquement il fait une erreur de droit : il poursuit le gouvernement américain. Mais pas dans sa conception de l’État : il est le pouvoir. Et dans cette nouvelle conception du pouvoir « unitaire » du président, que promeut son entourage, Donald Trump peut décider de tout : augmenter les droits de douane d’un trait de plume, décréter un état de guerre ou d’urgence qui n’existe pas, bloquer l’envoi de fonds à un État démocrate… et autoriser une indemnisation à une « victime » d’injustice comme lui.


« Si jamais un règlement « à l’amiable » survient (imagine-t-on un procès !?), les 230 millions viendront des contribuables. Trump dit qu’il les donnera aux bonnes œuvres. Si on se fie à sa fondation bidon, fermée par ordre de la cour, on peut en douter.


« C’est déjà extravagant. Mais le problème ne s’arrête pas là. Le problème est l’accaparement de la Justice à des fins de vengeance personnelle. D’abord par le dépôt d’accusations contre des « ennemis » de Trump, dans des dossiers pourtant jugés sans fondement par les procureurs. Et maintenant, peut-être, par l’extorsion de 230 millions à l’État.


« Je ne parle pas ici de l’avion donné par le Qatar, du souper réservé aux investisseurs dans la cryptomonnaie du président, aux activités de la Trump Organization dans les pays qui dépendent de la coopération américaine, etc.


« Je parle seulement de la transformation du département de la Justice en un cabinet privé de recouvrement et de poursuites punitives aux ordres du président.


« C’est si gros, si déviant, si incroyable qu’on n’arrive pas encore à l’absorber. Comme si les mots habituels de « corruption » et « conflit d’intérêts » décrivaient des réalités trop petites, trop fades. Ça renvoie à des contrats à des amis, des nominations partisanes, du favoritisme ordinaire dans un village, un tour de passe-passe concernant un terrain de Laval, voyez le genre…


« Ce n’est pas ça.

« On est entrés dans un monde nouveau. »


Chronique intitulée

Un immense continent de corruption

Yves Boisvert

La Presse

Le 23 octobre 2025

26 octobre 2025

Côtelettes de porc aux pommes +



La simplicité s'accorde bien avec l'automne. Deux belles côtelettes de porc avec os et filet ont composé notre repas du soir avant-hier, un repas copieux en viande et savoureux avec des pommes.


Ingrédients pour deux 

2 côtelettes de porc

1/4 c. à thé épices à bifteck Montréal

1/4 c. à thé de sauge hachées 

Sel, poivre et paprika au goût


Sauce à l’échalote et aux pommes 

1 échalote sèche, hachée

1 c. à soupe + 1 c. à thé de beurre 

2 pommes empire, pelées et tranchées 

3/4 tasse de crème, moi lait de coco léger

Sel et poivre, cannelle et muscade au goût 


La cuisson des côtelettes se termine dans un four à 400 °F, sur la grille du centre où elles passent entre 8 et 10 minutes. 


1. Assaisonner les côtelettes de sel, de poivre et de paprika sur une face, d’épices à bifteck et de sauge hachées sur l’autre face, et laisser reposer une dizaine de minutes, le temps de préparer les pommes et ingrédients de la sauce.


2. Dans un poêlon suffisamment pour contenir les côtelettes côte à côte, saisir celles-ci 2 minutes de chaque côté. Transférer sur une plaque à cuisson doublée de papier parchemin. Laisser cuire 8 minutes pour des côtelettes épaisses et bien saisies. Retirer la plaque du four, recouvrir d’un carré de papier alu, et laisser reposer 2 minutes.


3. Pour la sauce, dans le poêlon ayant saisi les côtelettes, ajouter un peu de beurre et attendrir d’abord l’échalote 3 minutes avant d’ajouter les tranches de pomme 2 minutes, la cannelle et la muscade. Saupoudrer les pommes de sucre et poursuivre leur cuisson 2 ou 3 minutes après les avoir retournées. Verser sur les pommes le lait de coco, porter à ébullition et laisser mijoter 2 minutes. Au besoin, épaissir la sauce avec une c. à thé de fécule délayée dans un peu d’eau.

4. Les côtelettes servies ont été nappées de la sauce et accompagnées de petites pâtes et de haricots verts. 



Tranquillité


Tu peux, à l'heure que tu veux, 

te retirer en toi-même. 

Nulle retraite n'est plus tranquille

ni moins troublée pour l'homme 

que celle qu'il trouve en son âme.


Marc-Aurèle

empereur et philosophe romain

121-180

25 octobre 2025

Peut-on vraiment négocier avec Trump ?



Doug Ford va donc retirer la pub ontarienne qui a tant fâché Donald Trump. Mais qui pense vraiment que les négociations commerciales Canada–États-Unis sont annulées à cause d’une publicité?

« C’est possible, remarquez. On a vu d’autres sautes d’humeur irrationnelles du 47e président.


« Comme quand, sans avertissement, il a infligé des droits de douane à l’Inde parce qu’elle achetait son pétrole de Russie. Était-ce le vrai motif, ou une punition parce que le premier ministre indien Narendra Modi avait dit que Trump n’avait rien à voir avec le traité de paix entre son pays et le Pakistan, et ne méritait pas le prix Nobel de la paix pour ça ?


«Mais le plus important n’est pas la susceptibilité du président. C’est l’impossibilité de prédire son comportement. Et donc de négocier.


« Il importe peu que ce soit un trait de caractère ou une tactique de négociation pour déstabiliser l’autre partie – l’adversaire, l’ennemi…


« Ce qui importe est de mieux réaliser que notre meilleur allié n’est plus fiable.


« L’autre réalité que plusieurs font semblant d’ignorer, c’est que le Canada n’a pas un grand pouvoir de négociation à court ou moyen terme. L’énorme économie américaine montre quelques impacts négatifs de la politique tarifaire déréglée du président. Mais elle peut absorber beaucoup de chocs sans trop souffrir globalement.


« Ce n’est pas le cas du Canada. Déjà, les exportations sont en baisse et plusieurs secteurs économiques souffrent des politiques de Trump. Ça paraît.


« Les partis de l’opposition à Ottawa ont raison de dire que Mark Carney n’a obtenu que des tapes dans le dos et un changement de ton de Washington jusqu’ici. Concrètement, il n’a rien à montrer aux Canadiens.


Mais j’aimerais bien savoir des génies de la négociation ce qu’ils feraient à la place de Carney. Quel est le plan ?


« Les Britanniques ont joué la flatterie et l’obséquiosité. Keir Starmer, premier ministre du Royaume-Uni, a remis solennellement une lettre d’invitation du roi, du jamais vu, a-t-il souligné. Malgré le tapis rouge et les petits fours au château de Windsor, on attend toujours une entente sur l’acier entre les deux pays.


« D’autres jouent dur, comme la Chine, qui a cessé d’acheter le soya américain – des ventes de 12 milliards l’an dernier. Le pays ira s’approvisionner au Brésil. Comme les capacités de stockage sont insuffisantes, ça risque de devenir des pertes sèches pour les fermiers américains.


« Dans le cas du Canada, ce serait quoi, la stratégie géniale ? Il n’y en a tout simplement pas. À partir du moment où le président américain a décidé de mettre à genoux son meilleur partenaire économique, aucune « tactique » ne peut l’en empêcher. On ne peut que se préparer, chercher des plans B.


« J’ai dit qu’à court et moyen terme, la présidence américaine détient tous les leviers. Mais ce que Ronald Reagan avait compris, c’est qu’à terme, le libre-échange profite à tous les partenaires. Ça ne veut pas dire qu’il n’a pas fait de victimes. Le choc de la désindustrialisation et des délocalisations d’entreprises a été sous-estimé, longtemps ignoré. Il n’empêche que les États-Unis, globalement, se sont enrichis énormément avec la mondialisation. Ce n’est pas pour rien qu’ils en étaient les principaux promoteurs.


« Contrairement à ce que dit Donald Trump, la pub ontarienne ne travestit pas du tout la pensée de Ronald Reagan. La vidéo complète de son intervention le prouve d’ailleurs. Il faut être menteur ou d’une ignorance crasse, et Trump est les deux à la fois, pour dire que Reagan « adorait les droits de douane pour notre pays et sa sécurité »


« Sous Reagan, c’était le Congrès démocrate qui était protectionniste. À court terme, disait-il, ça peut sembler un geste patriotique que d’imposer des droits de douane. Mais au bout d’un certain temps, l’économie se contracte, les marchés souffrent, des usines ferment, des millions d’emplois sont perdus.


« Reagan, qui avait vécu la Grande Dépression des années 1930, a cité l’exemple le plus dramatique de protectionnisme : la Loi Smoot-Hawley. Adoptée sous le président Herbert Hoover en 1930, elle visait à « protéger » les entreprises américaines par l’imposition de droits de douane massifs. Elle a empiré la crise. C’est devenu un cas d’école, un classique économique de la chose à ne pas faire.


« Trump, qui n’est pas absolument ignorant, a déjà dit qu’il ne voulait pas être un Herbert Hoover… Un nom qui résonne encore comme un synonyme d’incompétence.


« On comprend pourquoi cette pub pince là où ça fait mal, d’autant que Reagan est un président républicain révéré, et encore plus aujourd’hui qu’à son départ en 1989.


« Que faire alors ? Continuer patiemment à négocier ce qui peut être négocié. Se préparer à encaisser et à vivre des impacts sérieux, en soutenant les industries les plus touchées. Et développer de nouveaux marchés, ce qui est toujours plus facile à dire qu’à faire. Tous les marchés asiatiques sont intéressants, mais on est quand même adossés au plus gros marché de consommateurs au monde, dans la plus grande économie. Les routes, les ports, les voies ferrées, tout nous dirige vers le Sud si près.


« Ce n’est pas demain la veille qu’on remplacera cette « vieille relation », dont Mark Carney a constaté le décès.


« Le Canada ne fait pas que vendre aux États-Unis. Il achète. Et si l’on exclut le pétrole, la balance commerciale canadienne est négative. L’intérêt américain est aussi de conserver le marché canadien. Demandez aux fabricants de bourbon du Kentucky…


« On n’est pas obligés d’être stupides et de continuer à acheter des voitures Stellantis ou GM. Ce n’est pas par grandeur d’âme que les grands de l’auto ont installé des usines au Canada. C’est parce qu’ils y vendent des véhicules. Mais il y a des solutions de rechange, et on peut aussi voter avec ses pneus.


« Ce n’est pas non plus par « fraude » ou parce qu’ils sont naïfs que les entreprises américaines achètent notre aluminium. C’est parce qu’il est bon marché. S’ils n’en veulent plus, c’est un gros problème. Mais le prix international augmente et il y a d’autres acheteurs dans le monde.


« Bref, le Canada n’est pas totalement démuni. Mais soyons lucides, il n’a pas de pouvoir de négociation devant un intimidateur qui a les moyens de son intimidation.


« Aux yeux de Donald Trump, les droits de douane sont « vitaux » pour son pays.


« Peut-être en partie du bluff, ou un outil de négociation. Mais c’est aussi une conviction économique profonde. Il a d’ailleurs annoncé son intention d’assister en personne à l’audience en Cour suprême des États-Unis, le 5 novembre, de la cause sur la légalité de ses droits de douane, du jamais vu à l’époque moderne.


« Pour l’instant, donc, devant un président intempestif, malhonnête et sans opposition, quel coup fumant de négociation le Canada peut-il réaliser ?


« J’attends les suggestions…»


Chronique intitulée

Il n’y a pas de tactique magique pour négocier avec Trump

Yves Boisvert

La Presse

le 25 octobre 2025